Autour de La Fleur, broder…

. Dis, Christine, j’ai bien compris ton idée de PEINDRE une fleur, ou des fleurs, dans un temps imparti de quatre heures. Ceci dans le cadre d’un concours… Toutefois, à part PEINDRE un bouquet de trois roses ou quelques🌷 dans un vase naïf, exercice auxquels se livreront la quasi-totalité des compétiteurs… Comment faire original ? Un exemple simple serait le bienvenu…-. A ton service !

Je suis partie sur un film mythique. Dans une scène universellement connue, Marylin Monroe danse sur une bouche de chaleur, sa jupe s’envole alors… En corolle. Et voilà, c’est tout, et c’est tout simple. Il ne reste qu’à positionner la fleur, ou plutôt plusieurs roses en guise de jupette, l’agrémenter d’une jolie fille, que j’ai préférée positionner de dos pour ne pas lui donner trop de présence par un charmant minois, et le tour est joué. Le film est d’ailleurs déjà oublié, car je raconte une autre histoire… de fleurs. Tout se passe dans la tête, dans l’imagination, dans un patrimoine cinématographique rendu flou par les années qui passent et notre mémoire qui embellit le tout. On ne montre pas, on suggère, on interprète, on chamboule, on se lâche, on extrapole. Ça te tente ? Au travail !

30x40cm « La jupette à fleurs », galerie Dites-le-avec des fleurs

Mon conseil. -. Le point focal du tableau reste la composition florale, dont il s’agit de sélectionner soigneusement le tracé afin qu’il corresponde à un épanouissement en corolle. La créativité fait le reste. -. Rester dans un flou artistique permet de ne pas se focaliser sur les détails... Et surtout de terminer le tableau dans le temps prévu de quatre heures. -. Ce genre de saynète nécessite une toile de petite dimension, pour garder son caractère intimiste. Et des couleurs fortes, pour ne pas livrer un traitement mièvre. -. En fait, l’idée est toute simple, il ne s’agit que de revisiter La Fleur dans tous ses états. Tout le reste n’est que question d’imagination, de nuances rosées… et de broderie sur le sujet.

La belle Dona Camilla Bustamente

 »-. Le salon de Dona Camilla s’ouvrait sur l’abîme. La 🏡 des Bustamente, en effet, s’élevait à l’extrême du quartier le plus abrupt de La Paz, qui surplombe un précipice. Dona Camilla, en cela comme en toutes choses, avait exercé son privilège et tenait l’appartement où se pouvaient capter toutes les lumières du jour et de la 🌃, les silences qui expiraient du gouffre. Pourtant, quand les vents étaient trop agressifs, ou que les éclairs léchaient son balcon, elle se réfugiait dans les chambres de la rue, chez ses sœurs. L’une de ses sœurs s’étaient laissée épouser par le docteur Belmez. Et celui-ci m’avait présenté dans cette difficile 🏡 où il était toléré, ainsi qu’un autre gendre. Car, des trois soeurs de Dona Camilla, deux étaient mariées.

Dona Camilla, qui avait repris le nom de Bustamente, avait elle-même été mariée, ce qui maintenant paraissait encore plus incroyable qu’au moment où cela s’était fait. Quel homme avait pu briguer une fiancée aussi belle, aussi orgueilleuse, aussi intolérante ? Toute sa famille, où il n’y avait que des femmes, ne vivait que pour elle. Royaume des Amazones. Pourtant, il y avait là les poitrines les plus entières qu’on pût voir à La Paz. Il y avait même dans le délabrement de celle de la mère un souvenir majestueux. Et, au théâtre, c’était toujours un plaisir populaire que d’épier au fond de la plus belle loge le hautain recul de ce trésor multiple sous les mantilles. » Drieu la Rochelle (L’homme à 🐎)

La belle vie de marin

 »-. D’une voix cassée de vieux clairon, mon hôte me racontait ses campagnes. Le tabac de troupe avait jauni ses doigts et ses moustaches. Il portait une petite barbe, même les pieds nus dans des chaussons, il évoquait un grand-duc en exil. Si ses yeux, dès la naissance, n’avaient pas eu les turbulentes nuances bleu-vert de la houle, ils les auraient prises dans la familiarité des océans. J’y découvrais les flots, les horizons du large.

