La peinture n’est pas un art pour les faibles, c’est un art pour les forts !

 »-. Le monde, mon cher, appartient aux forts. Le rituel de notre existence a pour fondement ce principe, le fort devient plus fort en dévorant le faible. Il faut voir les choses telles qu’elles sont. Il n’est que légitime qu’il en aille ainsi, et nous devons apprendre à voir dans cette règle l’expression d’une loi naturelle. Le 🐰 accepte de tenir le rôle que prévoit pour lui le rituel, et il reconnaît que le 🐺 est le plus fort. Pour se défendre, il devient timide, peureux, il fuit, creuse des terriers au fond desquels il se cache quand le 🐺 rode dans les parages. Et il supporte son fardeau. Il sait quelle est la place à lui assignée. Et il y a bien peu de chance pour qu’il provoque le loup. Est-ce que ce serait sage, dis-moi ? Est-ce que ce serait sage ? » Ken Kesey (Vol au-dessus d’un nid de coucou)

-. Dis, Christine, est-ce bien nécessaire, est-ce bien raisonnable, est-ce seulement bien utile d’appliquer la loi du plus fort à l’art en général, et à la peinture en particulier ? -. Certes, au risque de choquer et mettre à l’arrêt artistique la débutante que tu es, je me dois de te dire que la peinture ne doit pas être idéalisée, et qu’elle ne déroge pas à la règle. PEINDRE, c’est vivre. Vivre et PEINDRE, ce n’est pas toujours facile, il faut être armé pour, ou contre, le manque de motivation, le regard des autres, le pinceau qui se refuse et la ✋ qui se dérobe, l’inspiration qui ne vient pas, la tête qui agit de façon brouillonne.

40x30cm « Le Dieu de la Guerre« , galerie Chaos

Mon conseil. -. Ne pas choisir ses sujets, mais au contraire laisser les sujets nous choisir. Sous cette affirmation abstraite, se cache le désir de tout peintre de  »trouver » l’idée forte, l’inspiration, la maîtrise de la toile qu’il vient de poser sur son chevalet. Cette oeuvre-là, c’est sûr, il va la sublimer, il sera le plus fort. Et si ce n’est celle-ci, ce sera la prochaine… -. Donc, ne pas se décourager !

La petite route de Provence

« -. Il était bien joli ce chemin de Provence. Il se promenait entre deux murailles de pierres cuites par le soleil, au bord desquelles se penchaient vers nous de larges feuilles de figuier, des buissons de clématites et des oliviers centenaires. Au pied des murs, une bordure d’herbes folles et de ronces prouvait que le zèle du cantonnier était moins large que le chemin. J’entendais chanter les cigales, et sur le mur couleur de miel, des larmeuses immobiles, la bouche ouverte, buvaient le soleil. C’étaient de petits lézards gris, qui avaient le brillant de la plombagine. Paul leur fit aussitôt la chasse, mais il ne rapporta que des queues frétillantes. Notre père nous expliqua que ces charmantes bestioles les abandonnent volontiers, comme ces voleurs qui laissent leur veston entre les mains de la police, D’ailleurs, elles se font une autre queue en quelques jours, en vue d’une nouvelle fuite…

40x30cm « Fleurs-de-Muraille », vendu, galerie Dites-le-avec des fleurs

Au bout d’une petite heure de marche, notre chemin en coupa un autre, à travers une sorte de place ronde, parfaitement vide. Mais dans le creux de l’un des quarts de cercle, il y avait un banc de pierre. Ma mère y fut installée et mon père déplia son plan. -. Voilà, dit-il, l’endroit où nous avons quitté le tramway. Voilà l’endroit où nous sommes en ce moment, et voilà le carrefour des Quatre-Saisons »… Cet immense détour nous est imposé par quatre ou cinq grandes propriétés, que le chemin n’a pu traverser, et qui s’étendent derrière ces murs...- » Marcel Pagnol (La Gloire de mon Père)

La meilleure façon de tuer le temps

 »-. Mais rien ne l’arrachait à son livre. Et lorsque la voiture eût une seconde panne et que le chauffeur dût la ranger à l’entrée d’un village pour tenter une nouvelle réparation, c’est à peine s’il leva le 👃. On aurait dit qu’il avait décidé de ne rien voir. Il n’a lâché son bouquin qu’au moment où le chauffeur a réussi à remettre le moteur en marche. Il a alors laissé retomber sa tête sur le siège. Et il m’a sorti la dernière chose à laquelle je m’attendais. – . C’est un texte vraiment bizarre qu’Alice au pays des merveilles. Vous vous souvenez du chapitre du Chapelier fou ? Un pauvre type est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. La Reine l’accuse d’avoir tué le Temps…

Dimensions 80x60cm « Alice au Pays des merveilles », galerie Contes pour Petits et Grands

