Insoumise

 » – La courtoisie du langage, lorsqu’elle ne sert qu’à voiler la bassesse des actions, est comme la ceinture d’un chevalier autour du corps d’un vil paysan. Je ne suis pas surprise que cette contrainte paraisse te gêner, il aurait été plus honorable pour toi d’avoir conservé le costume et le langage d’un hors-la-loi, que de cacher sous l’affectation de manières polies et d’un langage courtois, des actions tout à fait dignes d’un brigand.

– Lady Rowena, tu me donnes là un excellent conseil, et avec une hardiesse de discours qui répond à la hardiesse de mes actions. Je te dis, moi, que tu ne sortiras de ce château qu’en qualité d’épouse de Maurice de Bracy. Je ne suis pas accoutumé à échouer dans mes entreprises, et un noble Normand n’a pas besoin de justifier scrupuleusement sa conduite envers une Saxonne qu’il honore en lui offrant sa main. Tu es fière, Rowena, et tu n’en es que plus digne d’être ma femme. Par quels moyens pourrais-tu être élevée à un rang distingué et aux honneurs qui y sont attachés, si ce n’est par mon alliance ? Par quel moyen pourrais-tu sortir de l’enceinte d’une vile grange où les Saxons logent avec les pourceaux qui font toute leur richesse, pour prendre une place dans laquelle tu recevras les honneurs qui te sont dus, au milieu de tout ce que l’Angleterre a de plus distingué par la beauté, de plus respectable par la puissance ? » Extrait d’ Ivanhoé, de Walter Scott

40x40cm Tais-toi !
40x40cm « Tais-toi » « -No », répondit définitivement la belle et riche Saxonne Lady Rowena, fière, insoumise et rebelle, sûre de ses choix et de ses engagements. Cette histoire édifiante, contée par Walter Scott, se situe au XIème siècle, lors du retour de captivité du roi Richard Coeur de Lion. A méditer quant à la place de la femme dans une société d’hommes …

Schizophrénie

 »Cette jeune mère de famille avait été adressée à un psychiatre pour examen par son médecin de famille. Pendant une minute ou deux elle resta assise, l’air tendu, les yeux fixés sur le sol, puis elle se mit à rire. Quelques instants plus tard son rire cessa, elle regarda le docteur à la dérobée, puis détourna de nouveau les yeux et se reprit à rire. Ces faits se répétèrent dans le même ordre à trois ou quatre reprises. Ensuite, assez brusquement, ses ricanements cessèrent, elle se redressa sur sa chaise, tira sur sa jupe et tourna la tête vers la droite. Elle garda cette nouvelle attitude pendant quelques instants, et le psychiatre, après l’avoir observée en silence, lui demanda si elle entendait des voix. Elle fit signe que oui, sans détourner la tête, en continuant à écouter. Le médecin intervient une nouvelle fois pour lui demander quel âge elle avait. Grâce à son intonation soigneusement étudiée, il réussit à attirer son attention. Elle se tourna vers lui, reprit ses esprits et répondit à sa question.

Notre-Dame-Des-Douleurs
« Notre Dame des Douleurs » (Galerie Chemins de spiritualité)

A partir de là, elle répondit à toute une série de questions précises, de façon concise et pertinente. En un bref laps de temps, le psychiatre avait obtenu assez de renseignements pour diagnostiquer une schizophrénie aiguë, et il était en mesure de reconstruire quelques-unes des causes occasionnelles de sa maladie, ainsi que certains des faits saillants de sa première enfance. Après cela il ne posa aucune question pendant un moment, et, très vite, elle retomba dans son état précédent. Le cycle de ses gloussements minaudiers, de ses coups d’oeil furtifs et des instants où, d’un air guindé, elle prêtait attention à ses hallucinations, se répéta, jusqu’à ce que le médecin lui eût demandé quelles étaient ces voix, et ce qu’elles racontaient.’Éric Berne, Analyse transactionnelle et psychothérapie

Montrer patte blanche

‘Le blanc, sur notre âme, agit comme un silence absolu ». Ce n’est pas moi qui, sentencieusement, l’affirme pour la postérité, mais le peintre Wassili Kandinsky.

