Le temps est un grand maître

Depuis deux ans et quelques mois, je tiens régulièrement rubrique sur mon site. J’ai eu la surprise de voir apparaître, et disparaître sans laisser de traces, autant d’amis virtuels que dans la  » vraie vie’‘. Que sont devenus ces passionnés, ces chroniqueurs et chroniqueuses intéressants, documentés et souvent salutairement impertinents, dont le blog est désormais absent et fait écran blanc ? La vie les a-t-ils balayés, la routine les a-t-ils gagnés, l’aventure les a-t-ils lassés, sont-ils passés à tout autre chose ? Ma réflexion me conduit, bien entendu, à m’interroger sur mes propres motivations.

La passion va-t-elle me quitter, vous quitter ? Le doute va-t-il me submerger, vous submerger ? N’aurai-je plus rien à PEINDRE ?N’aurais-je plus rien à communiquer, avec réciprocité de votre côté ? Autant d’interrogations, une seule réponse qui nous ménage, à vous comme à moi, une éventuelle et honorable porte de sortie, car, sait-on jamais…: -. Le temps est un grand maître.

60x80cm « L’atelier de Christine« , collection privée, Galerie Z’Artistes

Mon conseil-. – Pour vous, pour moi, à demain… Peut-être… A demain, sans doute ! A demain, promis !

Tout l’amour d’un père

 »-. J’ai perdu une fille de dix-sept ans, belle, pétillante. Une fille à l’avenir prometteur. Elle était tout pour moi, tu piges ? Elle était toute ma vie. C’est moi qui réveillais Diana chaque matin. Tous les mercredis, je lui faisais des pancakes aux pépites de chocolat. Quand elle était petite, rien que nous deux, on allait acheter des barrettes, des chouchous ou des pinces à cheveux en écaille de 🐢, elle en avait toute une collection.

Ovale 50x60cm Portrait de Lily Jeanne, vendu, Galerie Femmes, Femmes, Femmes

Moi, je n’étais qu’un papa 🍰. Quand elle a attrapé la fièvre rhumatismale, j’ai dormi huit nuits d’affilée dans un fauteuil, en priant Dieu d’épargner ma petite fille. J’ai assisté à tous les matches de hockey, concerts, spectacles de danse, remises de prix et réunions de parents d’élèves. Quand elle a eu son premier rendez-vous, je l’ai suivie en cachette au cinéma tellement j’étais inquiet. J’aimais cette gamine de toutes mes forces, chaque jour de sa vie, et lui… » Harlan Coben (Par accident)

Procession funèbre

 »-. Une procession de brahmanes qui se dirige de ce côté. S’il est possible, évitons d’être vus-. Le guide détacha l’éléphant, en recommandant aux voyageurs de ne point mettre pied à terre. Lui-même se tint prêt à enfourcher rapidement sa monture, si la fuite devenait nécessaire. Mais il pensa que la troupe des fidèles passerait sans l’apercevoir, car l’épaisseur du feuillage les dissimulait entièrement.

Le bruit discordant des voix et des instruments se rapprochait. Des chants monotones se mêlaient au son des tambours et des cymbales. Bientôt la tête de la procession apparut sous les 🌲, à une cinquantaine de pas. Ils distinguaient aisément, à travers les branches, le curieux personnel de cette cérémonie religieuse. En première ligne s’avançaient des prêtres, coiffés de mitres et vêtus de longues 👗 chamarrées. Ils étaient entourés d’hommes, de femmes et d’enfants, qui faisaient entendre une sorte de psalmodie funèbre, interrompue à intervalles réguliers par des coups de tam-tams et de cymbales. Derrière eux, sur un char aux larges roues dont les rayons et la jante figuraient un entrelacement de 🐍, apparut une statue hideuse . » Jules Verne (Le tour du monde en quatre-vingt jours)

Le lavoir de Gervaise

 »-. Il pleuvait une humidité lourde, chargée d’une odeur savonneuse, une odeur fade, moite, continue. Et, par moments, des souffles plus forts d’eau de Javel dominaient.

