Rue du Bac, à Paris

 »-. C’est le mois d’avril. La pleine lune, énorme, glisse sur les arbres d’un jardin secret, surprenante oasis à laquelle on accède après avoir franchi le porche d’un immeuble en bordure de rue. Il y a, au fond de ce jardin, une maison du début du dix-neuvième siècle, 🏠 patricienne, carrée et cossue, aussi anachronique que son jardin tronqué dont elle occupe presque toute la largeur. Avec ses murs de pierres blanches, son fronton triangulaire, son haut toit d’ardoise, avec ses volets de bois et son perron surélevé, abrité d’une marquise de verre, cette 🏠, sûrement imposante autrefois, semble, aujourd’hui, écrasée par les falaises d’habitations plus contemporaines qui la surplombent.

Au milieu de la pelouse, devant la 🏠, un bassin de pierre à la margelle ronde, comme usée par des générations de ventres d’enfants fascinés par l’eau, la navigation ou la capture des cyprins qui font passer de sournois éclats de rubis sur le fond de vase obscure. Dressé sur un pied, au centre du bassin, un Amour de pierre lève un bras grassouillet vers la lune qui l’enveloppe d’une lumière laiteuse. Il a, sur la tête, une perruque de caca de pigeon. Sur la pelouse, un ballon oublié et, le long de la haie, un vieux jeu de tonneau avec sa grenouille de fonte, gueule béante, qui avale, depuis un siècle, des galets de plomb. » Geneviève Dormann (La petite ✋)

L’ Atelier du Lâcher prise

Il y a ceux qui savent lâcher prise -j’en fais modestement partie-, et ceux qui ne savent pas, bien que, pour la plupart d’entre eux, ils aimeraient bien… Justement, Mesdames et Messieurs, l’Atelier du Jeudi est fait pour vous… Entrez, essayez, adoptez ! Ce ne sont pas là paroles de menteur, ni même de bonimenteur. Je ne prétends d’ailleurs pas que la peinture soit art facile. Elle regroupe, comme toute spécialité qui a pignon sur rue, autant d’inquiets que de béâts heureux.

-. Dis, Christine, pourquoi lâcher prise ? -. Pour te faire plaisir. Pour PEINDRE comme tu le désires, pour le fun, pour les sensations, pour la création, pour la fantaisie.- . Dis, Christine, comment lâcher prise ? -. En oubliant le regard des autres, leur opinion et surtout leurs critiques. La peinture est une entreprise difficile, individuelle, intellectuelle, spirituelle, et surtout, j’ose l’affirmer, égoïste.

50x60cm  »C’était l’histoire d’une toile d’araignée », Vendu (Galerie Chemins de spiritualité)

Mon conseil. – Rejoindre un groupe d’artistes bienveillants est la première étape du lâcher prise. – Il ne s’agit pas là de réaliser une oeuvre délirante, ni même forcément dérangeante. Il s’agit d’être à son écoute, à sa propre écoute. Et d’oser prendre du plaisir, son propre plaisir, même si le résultat n’est pas parfait et que les perfectionnistes y trouvent à redire. – . En peinture le résultat n’est jamais parfait. Il faut l’admettre, le revendiquer, et même en tirer parti. Sinon, pourquoi PEINDRE son prochain tableau ?

Rencontre avec une baleine

 »-. Le bateau glissait doucement sur les eaux parfaitement calmes de la baie, longeant les rives des îlots par trois à huit mètres de fond. La mer était si limpide que nous pouvions admirer les paysages sous-marins, leurs algues, leurs rochers au milieu desquels s’ébattaient des poissons aux formes étranges. Sur les récifs, des centaines de pélicans, alignés comme les spectateurs d’une revue militaire, ruminaient leur repas. De temps en temps, l’un d’eux s’envolait, sans un battement d’ailes, pour plonger soudain, comme une pierre, et ressortir presque aussitôt, un poisson frétillant dans son bec.