Les bourlingues de jadis duraient des années ! On avait le temps de se faire une idée de l’absence et de la mer !... Il revoyait et revivait, tel le Douanier Rousseau, des marines féeriques, les énormes estuaires que bordent les palétuviers chargés de cacatoès, les vire-courts fangeux de Saïgon, les atolls qui s’évanouissent, la course dans les voiles sous le ciel noir d’un coup de chien… Ému lui-même par ses phrases, il se détendait, en se roulant une cigarette . Un coup d’œil à la maquette de croiseur ou de sous-marin qu’il bâtissait pour un petit-fils, il repartait au loin. La chute dans l’eau glacée par un coup de roulis. Le chahut des jeunes officiers au milieu du Pacifique. Le clin d’œil d’un Chinois de Shanghai. L’errance nocturne à Port-Saïd. » Henri Queffellec (Les enfants de la mer)

Menu exotique

 »-. Sa sœur Marguerite était un peu ébouie par tout ce qu’elle voyait autour d’elle. Et qui constituait pour elle une véritable découverte. Cette décoration exotique rappelant certaines descriptions que lui avait faites Pierre, ces lampadaires aux parois teintées diffusant un éclairage plein de mystère. Ces serviteurs portant de petites calottes et tout de noir vêtus qui se courbaient jusqu’à terre pour saluer la clientèle. Ces surtouts en paille et riz remplaçant les nappes sur les tables laquées de rouge et d’or. Ce vieillard bossu avec sa longue natte et cette créature fardée aux yeux en amande qui ne cessait de sourire. Tout cela tenait de la féerie…

Et ce menu immense, présenté par un serviteur, où s’alignaient sur des pages entières les spécificités proposées… Il y avait la page réservée aux Tmô Ça, ou 🐟 et crustacés, la page des Linh Tinh, autrement dit les divers, la page des Mi ou soupes chinoises et vietnamiennes, celle des. Thit Heo ou viandes de porc, celle des Gâ Vit ou volailles, celle enfin des Trang Mieng ou desserts… Devant tant de variété, quoi choisir ? Heureusement, le grand frère, ce cher Patrice, était là pour conseiller… Ce fut lui qui décida, tout ce qu’il disait ne tenait-il pas de l’oracle ? Un tel homme ne pouvait se tromper. Ni sur la qualité des gens, ni sur celle des lieux ou des choses… » Guy des Cars (La Lampe de Jade)

Aie! maman, bobo !

Je ne connais pas de peintre qui, dans les affres de la création, se soit enfoncé son pinceau dans l’oeil. Par contre, il m’arrive de me blesser, légèrement je vous rassure, à la ✋. Cela tient du fait que je me sers fréquemment d’un grattoir ou même d’un 🔪, tant pour remettre en service une toile précédemment utilisée (il m’en arrive par séries, dans mon atelier, via des élèves mécontents de leurs oeuvres), que pour  »reprendre » une zone malhabilement interprétée.

Donc, je gratte, je gratte… Aïe, un trou sur la toile, vite un bout de sparadrap sur l’envers. Aïe, un coup de 🔪 sur la main, une plaie sur les doigts, quelques gouttes de sang qui perlent. Là aussi, le rouleau de sparadrap, après désinfection, vient à mon secours. Voilà sans doute pourquoi, en dépit des sollicitations, j’hésite à ouvrir mon atelier privé à des élèves, prenant prétexte de son exiguïté. Je préfère donner des cours dans les locaux d’une association, qui, moyennant une adhésion modeste, se charge d’assurer et donc de sécuriser mes prestations d’animatrice.

Mon conseil. -. On n’est jamais trop prudent. Il est nécessaire de tenir son instrument de grattage d’une ✋ ferme et assurée, pour éviter les dérapages incontrôlés. Et surtout de bien vérifier la trajectoire, pour que la ✋ vacante ne traîne pas sur la toile, prenant prétexte de la tenir. -. Dès que le grattage résiste, je renonce. Inutile de se blesser… Une couche de gesso supplémentaire palliera à la surépaisseur, sinon, tant pis… Je ferai avec, l’imagination suppléant à la planéité du support.

L’excentrique Felipe

 »-. J’ai trouvé ce manuscrit dans les papiers de mon grand-père, au fond de sa 🏡 de campagne. Je me rappelle qu’il m’avait parlé souvent d’un vieil ami à lui, un Sud-Américain, Bolivien ou Patagon, il ne savait guère la différence, qui vivait à Paris comme un excentrique, dans une chambre d’étudiant encombrée de bouquins.

« Dans mes bouquins, confinée », galerie La meilleure façon d’habiter

Cet homme, en dépit de son air sauvage et de la féroce manie qu’il avait de racler de la 🎸 et de chanter d’une voix rauque de sinistres ou trop douces mélopées, possédait une certaine culture. Il hantait la Comédie Française et les concerts, et c’était là que mon grand-père, intrigué par ce solitaire, avait fait sa connaissance. Quand le vieux Felipe mourut, il n’y eut personne à l’enterrement, sauf mon grand-père et quelques étranges personnages qu’il ne connaissait pas. On vendit sa bibliothèque à l’encan, mais mon grand-père, par une sorte de piété, avait recueilli ses papiers. Il les avait fourrés dans une caisse, ensuite oubliée dans son grenier. Mon grand-père avait le soupçon que ce sauvage était sans doute un farceur, non pas Sud-Américain, mais Espagnol d’Espagne, réfugié politique... » Drieu la Rochelle (L’homme à 🐎)

Les desseins de Bouddha

 »-. L’homme, qui n’avait plus aucune croyance terrestre, demeura figé pendant quelques secondes devant la statuette dorée, qui ne cessait de lui sourire… Un sourire qui était réellement celui de la Sagesse qui délivre de tout… N’impliquait-il pas le détachement total et une qualité de repos que seuls peuvent trouver les justes ? C’est aussi le sourire du prolongement de la vie, le sourire de tous ceux dont le regard est définitivement fermé sur le monde….

Dimensions 50x50cm « Bouddha attitude« , vendu, galerie Chemins de spiritualité

-. Aïe confiance en Bouddha, qui ne peut abandonner celui qui est venu au-delà des mers pour être le protecteur. Si nous subissons l’épreuve de la séparation, c’est parce que le Dieu l’a voulu pour nous faire comprendre que rien, ni le temps, ni l’éloignement, ne pourra détruire notre amour ! Je vais continuer à brûler des offrandes devant l’autel de mes ancêtres… Le corps de l’homme ne vit pas longtemps. Lorsqu’il s’éteint, ce n’est plus qu’une matière inerte abandonnée dans le monde… La vie d’un homme n’est pas limitée, personne ne peut en préciser la durée. On vient au monde et on sort selon les desseins de Bouddha. Il faut se hâter de l’honorer et d’acquérir des mérites !- » Guy des Cars (La Lampe de Jade)

Ciel d’orage

 »-. Rien que d’y penser, elle relève encore le nez. Les ☁️ s’écartent de plus en plus devant le ☀️ montant . A cet instant-là, elle se sent prête à tout, elle se moque de tout. Même de la pluie qui recommence à menacer, avec cette grosse nuée sombre à l’horizon où elle voit plonger un énorme arc-en-ciel.

Ils arrivent au bord du fleuve. Le sable est très blanc, des branches arrachées par les orages se sont échouées à deux pas de leur 🌲 préféré. A l’autre bout de l’anse, la file des femmes chargées d’eau s’arrête. Elles sont extenuées, mais, comme toujours, resignées à leur fatigue, à leur condition d’éternels portefaix. Devi, elle, ne s’est jamais sentie plus légère. Car, lorsqu’elle est heureuse, rien ne pèse en elle. Ni le ☀️ qui tape, ni la pluie qui rôde. Ni son corps, ni le passé, ni ses espoirs. Leur 🌲 est là, à deux pas, Kalla a déjà jeté la couverture qu’il portait sur son épaule. –. Le temps coule dans le fleuve-, se répète Devi. Elle s’éloigne de l’arbre, va s’installer à même le sable, à l’autre bout de la anse. Un petit moment, elle garde les yeux ouverts sur le ciel où défilent les ☁️. A présent, de minces filaments qui s’enroulent et se déroulent, s’agglutinent, se défont, s’effilochent et se refont. » Irène Frain (Devi)

30x40cm « Orage », vendu, Galerie Les Clins d’oeil de Dame Nature

☀️  »en Terrasse » !

Bonne nouvelle pour les amateurs de convivialité, les terrasses de café pourraient rouvrir d’ici quelques semaines… SI tout va bien, ou plutôt SI tout ne va pas plus mal. Bref… A l’instar de nos amis belges et autres citoyens européens, quelques privilégiés enfin pourront siroter en plein air sans risquer la contagion… Suivraient, en rangs dispersés, les musées et quelques hauts lieux culturels dont tout un chacun sait qu’ils sont l’élément de fréquentation quotidien et indispensable dans la vie spirituelle de tout habitant de l’héxagone âgé de 7 à 77 ans…

50x60cm « La Guinguette au bord de l’eau« , galerie Chemins de spiritualité

Plus prosaïquement, sans grande publicité, en mon petit coin de campagne, j’ai, depuis le retour du printemps, réouvert l’ Atelier du Jeudi… En extérieur, bien entendu, puisque les locaux de notre association de tutelle sont fermés par décision administrative. Nous avons donc investi le plan d’eau municipal, aussi bucolique que bien aéré, nous nous installons sur deux tables de pique-nique parmi les pêcheurs à la 🎣 et les promeneurs. Il y eût bien, certes, un ou deux rendez-vous manqués, par la faute de la pluie ou du grand vent… Mais qu’il est bon de se retrouver, pour PEINDRE ensemble en bonne compagnie, parler de notre passion commune, faire des projets…

Mon conseil. -. Dé-confiner ses activités, organiser en plein air sans crainte des virus et autres microbes des goûters d’enfants, échanges de livres, concerts de chants d’🐦. Toujours en extérieur, investir, en petit groupe en fonction des contraintes sanitaires et législation en vigueur, les lieux agréables et verdoyants. Gratter sa 🎸, déployer ses pinceaux et son chevalet, jouer aux cartes, au ballon, à Colin-Maillard. -. -. Discuter, refaire le monde. – Respirer, s’aérer la ✋et la tête. Vivre.

Le paravent chinois

 »-. Après avoir effleuré de ses longs doigts maigres la surface laquée de quelques panneaux, son visiteur se retourna vers elle. -. C’est là un travail remarquable… Comme il n’est pas possible que vous ayez pu faire venir ces douze panneaux de là-bas, cette étonnante copie ne peut avoir été exécutée qu’ici même ! Et peut-être est-ce là le plus surprenant pour moi. Comment avez-vous pu trouver, en France, quelqu’un qui ait été capable de réaliser un pareil chef-d’œuvre du genre, et ceci dans un temps record, puisque vous n’êtes dans notre pays que depuis une année ?

30x90cm « A la cour de l’empereur de Chine », Galerie XXLarge

-. C’est mon père qui a fait ce travail. –. Monsieur Ki Ho ? Eh bien, c’est un artiste prodigieux ! Je savais qu’il était très apte à imiter les écritures, mais je n’aurais pas supposé que son talent de faussaire pût aller jusqu’à manier la laque avec une telle perfection. .. sincèrement, vous appartenez à la plus stupéfiante des familles. Un père artiste, une fille espionne, une petite-fille danseuse…’Guy des Cars (La Lampe de Jade)