Campo Santo Margherita

 »-. À la pause de l’après-midi, Elisabetta courut retrouver son frère au Caffé Rosso, à mi-chemin entre A’ Poscari et l’institut Cavanis. Elle prit place, et laissa son regard flotter sur le Campo. Venise ne la fascinait jamais autant que lorsque la ville entrait dans les premiers jours de l’été, lorsque la ville entrait en perdition. Il était de bon goût de ne pas l’aimer à cette période de l’année, de la préférer au printemps, qui offrait des sensations plus délicates, ou à la fin de l’automne quand, au détour d’un canal ou d’un pont, les matins semblaient d’une grâce irréelle. Elle aimait aussi ces instants, bien sûr, comme elle aimait les brumes de janvier, lorsque Venise se paraît d’une distinction aristocratique. Elle était alors d’une élégance suprême, éloignée de tout vice.

Viens chez moi, j’habite chez une copine

Tandis qu’en plein été, lorsque les effluves des canaux envahissaient les ruelles, Elisabetta avait le sentiment que rien n’était désormais licite, que la transgression était encouragée, qu’il n’y avait pas d’autre choix que de se laisser glisser dans le péché. » Metin Arditi (Carnaval noir)

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