Le long des batteries, aux deux côtés de l’allée centrale, il y avait des files de femmes, les bras nus jusqu’aux épaules, les jupes raccourcies montrant des bas de couleur et de gros souliers lacés. Elles tapaient furieusement, riaient, se renversaient pour crier un mot dans ce vacarme, se penchaient jusqu’au fond de leurs baquets, ordurières, brutales, dégingandées, trempées comme par une averse, les chairs rougies et fumantes…’‘ Emile Zola (L’Assommoir)

En un tsunami de fausses bonnes idées

 »-. Dimanche pluvieux et maussade. Que faire, qui me sorte de mon atelier, et m’oblige à m’occuper d’autre chose que de ma modeste personne ? Sans grand enthousiasme, lovée sur le canapé, cliquant distraitement sur ma tablette, je passe en revue divers tutoriels qui tous traitent de ma passion intime et redoutable, la peinture. Je déteste les tutoriels, ils ne me concernent pas, je préfère faire à ma manière… Corvée obligée, il est grand temps que je m’informe au lieu de critiquer. Défilent alors, devant mes yeux ébahis, moult techniques incroyables, incongrues, stupéfiantes, délirantes. On utiliserait donc, pour étaler la matière et plus si affinités, des cure-dents, bâtonnets d’oreilles, éponges métalliques, ronds de serviettes, flûtes à champagne, gobelets en carton, papier sulfurisé et autres ingrédients de la bonne ménagère accomplie ? Et pourquoi pas des tampons hygiéniques, tant qu’on y est, pour signer un art strictement féminin et même féministe ? ! Vite, il me faut essayer, et réussir.

Je me lance, je teste, j’essaie, je mélange lesdites techniques. Mais avec moi c’est un fiasco complet, j’en reviendrai donc à mes bonnes vieilles méthodes ringardes mais éprouvées, brosse à dents, papier cadeau et colle, parfois un soupçon de perles et strass, ou un bout de dentelle. Bon, je persiste, et parviens à créer un fond en tapotant avec une éponge à récurer les casseroles. Le fond acté, il me faut encore trouver un sujet approprié, qui s’y cale grosso modo. Va pour un tsunami… Un tsunami de couleurs.

40x40cm « Tsunami« , galerie Les Clins d’oeil de Dame Nature

Mon conseil. -. Cet échec retentissant ne m’a guère perturbée. Encore que… J’aurais bien voulu en connaître la raison. Ce qui marche avec les autres ne marcherait donc pas avec moi ? Curieux…. Eurêka, après réflexion, j’ai trouvé : -. Pour réussir une expérience, ne faut-il pas, en préambule, y croire ?-

Scène de viol

 »-. Jamais elle n’aurait dû s’attarder aussi longtemps. Myriam serra les dents. Elle avait vu juste. Les cavaliers venaient droit sur elle. Elle se retourna, le souffle déjà coupé de terreur, et reprit sa course. Mais ses jupes pesaient si lourd ! Et cette terre qui s’enfonçait sous ses pas. Courir… Parvenir aux 🏠 dont la masse sombre n’était pas si loin… Le terre vibrait sous le galop des chevaux. Les deux hommes n’étaient plus qu’à quelques mètres d’elle, ils criaient des choses qu’elle ne comprenait pas, ils riaient… Cours, Myriam, cours !

Soudain, elle ressentit une violente douleur à la cheville, perdit l’équilibre, sentit le choc brutal de la terre. Ils étaient là ! Ils descendaient de 🐎, s’avançaient vers elle. Elle ne distinguait pas leurs visages. Déjà, ils étaient sur elle. Elle se sentit saisie, retournée, plaquée contre le sol, ils continuaient de rire. Soudain un poids s’abattit sur elle. Quand elle voulut hurler, une ✋ la bâillonna. L’autre soldat était là, à côté…. Des uniformes…une odeur de bière, de cuir… Le hennissement d’un 🐎… La douleur. » Joseph Joffo (Le hussard de l’espoir)

Pendez-les, haut et court !

 »-. Le convoi franchit les murs de la ville. Après un quart de lieue, et une fois les faubourgs traversés, apparut, dressé sur une butte, le gibet de Montfaucon. Rebâti dans les années récentes, sur l’emplacement du vieux gibet qui datait de Saint Louis, Montfaucon se présentait comme une grande halle inachevée, sans toit. Seize piliers de maçonnerie, debout contre le ciel, s’élevaient d’une vaste plateforme carrée qui elle-même prenait assise sur de gros blocs de pierres brutes.

50x50cm « L’arbre aux pendus« , vendu, galerie La vie rêvée des arbres

Au centre de la plateforme s’ouvrait une large fosse qui servait de charnier. Et les potences s’alignaient le long de cette fosse. Les piliers de maçonnerie étaient réunis par de doubles poutres, et par des chaînes de fer où l’on accrochait les corps après l’exécution. on les y laissait pourrir au vent et aux corbeaux pour servir d’exemple et inspirer le respect de la justice royale. Ce jour-là, une dizaine de corps se trouvaient suspendus. » Maurice Druon (Les Rois Maudits)

Le repas de 🐟

 »-. Le dîner commença par un cérémonial culinaire très ancien. Un homme désigné comme shikibocho apparut, à genoux, tenant une planche sur laquelle reposait un 🐟. Vêtu d’un kimono de brocart et d’une haute toque pointue, le maître shikibocho montra une série de baguettes d’acier et un long 🔪 droit à manche de bois. Avec des mouvements d’une extrême rapidité, il coupa le 🐟 en un nombre de tranches bien précis. A la fin de sa performance rituelle, il salua et sortit.