Des bandes de quinze ou vingt dauphins sautaient joyeusement autour de nous, à quelques mètres du bateau. Nous les observions depuis un moment, quand ma femme cria soudain. -. Regarde, là, l’énorme ! – L’énorme 🐬 envoyait un jet d’eau à la verticale. C’était une baleine, à moins de trois cents mètres ! Le cétacé nageait tout doucement vers nous, faisant surface de temps en temps. Nous avions stoppé le moteur et regardions, fascinés, ce monstre qui allait droit sur nous. En Afrique, j’avais déjà approché et filmé de trés près des éléphants, mais je crois que l’impression est moins saisissante que lorsqu’une baleine s’avance imperturbablement vers votre coquille de noix !’‘J. C. Berrier

Les 🔥 de l’Inquisition

 »-. Tout seul en arrière, le Grand Inquisiteur, une flamme extatique dans les yeux. Tous les processionnaires défilaient un cierge allumé en ✋. La foule se tut à l’arrivée des condamnés. Ceux-là marchaient en trois groupes.

D’abord, les réconciliés avec l’Eglise, poursuivis pour faute vénielle telle que d’avoir mangé du poulet en Carême, et qui s’étaient repentis au cours de leur détention. Ceux-là étaient condamnés à la prison perpétuelle et condamnés à l’infamie. Leurs biens devaient revenir par moitié au Trésor Royal et à la Sainte Inquisition. Ils portaient une dalmatique, le san benito, et une mitre de toile jaune marquées devant et derrière d’une croix écarlate. Venaient ensuite les repentis après la sentence, auxquels l’abjuration de leur erreur évitait la morsure de la flamme, car ils bénéficiaient d’être étranglés avant d’être livrés au bûcher. Sur leur san benito, des flammes renversées autour d’un buste attestaient qu’ils ne seraient pas brûlés vifs.

Mais sur les dalmatiques et les mitres des six derniers condamnés, les flammes étaient dessinées montantes. Ceux-là devaient connaître les affres du 🔥. » G. Raimond

Le trousseau de la mariée

 ». On avait envoyé Winter à Londres, la confiant à une parente lointaine chargée de l’agréable mission de choisir le trousseau de la jeune mariée. Bien qu’âgée, Lady Adélaïde était enjouée et bonne. Elle choisit pour Winter des robes de plus en plus larges, pour être mises en valeur par une crinoline. Des robes du soir en tarlatane avec cinq volants bordés de franges de soie et rayés de rubans de velours. En tulle blanc sur fond brillant, le tulle réuni en festons par des chainettes de perles et des bouquets de camélias blancs. En mousseline blanche pékinée de lamé argent. En moire antique couleur rose thé. Des 👗 d’après-midi en mousseline, en mérinos, en taffetas. Des 👗 d’intérieur de cachemire gris, de baptiste, de popeline, de jaconas imprimé. Des gants de toutes les couleurs, des mitaines de filets noirs, d’absurdes coiffures du soir en dentelles. De ravissants bonnets, des douzaines et des douzaines de terrifiants jupons, pantalons et autres sous-vêtements.

C’était une ère de prodigalité. Le règne de l’énorme. Enormes repas, énormes familles, énormes jupes s’étalant, énorme Empire. Une ère de vie fastueuse et de misère écrasante, de pruderie inconcevable, de complaisance insupportable et d’esprit d’entreprise incomparable. Ces douzaines de jupons et de pantalons à ruchés étaient à la fois le symbole de la prodigalité et celui du dur labeur dans des taudis surpeuplés. Où des femmes usaient leurs doigts, leurs yeux et leur jeunesse à coudre ces fanfreluches pour un salaire de quelques pence.’’ M. M. Kaye ( L’ombre de la lune)

Un 🌲…

Un arbre… Créer par étapes un arbre imaginaire, facilement et de façon ludique sans vraiment le dessiner, avec des petits morceaux de papier-cadeau déchirés et collés et quelques coups de pinceau. Cet atelier s’adresse aux enfants à partir de six ans, ainsi qu’aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant et à tous ceux qui voudraient la retrouver.