Le blanc, le grand blanc, le vrai blanc, celui qui lave plus blanc que blanc,vient du germanique ‘‘blank », qui signifie  »brillant, clair, sans tâches  ». Ce point de sémantique posé, ses nuances n’en varient pas moins, selon l’absorption de la lumière par l’objet considéré. On obtiendra alors des tons blanc cassé, ivoire, marbre, lait, neige, lys, coton…le langage des Inuits distingue quant à lui vingt-cinq types de neige, et pas moins de douze mots différents pour nuancer au mieux les tonalités de blanc.

Quelle couleur reflète le mieux les rayons du soleil ? Qui est utilisé en été pour se protéger du rayonnement solaire. Qui, du moins dans les sociétés occidentales, est associé à la chasteté, la paix, la franchise, la pureté, l’innocence, l’enfance, voire la neutralité ? Le blanc, encore le blanc, toujours le blanc.

La page blanche, la toile blanche, le vote blanc, la blouse blanche, renvoient inexorablement à la propreté, l’anxiété, l’hygiène, le vide, le néant dans les cas extrêmes.

Le plus beau jour de sa vie
50x60cm « Le plus beau jour de sa vie » (Galerie Chemins de spiritualité)

Couleur du linceul, le blanc est symbole de deuil en Orient. Je préfère quant à moi illustrer mon propos par une ode au mariage, la robe blanche de la jeune épouse signifiant la virginité (bon, enfin, sur ce point, élégamment, glissons…)

Fragrances

 »Je me promenais pendant quelques instants sur la terrasse, mais une odeur subtile et familière, celle d’un cigare, m’arriva furtivement d’une fenêtre. Je vis celle de la bibliothèque s’entrouvrir de la largeur d’une main. Je me rendais compte que je pouvais être observée, aussi m’éloignai-je pour me rendre dans le verger. Il n’y avait pas dans tout le parc endroit plus abrité, plus semblable à l’Eden. Il était plein d’arbres couverts de fleurs, un mur très élevé le séparait de la cour d’un côté, de l’autre une avenue plantée de hêtres formait écran devant la pelouse. Au fond, il n’était séparé des champs solitaires que par un fossé, et l’allée bordée de lauriers qui en descendait en serpentant se terminait par un gigantesque marronnier entouré d’un banc à sa base. Là, on pouvait errer à l’abri des regards.

L’églantier odorant, l’armoise, le jasmin, l’oeuillet et la rose ont depuis longtemps offert leur encens à l’office du soir. Ce nouvel arôme n’émane ni des arbustes, ni des fleurs, c’est…je le connais bien…celui du cigare de Monsieur Rochester. Je regarde autour de moi, j’écoute. Je vois des arbres chargés de fruits mûrissants, j’entends un rossignol qui chante dans un bois, à près d’un demi-mille, aucune forme mouvante n’est visible, nul bruit de pas perceptible, pourtant cette odeur devient plus pénétrante, il faut fuir. » Jane Eyre (Charlotte Brontë)

40x40cm Harmonie du soir
40x40cm « Harmonie du soir » (Galerie Dites-le avec des fleurs)

Le fil d’argent

Bouddha se promenait au dessus du Naraka, qui est, comme tout un chacun le sait, le lac des enfers en pays zen. Il cherchait des âmes à sauver. Il reconnut, à sa mine patibulaire, le dénommé Kantala, triste sire, qui, toutefois, au moins une fois dans sa vie de méfaits, s’était laissé aller à une bonne action. En effet, s’apprêtant à écraser sans raison une araignée sous son talon, il l’avait épargnée…ne méritait-il pas une chance de sauver son âme ? A méditer…