40x40cm « Mi truite-mi sardine », vendu, sur commande, galerie Bestiaire

. Est-ce le chef cuisinier ?-. Non, c’est juste un maître de cérémonie du découpage des poissons. Le chef qui s’est spécialisé dans l’art épicurien de la préparation des produits de la mer va maintenant reconstituer le 🐟 et nous le servira pour nous ouvrir l’appétit. -. Vous avez donc plusieurs chefs, dans vos cuisines ?-. J’en ai trois. L’un, comme je viens de vous le dire, est un spécialiste des poissons, le second est un maître des viandes et des légumes, le troisième ne consacre ses talents qu’aux soupes. » Clive Cussler (Dragon)

De quoi est fait le talent…

 »-. Furent d’abord exhibées des photographies montrant en totalité ou en partie tout particulièrement les œuvres principales du peintre Möller, le Jugement dernier et le Denier de César, projetées sur l’écran de cinéma en salle d’audience. Puis furent montrés des spécimens de son talent populaire, Bourgeoises de Dantzig devant façades hanséatiques d’une profusion ostentatoire, Marchandes de 🐟 sur le marché Long, telle ou telle donzelle appétissante, des demoiselles allant à l’office, toutes en toilettes d’époque. Un historien de l’Art venu de Hollande commentait ce peintre de province, inconnu. Comment le fils d’un barbier de la Cour, originaire de Königsberg, s’était formé par ses voyages aux Pays-Bas plus qu’en Italie, combien il était regrettable que ses copies de Dürer aient disparu. Pourquoi, malgré les nombreuses influences subies, il n’était pas licite de le traiter d’épigone. Combien les jeunes talents avaient du mal à percer entre la Renaissance parvenue à son terme, et le début du Baroque. Combien remarquable avait été Möller avant que sa vigueur créatrice ne s’éteignit autour de 1610. Et quel espoir supérieur avait pu susciter son talent de peintre. » Günther Grass ( Le Turbot)

Mon conseil. –Le talent, ne serait-il pas dans la propre tête de chacun d’entre nous ? Alors, il est bien clair que moi-même en suis parfaitement exclue, et je suis en bonne compagnie au royaume des sans-talent, des incompris, des artistes faméliques et aigris (je plaisante bien sûr, encore que, certains jours de doute… ). – Peut-être est-il dans la tête des autres, ceux qui croient qu’ils sont incapables de prendre un pinceau et de lâcher sur la toile sa créativité, son originalité, sa spiritualité ? Peut-être est-il tout aussi bien dans la main de ceux qui dessinent, composent, copient admirablement les gens, les paysages, les fleurs, les 🐦. Sûrement, le talent est multi-formes, multi-couleurs, multi-métissages, multi-talents. D’ailleurs, le talent, existe-t-il, ou est-ce un phénomène social pour expliquer ce que l’on ne comprend pas vraiment ?

90x90cm « A la manière de Klimt« , vendu (Galerie Faussaire) -Rendons modestement hommage au talent des autres, ils le méritent bien surtout lorsque nous les copions sans vergogne !-

La cérémonie du turban

 »-. Assis dans son fauteuil en bois sculpté rehaussé de dorures, Ali Bey frappe ses ✋ grassouillettes chargées de bagues l’une contre l’autre. Aussitôt Ammam, son premier eunuque, accourt et se prosterne à ses pieds. Ammam a une charge importante au Palais. Bien qu’elle concerne l’habillement de son maître, elle n’a rien à voir avec celle à laquelle vient de se livrer l’esclave noir qui a aidé Ali Bey à se vêtir.

60x60cm  » mon Prince du désert’‘, galerie chemins de spiritualité. -. Avant la cérémonie du turban, bien entendu…-

Il est chargé d’enrouler le turban du seigneur et maître, cérémonie quasi-religieuse qui distingue le musulman de l’incroyant. L’esclave se saisit avec déférence de la longue pièce d’étoffe blanche. Et commence d’enrouler avec art et recueillement la tête immobile d’Ali, afin que ce dernier reçoive la lumière au jour du jugement, pour chaque tour de turban selon le voeu d’Allah. Quand sa tâche est terminée, Ali Bey le congédie d’un geste de la ✋ faisant étinceler les pierres qui ornent ses bagues. Ammam, plié en deux, s’en va à reculons, les yeux posés sur la pointe de ses babouches.’‘ Dominique Rocher (De sable et de sang)