Voilà pour l’accroche publicitaire. Vous me direz, cette pauvre Christine s’est encore mise dans les ennuis, en acceptant de participer à un Festival d’Arts Graphiques, qui plus est lourdement entaché de précautions sanitaires. D’autant que l’atelier qui m’est confié se la joue modeste, puisqu’il s’agit, en un temps record (1h15 maximum), avec un nombre inconnu de participants de tous âges, de créer un vrai tableau avec lequel l’artiste en herbe répartira, si possible satisfait, son œuvre sous le bras.

A vrai dire, cet atelier je l’avais déjà proposé, à plusieurs reprises, à un public d’enfants, d’adultes, et même de seniors en structure adaptée. Mon exercice est donc bien rôdé… Sauf que chaque expérience est différente. Le tout étant de garder le contrôle, et surtout de veiller à ce que les participants prennent du plaisir tout en travaillant. En fait, dans la pratique, j’ai réuni sur mon idée des adultes accompagnés d’ados… Soit un public familial super sympa. Mission accomplie.

Mon conseil. -. J’avais prévu de mixer la technique du papier collé et celle du pointillisme simplifié. La seule réelle difficulté est celle du temps de séchage inévitablement imparti au collage. -. Pour ne pas me laisser déborder, je travaille avec mon propre matériel, soit peinture acrylique qui ne coule pas, colle adaptée, pinceaux au bon gabarit et papier-cadeau fin. J’avais peint au préalable plusieurs cartons entoilés, format rectangulaire et format carré, en diverses couleurs, c’est toujours ça de gagné sur le temps de séchage. Et j’ai gardé un oeil inquiet sur la pendule…

A louer, chambre meublée

 »-. Une chambre louée au mois, dans un hôtel du dix-septième siècle retapé dans son jus, selon la vilaine expression culinaire des marchands de murs, c’est-à-dire avec conservation des poutres rongées par le temps et qui surgissent, ostentatoires, du plâtre neuf, dès l’entrée de l’immeuble. Les Américains de passage, férus d’antiquités, adorent ça, paraît-il.

D’ailleurs, tous les habitants de cet immeuble semblent de passage. Célibataires en fuite, globe-trotteurs en transit, photographes, journalistes, mannequins mâles et femelles issus d’Amsterdam ou de Sydney. Toute une bohème de jet-set salariée se partage les quatre étages fractionnés en clapiers provisoires et de demi-luxe, à trois pas de Saint-Germain-des- Prés. Le loyer est modeste, mais l’endroit ne vaut guère mieux, malgré son apparence résidentielle, ses poignées de cuivre sur la rue et ses larges boîtes aux lettres alignées sous la voûte.

La studette, ainsi désignée dans l’annonce, n’est qu’une très petite chambre du troisième étage, avec une fenêtre qui ouvre sur une cour exiguë occupée par un arbre, au centre d’un massif de lierre. Un lit double recouvert d’un couvre-lit à fleurs en occupe l’espace avec une armoire-penderie en bois cérusé, une table, une chaise, un fauteuil crapaud dont le velours grenat craque à la jointure des accoudoirs… »Geneviève Dormann ( La petite ✋)

Flâner à Venise

 »-. L’arche hardie sous laquelle vous glissez est le fameux pont du Rialto, reconstruit pour la dernière fois en 1588 par Antonio da Ponte. Autour de nous circulent les gondoles mues par deux gondoliers aux livrées écarlates. Jadis, ces gondoles se recouvraient d’étoffes multicolores. Mais, au début du 18ème siècle, un décret de la République leur imposa la couleur noire, pour mettre fin au luxe exagéré que déployaient certains patriciens. Seule désormais leur proue dentelée et fine comme une lame luit au soleil.