Banco ! Bouddha lui lance donc un fil d’araignée, un long fil d’argent, assez solide pour l’aider dans sa remontée. Kantala s’en saisit prestement, s’y accroche, monte, peine, souffle, progresse, espère, s’essouffle, prie pour que le fil miraculeux ne cède pas sous le poids de ses fautes passées. A mi-chemin, il aperçoit déjà la lumière de sa prochaine rédemption. Ouf, sauvé ! Pas encore tout à fait, car en bas, en-dessous, dans l’entraille des enfers, d’autres mauvaises âmes ont saisi le fil d’argent. Que faire ? Moi d’abord ! Kantala sort de sa poche son coutelas de mauvais garçon pour trancher le fil sous lui. Mauvaise pensée, aussitôt suivie d’une mauvaise action ! Patratrac, le fil d’argent cède, Kantala retombe dans les enfers qu’il n’aurait jamais dû quitter ! Bien fait pour lui. Conte zen, à re-méditer…

Bouddha attitude
50x50cm « Bouddha Attitude« , Vendu (Galerie Chemins de spiritualité)

Les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau

« Femme nue, femme noire. Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté ! J’ai grandi à ton ombre, la douceur de tes mains bandait mes yeux.

Et voilà qu’au coeur de l’été et de midi, je te découvre, terre promise, du haut d’un haut col calciné. Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle.

Femme nue, femme obscure. Fruit mur à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche. Savane aux horizons purs, savane qui frémit aux caresses ferventes du vent d’est, tam-tam sculpté qui gronde sous les doigts du vainqueur, ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’âme. Femme nue, femme obscure, huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flans des princes du Mali, gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau. Délices des jeux de l’esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire, à l’ ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils profonds de tes yeux.

Femme nue, femme noire, je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’éternel, avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.. » Léopold Sedar Senghor

africaines50x50cm Vendu
50x50cm « Femmes Africaines », Vendu (Galerie Femmes, Femmes, Femmes)

Une île à l’horizon! J’aperçois une île!

Quand Christophe Colomb aperçut pour la première fois les Antilles, il fut si confondu par la vue d’une telle beauté qu’il demeura incapable de la décrire. Débarquant à Cuba, il y trouva « une multitude de palmiers de formes diverses, les arbres les plus hauts et les plus beaux que j’eusse jamais rencontrés, et une infinité d’autres arbres verts. » Sur certaines îles, les volées de perroquets étaient si denses que, selon ses dires, elles voilaient le soleil.

Mais le joyau que ce hardi navigateur à la plume de poète découvrit lors de ce premier voyage dans le nouveau monde, ce fut la paradisiaque Haïti, perle de beauté sauvage . »L’île surgit de la mer dans toute la splendeur de sa végétation tropicale, les montagnes plus hautes et plus rocheuses que celles des autres îles, émergeant d’une masse de riches forêts. A coup sûr, c’était là l’une des plus belles îles du monde ! »

Une île à l'horizon ! Contes des mers du sud
« Une île ! », Contes des mers du sud (Galerie Laissez-moi vous conter la mer »

Hélas! Que décrirait aujourd’hui, pour la postérité, Christophe Colomb, confronté au déboisement intensif et à la cupidité des hommes ? Désormais, Haiti se dresse, triste, esseulée, désabusée, saccagée, dépouillée de ses arbres, de ses perroquets et de sa majesté…Privée de son âme ?

La belle, l’âne et le meunier

« Marion s’en va au moulin avec sa quenouille chargée de lin, à cheval sur son âne. Quand Petitoun la voit venir, de rire ne peut tenir.

Il décharge son âne. -Derrière le moulin, il y a un pommier qui fleurit au mois de février, allez-y attacher l’âne…- Pendant que le moulin moulait, que la farine se faisait, Petitoun regardait la belle Marion.

