L’atelier couture de Christine

Le printemps montre timidement le bout de son nez, ‘‘ vous n’avez rien à vous mettre  » ? Pas de lèche-vitrines entre copines, confinement oblige. Mais il faut bien rester coquette…Ces quatre vêtements dataient d »avant », je ne manque ni de temps, ni d’idées pour les transformer avec trois fois rien.

une robette sans prétention, en tissu léger, achetée deux sous trois francs mais que je ne porterai pas en l’état, compte tenu de mon âge. Elle fera merveille en tunique, sur un leggings. Il m’a suffi d’ouvrir les coutures sur les deux côtés, sur une quinzaine de centimètres, dans le bas du vêtement, et de nouer les pans en coquets noeuds -noeuds.

-une robe imprimée m’arrivant au genou, plutôt mémère. Même principe, même punition, en fronçant un des côtés sur toute la longueur de la jupe, de l’ourlet au corsage. Et voilà une tunique asymétrique, désormais portable.

un sweat récupéré chez une ado, trop petit, même pour moi. Un coup de ciseau précis mais définitif, l’a partagé en deux sur le devant. Le relookant en un cache-épaules qui ne me gène plus aux entournures. Quelques coups de ciseaux supplémentaires ont ôté col et parements superflus. A adopter, pourquoi pas, pour réchauffer mes deux nouvelles tuniques.

mon joker, simplissime. Cette jupe asymétrique n’était pas très seyante. J’ai relevé son pan le plus long et l’ai attaché à la ceinture avec une vulgaire épingle à nourrice, ce qui induit un joli drapé. Le dispositif est amovible.

Faîtes-vous belles… Pour rester chez vous !

Le rideau bouge derrière la fenêtre…

Âgée de 94 ans, ma maman, bien que de santé fragile, a conservé tous ses moyens intellectuels. Dès le confinement, elle s’est enfermée à double tour dans son joli petit appartement, fort agréablement doté d’une terrasse ensoleillée au premier étage. Mon frère, qui habite à proximité, lui  »rend visite  » sans quitter le trottoir. Un judicieux système a été installé, qui descend le sac poubelle, et remonte l’approvisionnement. Pour une vieille dame confortablement installée et accompagnée du haut de son balcon… combien de personnes âgées isolées et délaissées derrière leur fenêtre ?

57x48cm Derrière mon rideau

Fleurir le royaume des morts

 »Montrez-moi la façon dont une société s’occupe de ses morts, et je vous dirai avec une exactitude raisonnable les sentiments de son peuple et sa fidélité envers un sentiment élevé ». William Gladstone

 »L’enfant traversa l’ombre fraîche de l’église. Il hésita un moment parmi les pierres tombales devant la grille de fer qui entourait celles de sa famille. Ses yeux s’arrêtent sur le rebord de granit qui portait le nom –Whiteoak- et s’attristèrent en regardant la pierre marquée – Mary Whiteoak, femme de Philip Whiteoak-. La tombe de sa mère. Son grand-père reposait là, aussi, son père, la première femme de son père, et plusieurs enfants.

Il avait toujours aimé ce coin de terre. Il aimait la jolie grille de fer et les charmantes petites boules qui pendaient. Il aurait voulu rester là ce matin pour jouer. Il faudrait qu’il apporte une grosse botte de boutons d’or, il en avait vu hier briller le long de la rivière, et il les mettrait sur la tombe de sa mère. Il en donnerait peut-être aussi quelques-uns à la mére de Renny et de Meg, mais pas aux hommes, naturellement, cela ne leur ferait aucun plaisir, ni aux bébés sauf à – Gwynneth, âgée de cinq mois -, parce qu’il aimait son nom. » Mazo de la Roche ( Jalna)

40 x80 cm  » En souvenir d’elle  » (Galerie Dites-le avec des fleurs)