On aurait dit qu’il parlait tout seul, il avait la voix un peu sourde comme s’il avait pris froid. D’ailleurs il a toussé. Puis il a repris. -. Dans le fond, Lewis Carroll raconte à peu près la même chose que le Mahabharata. Le monde est gouverné par des fous-. Et il n’a plus rien dit. Quelques minutes plus tard, on a quitté la route nationale, on a pris la petite route qui mène au village. Elle est bourrée de nids-de-poule, on avançait à cinq à l’heure. Il ne pouvait plus lire, il n’y avait rien d’autre à faire que de se laisser secouer et fermer les yeux. C’est ce qu’il a fait. » Irène Frain (Devi)

Vaporetto mode d’emploi

 »-. Quand on eût débarrassé la table et apporté les expressos, Rinio tira de sa poche une petite carte jaune qu’il déplia sur la nappe. C’était un plan de Venise et de la lagune. Les lignes des vaporettos y étaient tracées en rouge, bleu et brun. -. Très important pour toi. Si tu as envie de connaître Venise, tu dois te déplacer comme les Vénitiens, sur le vaporetto-.

« Bons baisers de Venise » 60x60cm, galerie Bons baisers de...

Il passa vingt minutes à m’initier aux complexités des différentes lignes. Les principales lignes municipales remontent le Grand Canal et contournent l’île de Rialto. Les lignes 18 et 12 vont dans la lagune au départ des Fondamente Nuove. Il y a en outre une bonne douzaine de correspondances possibles. Certains sortent, mais ne reviennent pas, certains ne circulent que le weekend, d’autres non. D’autres encore ne circulent que le dimanche et les jours de fête. -. Et voici le Lido. Tu prends n’importe quelle ligne de 10 à 20, ou le 2, ou le 4. Si tu veux te baigner, va au Lido. C’est là qu’il y a les meilleures plages… » Robert Girardi (Vaporetto 13)

Il fait beau, le ☀️ brille… Christine dégaine son appareil photo…

« Dis, Christine, ton appareil est ringard, et tes photos ne sont pas terribles ! Moi qui connais tes tableaux  »en vrai », je les trouve, fort heureusement, mieux réussis que leur caricature… » -. C’est hélas bien vrai, je ne suis guère douée dans l’art rigoureux de la photographie. Ce qui me cause du tort, sur un plan strictement promotionnel et commercial… Mais qu’importe, ce que j’aime, c’est PEINDRE. -. Dis, Christine, pourquoi ne pas faire appel à un professionnel, qui mettrait tes oeuvres en valeur ? -. Le recours à un virtuose a un coût, que je ne suis pas sûre de rentabiliser. Et surtout, pour moi l’affaire est d’ordre moral, pour ne pas dire philosophique. Pourquoi embellir, parfois via des artifices de pro, les tableaux d’une dilettante en peinture, certes prolifique, certes passionnée, mais qui demeure et veut demeurer à son modeste niveau d’amatrice éclairée ? Il y aurait là un pas de géante à franchir. Non, ce n’est pas pour moi…

Mon conseil. – Toute mauvaise photographe que je sois, j’ai, au fil du temps, trouvé quelques astuces. Par exemple, mes photos sont prises au flash, et elles ont tendance à briller. Je vernis donc seulement après la séance de pose. Je possède également une pièce aveugle, qui me permet de traiter les cas graves et même désespérés. Mais, même après pénitence en chambre obscure, le résultat n’est pas terrible, et surtout fort aléatoire. – J’ai donc beaucoup de progrès à faire, ce qui augure du mieux pour l’avenir… Restons optimistes !

40x40cm « Dans les allées de mon jardin« , galerie Dites-le-avec des fleurs -. Comment rendre le délicat velouté des fleurs ? En peinture, ce n’est déjà pas facile. Alors, en photo après mise en peinture, c’est mission impossible..-

La pêche au cormoran

 ». Je reviens d’une promenade au bord du fleuve, où je suis resté longtemps à suivre la pêche au cormoran, dans une brume légère. C’est une pêche décourageante, ou peut-être est-ce moi qui étais triste.

On passe au cou de ces grands 🐦 un anneau qui les empêche d’avaler le 🐟. Ils sont indolemment accroupis à l’arrière du ⛵, et ne manifestent pas le moindre intérêt pour ce qui se prépare. Tout à coup, ils plongent dans l’eau, on entend un clapotis et on voit réapparaître leurs gros becs, dont les poches sont si pleines de 🐟 que les queues dépassent et s’agitent. Le cou des 🐦 ondule de façon inquiétante. On leur fait dégorger leurs proies, et les pauvres volatiles secouent la tête, déconfits, mais prêts à recommencer. En effet, ils s’accroupissent de nouveau, pour s’exposer bientôt à la même défaite. » A. J. Cronin (Les clés du Royaume)

Sérénissime prison

 »-. Dix-huit mois passèrent. Ce fut une période bouleversante, car une tentative pour faire évader Domenico par les toits du Palais des Doges échoua. Il perdit bon nombre de privilèges et fut transféré dans une autre prison. Le coup fut terrible. La prison, située en face du Palais des Doges, était nauséabonde et malsaine. Il allait être privé de la lumière du ☀️. Pis que tout, il ne recevrait plus les lettres de Marietta. Domenico passa près d’un an dans cette prison avant de tomber malade.