-Petitoun, laissez-moi m’en aller, j’entends l’âne braire, ça y est… Le loup a mangé l’âne, que faire ?…- Derrière le traversin, il y a dix écus, prenez en huit, laissez en deux, allez acheter un autre âne.-

Quand le Maître la voit revenir, de remarquer ne peut se retenir. -Ceci n’est pas notre âne. Notre âne avait les pieds blancs, ceux de derrière et de devant, des oreilles rasées. -Maintenant, mon Maître, est arrivé le temps nouveau, chaque bête change de peau, ainsi a fait notre âne !-

40x50cm Vendu Un âne nommé Bourricot
30x40cm « Un âne nommé Bourriquet », acrylique et collage, Vendu (Galerie Bestiaire)

Chanson populaire provençale, à accompagner joyeusement et bruyamment de danses, galoubets et tambourins. Car il s’agit d’une grosse farce, d’une plaisanterie, d’une galéjade, qui me met en joie. Elle est d’actualité en ces temps dits nouveaux, le dindon de la farce restant l’âne, surtout celui qui fut croqué… car l’on est toujours l’âne de quelqu’un…

Qui veut la peau de l’épouvantail ?

« Quelle vie est la mienne ? Exposé à toutes les intempéries, transpercé par les aiguilles de la brise matinale, brûlé par le soleil de midi, et trempé jusqu’au grillage par les averses du soir…encore, tout ceci ne serait que plaisir à côté des brimades que je subis quasi quotidiennement de la part des garnements qui passent devant mon domaine en se rendant à l’école et en rentrant chez eux le soir…Les sales mômes ! Leur esprit pervers est sans bornes…Pas plus tard qu’hier, ils ont imaginé comme nouvelle torture de me planter un pétard dans la bouche, pour voir si la fumée de l’explosion me sortirait par les oreilles !…

Et je ne vous parle pas du chasseur ! La bête noire de l’épouvantail….la plus vicieuse de toutes. Il n’existe pas, pour un épouvantail, de pire sort au monde que de se retrouver un soir face à face avec un chasseur bredouille, lorsque le dépit lui ronge les entrailles. Que la honte de ne pouvoir lancer négligemment sur la table de la cuisine ses valeureux trophées de poil ou de plume lui monte au front. Le chasseur bredouille est redoutable. A la rigueur, un panneau routier pourra faire une cible convenable…une interdiction de chasser sera plus alléchante…mais le régal, à coup sûr, sera le poitrail empaillé du pauvre épouvantail…quelle vie ! » Pierre Dumousseau, A pas contés

50x50cm L'Epouvantail
50x50cm « L’épouvantail » (Galerie Les clins d’oeil de Dame nature)

Quand le poète s’adresse au peintre…

« Peintre excellent, dont le pinceau subtil Peut imiter, voire passer Nature, Se faisant voir inimitable outil Alors qu’il trace une rare peinture.

Dis-moi, veux-tu sur un tableau tirer Le gai printemps et son fleuri visage, Où l’oeil humain ne cesse de mirer, Ravi de voir quelque beau paysage ?

Il n’est besoin de peindre soutenu Le ciel d’un mont, ni Phoebus qui éclaire Ni quelque nymphe ou satyre connu, Ni des prés verts, ni d’un fleuve l’eau claire.

Pour traits sans la plus parfaite beauté De ma maîtresse et la prends pour modèle Et tire au vif son corsage emprunté, Tu n’as pas besoin d’autre chose qu’elle.

De vert gaillard fournira son double oeil, Oeil de minerve où verdit l’émeraude, Et d’abondant il sera le soleil, Pour celui-là que tout le monde rôde.

Ses blonds cheveux onduleusement épars Où les Amours à l’échine volage Ainsi qu’oiseaux volent de toutes parts, Sont les rameaux et le joli feuillage.

Pour les zéphyrs doucement ventelés Pourra servir son vent et son haleine, Son front fournit de blancs lis et douillets, Son respirer de thym et marjolaine. » Jean Godart (1564-1630)

Jouvence, Les Vitraux de la chapelle Sainte Repentance

Mon conseil du dimanche : « Poète, méfie-toi du peintre auquel tu confies ainsi, imprudemment, la beauté de ta maîtresse afin qu’elle lui serve de modèle ! A bon entendeur, salut ! »