Chagrin d’amour

 »Hystérique  » (Galerie Femmes, Femmes, Femmes)  »Ce qui m’étonnait le plus, c’était qu’elle était fille d’officier, et avait été élevée dans un pensionnat  »

Au rez-de-chaussée, habitait en meublé une jeune femme de vingt-deux ans. Elle passait ses journées en jupon et caraco blanc. Un vieux docteur lui rendait visite deux fois par semaine, pendant que son équipage se promenait dans le quartier. Souvent elle donnait le soir à souper, alors c’était des jeunes gens qu’elle recevait. La blanchisseuse faisait la cuisine et se joignait aux convives. On chantait, on criait. Le souper fini, l’on cassait la vaisselle, et la jeune femme accompagnait chaque objet qui volait en éclats d’un rire en cascade.

Quand j’eus fait sa connaissance, je lui demandai pourquoi elle cassait sa vaisselle. Elle me répondit, en rougissant, qu’elle avait perdu, depuis deux ans, son amant qu’elle avait connu à l’âge de quinze ans. Qu’ils s’aimaient follement, et que, dans un accès de fièvre chaude, il s’était tué en se jetant par la fenêtre.

– . Je ne savais même pas qu’il était malade, quand j’appris qu’il était mort. L’enterrement a passé sous mes fenêtres, avec les prêtres qui chantaient, pendant que les cloches de Sainte-Marie sonnaient le glas à toute volée. J’étais toute seule à hurler chez moi…. Alors j’ai fait la connaissance du vieux docteur… Je suis fille d’officier, j’étais orpheline, j’ai été élevée en pension, mais n’ai rien appris qui puisse me faire gagner ma vie… Quand le spleen me prend, je donne à souper, et je casse tout, et je ris…. Je ne ris ainsi que depuis qu’il est mort.– » Neel Doff ( Jours de famine et de misère)

Pas à vendre !

 »-. … Ce sont des fouilles d’urgence. Je sors des Beaux – Arts et j’ai été engagé ici à titre temporaire. Mon contrat finit dans un mois.

Ellsner s’était rapproché de lui. Il se pencha sur le dessin. L’oeuvre ressemblait à son auteur. Une traduction charnelle, presque animale du décor, une glorification de la mort qui planait en ces lieux. Les détails étaient restitués de manière saisissante, le filigrane complet des fresques, les fulgurances du marbre vert sur le tombeau, les masques abominables des Méduses, la beauté sensuelle de cet espace clos. Le traitement de Walter Leblanc y avait ajouté une pointe d’humour dans le trait qui apportait à son oeuvre une touche personnelle.

Les yeux d’Ellsner ne quittaient pas le dessin. Il lança : -. Je vous l’achète. -. Il n’est pas à vendre. -. Je vous l’achète…très cher.- Leblanc le toisa avec une pointe de mépris. -. Je vous répète qu’il n’est pas à vendre. Ce dessin fait partie de mon travail de relevé, et je dois le remettre aux archéologues. -. Vous leur en ferez un autre, vous direz que celui-ci est tombé dans l’eau. -. Je ne triche pas. -. D’accord, d’accord, Monsieur Leblanc ! Vous avez tort, vous passez à côté d’une très bonne affaire. Qui vous aurait mis à l’abri des soucis pendant un bon bout de temps… Peut-être même aurais -je pu m’intéresser à votre cas, qui sait ? –

Le ton d’Ellsner suggérait qu’il était immensément riche. Leblanc continuait à faire courir son crayon, les yeux rivés sur l’esquisse, mais il était troublé. -. Vous devriez vous dépêcher de sortir. – » Olivier Gérard (Prions pour la mort)