Le médecin avait insisté pour qu’on le changeât immédiatement de cellule. Le médecin avait plaidé pour que Domenico retrouvât ses privilèges de prisonnier politique et que, pour son salut, il ne fût jamais renvoyé dans la tour. Et le temps suivit son cours, une année succédant à l’autre sans apporter de changement notable. Ainsi que Domenico l’avait prédit, le doge avait fait la démonstration de sa faiblesse, mais Marietta refusait d’abandonner la lutte. Même un doge sans envergure finirait par accepter la preuve de l’innocence d’un homme, si elle pouvait être établie. » Rosalyn Laker (Le masque de Venise)

Une putain nommée Conception

 »-. Là-dessus, il rencontra Conception. Conception était la plus belle putain de Bolivie, et quand elle arriva à la ville de garnison, Jaime n’eut plus d’yeux que pour elle. Elle avait eu dans la capitale beaucoup d’amants distingués, et elle méprisa le petit lieutenant.

Lui, n’avait pas d’assurance avec elle comme avec les autres, et il sollicita avec assez d’humilité la grâce de son lit. Il y entra parce qu’il était fort, et que Conception ne pouvait se refuser à aucun homme fort, et parce que nul dans le régiment n’aurait voulu se mettre à la traverse. Elle se plut à sa force. Pour moi, j’avais été dérangé comme tout le monde par la beauté de Conception, et pendant quelque temps, je ne dis plus de chansons que pour vanter la splendeur de ses seins et de ses hanches, et les promettre à Jaime. Ensuite, je louai leur hymen. Enfin, j’eus de la mélancolie et me renfermais dans la théologie. » Drieu La Rochelle (L’homme à 🐎)

Une souris verte

 »-. Une comptine me trotte dans la tête. -. Une 🐁 verte, qui courait dans l’herbe. Je l’attrape par la queue, je la montre à ces messieurs…-. Les paroles sont idiotes, me direz-vous, quoiqu’il y ait probablement une symbolique derrière ce discours oiseux… Dans ma pauvre tête, l’air vient compléter le seul premier couplet, par ailleurs le seul que je connaisse, qui tourne ainsi en boucle, il me faut l’exorciser. Par la peinture, bien entendu.

Justement, j’ai entamé une série de miniatures, après le chat, vient la souris, dans une logique imparable. -. Dis, Christine, pourquoi ta 🐁 n’est-elle pas verte ? – L’environnement, ainsi que le cadre, bucoliques à souhait, ne la mettaient pas en valeur. J’ai dû, d’un coup de pinceau cache-misère, lui offrir une 👗 neuve, de couleur neutre, pour la détacher de toute cette verdure. -. Donc, ton titre est faux ? -. Pas du tout, ce qui compte, justement, c’est de rester dans l’esprit du tableau...-

Miniature 18x22cm « Une souris verte, qui courait dans l’herbe« , galerie Bestiaire

Mon conseil. -. Deux heures de travail, temps de séchage, encadrement et pause-café compris, sont suffisantes pour interpréter une scène sur petit format. Il n’est inutile, il est même contre-productif, de trop peaufiner l’exécution. Faute de quoi la saynète perdrait en fraîcheur et en naïveté. -. La comptine me tourne toujours dans la tête. -. Une souris verte, qui courait dans l’herbe. Je l’attrape par la queue, je la montre à ces messieurs. Ces messieurs me disent, trempez-la dans l’huile, trempez-là dans l’eau, vous aurez un 🐌 tout chaud...-.

J’ai fait un cauchemar… J’ai fait un cauchemar breton

 »-. Tout Breton qui a passé son enfance au village a connu le merveilleux, l’a redouté, l’a désiré, s’est pelotonné le soir contre la jupe de sa mère en écoutant d’une 👂 avide des récits faits d’une voix tremblante. Il a vu, la nuit, des paysans peu craintifs, des pêcheurs héroïques prendre une lanterne, au départ, pour exorciser les ténèbres. Que craignaient-ils au juste ? Des enchanteurs, des fées, des lutins ?

40x40cm « Gytrach, Les contes de la Nursery », galerie Bestiaire

Lutins, lavandières, vieilles étiquettes périmées, noms enfantins donnés par l’ignorance aux fantômes de nos terreurs nocturnes. Ce qui subsiste, c’est ceci, une atmosphère, des heures, des lieux qui agissent sur certaines parties obscures et dormantes de nous-mêmes, les révèlent et les réveillent, si l’on peut dire. L’âme se trouve tout à coup en état de réceptivité mystique. C’est dans la solitude, c’est le soir, c’est l’heure de l’agonie quotidienne, où suivant la parole de Dante -. Le glas semble pleurer le jour près de mourir-, l’heure où les choses se déforment, prennent des tons et comme une signification qu’on ne leur connaissait pas. » Charles Le Goffic et Auguste Dupouy (Brocéliande, histoire et légendes)