Bons baisers de Venise 60x60cm ( Galerie. Bons baisers de…)

Nous arrivons à la Piazzetta et nous débarquons. Attention ! Ne passez pas entre les colonnes, cela porte malheur. C’est toujours le lieu où se font les exécutions capitales. Admirons le palais ducal dans sa sobre élégance. Sous ses portiques, des groupes où des vieillards coudoient des jeunes gens discutent inlassablement. Ce lieu se nomme le Broglio, la foire aux intrigues. Ne nous arrêtons pas, ici fourmillent les espions de l’ Inquisition.

La Piazza nous sera plus hospitalière. Qu’elle est belle cette place, en fin de journée, barrée par l’ombre de son puissant campanile ! Que de monde ! C’est l’endroit de la flânerie… » A. De Montgon (Venise)

Dans la Ville Sainte

 »-. Mea Shéarim, le quartier de Jérusalem où habitaient les plus dévots d’entre les dévots, les Yéménites et les disciples de Buchar, les chrétiens orthodoxes et les. Juifs polonais, ressemblait à un labyrinthe, véritable enchevêtrement de maisonnettes aux fenêtres minuscules, de ruelles étroites, d’arcs et de portes. On lui donne généralement le surnom de Quartier aux cent portes. Les 🐕 et les 🐈 jouaient à cache-cache dans la rue, tandis que les échoppes taillées en forme de cavernes rocheuses laissaient échapper les coups de marteau des frappeurs d’or et d’argent, les grincements des métiers à tisser, les voix sourdes qui appartenaient à des personnages invisibles.

Rien d’autre, sinon, ne troublait le silence caniculaire et oppressant à force d’intensité. Dans ce quartier, on priait beaucoup, la foi comptait plus que la vie. Juchés sur les toits plats des 🏠, les gens laissaient leurs regards traîner vers la partie jordanienne de la Ville Sainte, de l’autre côté de la capitale amputée, scindée en deux par un mur de béton hérissé de créneaux. De l’autre côté du mur, c’était un champ de ruines. De 🏠 détruites que le soleil frappait sans ménagement. » Konsalik (Amour et sable chaud)

Du chevet au chevalet

De ma table de chevet à mon chevalet, il n’y a qu’un pas, ou plutôt un étage, que je franchis allègrement de bon matin, en robe de chambre, une tasse de café encore fumante à la ✋. Je quitte ainsi une de mes passions, la lecture, que je pratique avec assiduité dès potron-minet, blottie sous la couette. Une autre de mes passions, la peinture, m’attire alors vers mon chevalet.

Je me rends en mon atelier la tête pleine encore d’écrits, d’histoires, de récits, de poèmes, d’intrigues, de rebondissements. Qu’il ne me reste plus qu’à retranscrire en images, tout en écoutant de la musique, une passion, une de plus. Car je n’ai guère d’imagination, je me nourris de celle des autres. Tous ces écrivains, poètes, penseurs, romanciers, philosophes, se chargent bien de me transmettre leur univers. Et il y a de quoi faire, deux vies complètes n’y suffiraient pas.

A défaut d’imagination, toutefois, je revendique la part de créativité qui me permet de tirer parti des bonnes idées d’autrui. Plantée devant mon chevalet, j’ose, je me lâche, j’enjolive, je reprends à mon compte les histoires que d’aucuns ont imaginées pour moi.

80×80 cm  ». Les Quatre mousquetaires » -. Merci, maître Alexandre Dumas !-

Mon conseil. -. La littérature, les faits divers, les évènements de notre vie quotidienne, fourmillent d’anecdotes à mettre en peinture. -. Vous n’avez pas d’idées ? Plutôt que de faire défiler les images sur Internet, peignez votre jardin en fleurs, votre 🐕 et sa laisse, votre canari dans sa cage ou votre 🐈 lové dans les coussins. Ou bien ouvrez un bon bouquin…