Balade dominicale

« C’était une auto magnifique, elle tenait la route comme un bateau tient la mer, les courbes à grand rayon étaient son repos et son chant. Ah, mon pote, quel bateau de rêve, soupira Dean. Imagine si toi et moi avions une auto comme ça, ce que nous pourrons faire ! Sais-tu qu’il y a une route qui descend jusqu’à Mexico tout au long jusqu’à Panama, et peut-être tout du long jusqu’au bout de l’Amérique du Sud, là où les Indiens ont sept pied de haut et mangent de la cocaïne au flanc de la montagne ? Oui, toi et moi, on savourerait le monde entier avec une voiture comme ça. » Jean Louis Le Brice de Kerouak, aliais Jack Kerouac (1922-1969), Sur la route, roman autobiographique écrit en 1957

 »La teuf -teuf qui courait la campagne » … Mais bien sûr, c’était avant… restez chez vous  !

Au bord de l’eau

« S’asseoir tous deux au bord d’un flot qui passe, Le voir passer. Tous deux, s’il glisse un nuage en l’espace, Le voir glisser. A l’horizon, s’il fume un toit de chaume, Le voir fumer. Aux alentours, si quelque fleur embaume, S’en embaumer.

Si quelque fruit, où les abeilles goûtent, tente, Y goûter. Si quelque oiseau, dans les bois qui l’écoutent, chante, L’écouter. Entendre au pied du saule où l’eau murmure, L’eau murmurer. Ne pas sentir, tant que ce rêve dure, Le temps durer.

Mais n’apportant de passion profonde qu’à s’adorer, Sans nul souci des querelles du monde, Les ignorer. Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse, Sans se lasser,  Sentir l’amour, devant tout ce qui passe, Ne point passer ! » René-François Sully-Prud’Homme 1839-1907

60 x80 cm  »Au fil de l’eau », collection privée

Cornes de bouc !

 »A l’aide de suif et d’étoupe il préparait fébrilement des mèches qu’il introduisait ensuite dans une sorte de lanterne vitrée sur un côté. Puis, quand le vent de l’ouest commençait à siffler sa danse barbare sur le gigantesque jeu d’orgueil formé par les trous des falaises et que la nuit frappait l’estuaire, Cadet allait détacher son bouc.

Celui-ci déjà piaffait d’impatience. Le jaune de ses yeux virait comme une flamme au jaune-orangé. En un tour de main, Cadet fixait deux lanternes aux cornes du bouc…puis il lâchait l’animal… . Animal ! Qui sait ? Celui-ci partait au galop arpenter le sommet de la falaise.

Au milieu de l’estuaire, sur les vagues à présent déchaînées, les frêles embarcations des pêcheurs qui n’avaient pu rejoindre le port d’attache à temps, ou bien tout simplement les navigateurs égarés, découvraient ces petites lueurs sautillantes comme autant de lueurs d’espoir. Ces phares minuscules devenaient leur  »étoile du berger  ». Enfin un abri salvateur que leur signalait un gardien de port consciencieux ! Mettant le cap vers les diaboliques petites étoiles, barques ou navires venaient se fracasser sur les rochers où le bouc de Cadet les entraînait sans coup férir.

Il ne restait plus à Cadet  »le naufrageur » qu’à rappeler son bouc une fois sa sinistre besogne terminée et, tel un vautour, aller piller les épaves accrochées aux rochers ou abandonnées sur le sable des plages… » Pierre Dumousseau (Cadet le Naufrageur)

40x40cm Dolly
50x50cm « Dolly (Galerie Bestiaire)

Samedi soir, c’est tapas chez nos voisins catalans

J’aime, pour des raisons personnelles, le port de Cadaquès, village catalan que Salvador Dali rendit célèbre. Je vous y invite à déguster, attablé en bonne compagnie dans un bar animé en front de mer, une assiette de tapas arrosée -avec modération bien sûr- d’un verre de bon vin de pays …

60 x 60 cm  »Bons baisers de Cadaquès », collection privée

Monsieur, dessine-moi un mouton…

 »Le premier soir, je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait : -. S’il vous plaît, dessine-moi un mouton. -. Hein ? -. Dessine-moi un mouton…-  J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement.  »Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince)