Ballade à Venise

 »Toutes les villes du monde se ressemblent plus ou moins, celle-ci ne ressemble à aucune. Chaque fois que je l’ai revue, après de longues absences, c’était une nouvelle surprise pour moi. A mesure que mon âge avançait, que mes connaissances augmentaient, et que j’avais des comparaisons à faire, j’y découvrais des singularités nouvelles et de nouvelles beautés.’‘ Quel Vénitien célèbre décrit ainsi sa ville de coeur ? Il s’agit de Carlo Goldoni (1707-1793), auteur de nombreuses pièces de théâtre, maître de la Commedia Del Arte. Lequel persiste et signe :  »On chante dans les places, dans les rues, et sur les canaux. Les marchands chantent en débitant leurs marchandises, les ouvriers chantent en quittant leurs travaux, les gondoliers chantent en attendant leurs maîtres. Le langage vénitien est sans contredit le plus doux, le plus agréable de tous les dialectes de l’Italie. La prononciation en est claire, délicate, facile ; les mots abondants, expressifs, les phrases harmonieuses, spirituelles : et comme le fond du caractère de la nation vénitienne est la gaieté, ainsi le fond du langage vénitien est la plaisanterie.  »

30x30cm promenade en gondole, d'après antonio canaletto
30x30cm « Promenade en gondole », d’après Antonio Canaletto (Galerie Faussaire) Les amoureux de Venise ne m’en voudront pas de copier, à ma façon, les célèbres canaux. J’ai également commis, toujours chez « Faussaire » une tentative de représentation de l’église Santa Maria delle Salute, largement inspirée du peintre impressionniste anglais Walter Sickert…je dirais même copiée-collée, à grand renfort de petits morceaux de papier-cadeau..

45x52cm Santa Maria della Salute (d'après Walter Sickert)

Carlo Goldoni serait-il chauvin ? Que nenni. Nombre d’écrivains, qui n’étaient, quant à eux, pas natifs de la cité des Doges, l’ont aimée passionnément, et l’ont célébrée à la hauteur de leur enthousiasme. Tel Honoré de Balzac (1799-1850), qui décrit ainsi cet établissement renommé, deux fois centenaire :  »Le café Florian est à Venise une indéfinissable institution. Les négociants y font leurs affaires et les avocats y donnent des rendez-vous pour y traiter leurs consultations les plus épineuses. Florian est tout à la fois une bourse, un foyer de théâtre, un cabinet de lecture, un club, un confessionnal. »

Voguer vers Cipango et découvrir les Amériques

Dans son  »Livre des Merveilles  », Marco Polo évoque un palais merveilleusement exotique, celui du seigneur de Cipango, c’est -à -dire le seigneur du Japon en personne.  »Il a un grandissime palais tout couvert d’or fin, ce qui vaut tant qu’à peine se pourrait compter, et qu’il n’est personne dans le monde qui pourrait le racheter. Et encore vous dis que tout le pavage des chambres, dont il y a bon nombre, est lui aussi d’or fin épais de bien plus de deux doigts. Et toutes les autres parties du palais, et les salles, et les fenêtres, sont aussi ornées d’or. Ce palais est d’une richesse si démesurée, que ce serait trop grandissime merveille si quelqu’un pouvait en dire la valeur.  »

Deux siècles plus tard, cette description frappa particulièrement l’imagination fertile d’un certain Christophe Colomb. Ce dernier, fameux navigateur et habile homme d’affaires, était loin d’être une brute épaisse, il avait de la culture et de saines lectures dont il sut tirer profit. Pour preuve, il se mit en tête d’atteindre Cipango et ses nombreuses richesses

50x70cm Vendu Maman, les Ptits Bateaux
…Or, depuis le XIVème siècle, épidémies et révoltes, en faisant imploser l’empire Mongol, avaient mis fin à l’épopée aventureuse de la route de la soie. Il fallait activer le plan B. En 1492, Christophe Colomb fit voile vers Cipango par l’Ouest, et découvrit les Amériques…

Oser une méridienne, la rebaptiser  »pause pour actifs »…

Depuis quelques années, dans les quartiers d’affaires des grandes villes occidentales, les bars à farniente font leur apparition. Inspirés par une idée venue d’Asie, des petits malins ouvrent des établissements spécialisés, lesquels ciblent une clientèle d’actifs qui piquent souvent du nez après la pause -déjeuner, avec à la clé stress et déficit de vigilance.  »C’est un concept novateur, un lieu de bien-être qui propose des endroits confortables à des citadins qui en ont fort besoin  », expliquent à l’envi les tenants de la théorie. Outre les bienfaits au travail, les adeptes de ce repos réparateur insistent également sur la créativité,  »ouvrant des états de notre subconscient pour résoudre des problèmes, trouver des réponses, inventer, innover…’‘ . Bref, augmenter leurs performances de cadres dynamiques dans la com’, le business ou la finance.

BlablablaLorsque j’étais plus jeune, cette théorie révolutionnaire existait déjà, sous une appellation simple, à savoir  »la p’tite sieste ». Elle était alors enfantine, avec quelques pleurs et grincements de dents au moment de rejoindre son dodo. Ou indispensable aux travailleurs en horaires décalés et aux vieillards et convalescents. Ou estivale, fleurant bon l’apéro, le soleil et les vacances. Ou bien coquine, à deux sous l’édredon, mais ceci est une autre histoire… on n’a donc rien inventé, si ce n’est le douteux plaisir de facturer au prix fort un besoin naturel qui existe depuis la nuit des temps…

farniente 40x40cm Vendu
40x40cm vendu « Farniente » Je sieste…Tu siestes…Il, elle, on sieste…Nous siestons.! Vous siestez ? Ils, elles siestent. Ah non alors, c’est lundi, au boulot ! Pas de méridienne, ni de break, ni de pause, ni de coupure. Rien!

Bons baisers de Grambois

Pour nous reposer des fatigues d’une semaine harassante, mon clin d’oeil du dimanche, tendrement modeste. Vite lu, vite peint, vite oublié…

 » Village de Provence, Grambois est bien vieux. Peut-être est-ce pour cela qu’on l’aime encore mieux. Perché sur un coteau, contrefort du Lubéron, On peut voir, des terrasses de ses vieilles maisons, Après la plaine, au-delà des monts, La terre et le ciel se rejoindre à l’horizon.

Blotti dans ses remparts par endroits abîmés, Vestiges présents, témoins d’un glorieux passé, Ecoutez parler ses nobles vieilles pierres, Elles nous ramèneront bien en arrière, Alors qu’elles subissaient les assauts de la bataille. Des boulets dans ses mur noircis sont restés les entailles.

Par ses portes voûtées, Mirabeau sur son cheval est entré, Venant rendre hommage à Madame de Sévigné. Son église est intacte auprès de son rocher Où, toujours, les heures sont lentement égrenées ». Lucien Pourchier

50x70cm Vendu Haut-Perché
50x70cm Vendu « Haut-Perché » (Galerie La meilleure façon d’habiter) – Hommage à un charmant village du Lubéron, et à un non moins charmant et inspiré « poète du dimanche » de ces lieux enchantés, ami de mon père. Il y a quelques trente années, ce paisible retraité, amateur de pêche à la ligne et de pétanque, édita à compte d’auteur, car ce style d’oeuvre ne passionne guère le grand public, un petit recueil qu’il signa Lulu de Grambois. A lire, à savourer, à méditer…

Humains, tremblez devant la colère de Neptune !

« Neptune était bougon. Assis sur son trône de corail, il caressait d’ une main distraite le poisson-chat qui ronronnait sur ses genoux. Préoccupé par ses pensées, il n’écoutait même plus le chant des sirènes venues lui donner aubade. Décidément, Neptune avait des problèmes, et il le faisait sentir à tous depuis quelque temps par une mauvaise humeur dont il ne pouvait se départir.

Les eaux des océans restaient perpétuellement troublées par ses coups de gueule et ses accès de colère. Cette mauvaise humeur était provoquée, vous vous en doutiez peut-être, par ces êtres minuscules qui peuplent l’autre monde, celui de la terre ferme, les humains. Les humains avaient en effet, depuis quelques années, pris la détestable habitude de ne plus respecter son domaine à lui, Neptune, le seigneur des eaux. Ils déversaient sans vergogne leurs immondices dans ses rivières. Ils saccageaient ses jardins d’algues. Ils massacraient sans retenue des populations entières de baleines et de phoques, faisant planer sur la faune aquatique le spectre d’un holocauste marin. Le dauphin lui-même se sentait menacé.

Ys

-Trop, c’est trop-, marmonna Neptune dans sa barbe. Il convoqua son conseil des sages. Tous furent d’accord pour reconnaître que les hommes devaient disparaître de la surface de la terre…«  Pierre Dumousseau, A pas contés

Premiers pas vers la planète  »couleurs »

En 1801, Thomas Young formule la loi de la théorie tri-chromatique, basée sur la structure sensorielle de l’oeil. Voilà qui semble rebutant? ..pas du tout, c’est bête comme chou. La rétine est dotée de trois éléments différents, sensibles respectivement au bleu indigo, au vert-jaune et au rouge. De quoi, par synthèse, restituer la vision totale des couleurs.

Ce qui signifie, à l’usage de mes élèves de l’atelier du jeudi, qu’une peinture contenant lesdites trois couleurs primaires sera perçue par l’oeil comme équilibrée, et non point irritante, ou agressive. Son non-respect pourrait provoquer, chez le spectateur, un malaise inconscient, l’oeil recherchant de lui-même l’équilibre qu’on lui refuse. Il en va d’ailleurs de même de la perspective qui, ratée, dérange… mais ceci est une autre histoire…

 »-C’est tout, Christine, désormais je sais assortir les couleurs ? -Eh bien pas tout à fait, il faudra conforter tes connaissances quant aux couleurs secondaires et complémentaires, et t’entraîner. Et surtout utiliser cette théorie à contre-emploi, pour, justement, choquer, déranger, expérimenter, sortir des sentiers battus, trouver de nouvelles combinaisons, bref peindre et inventer ton propre style, ta patte, ta palette ‘‘. L’harmonie parfaite n’existe pas, et c’est très bien ainsi, mais l’intuition de ces principes de base permet toutefois au peintre de contrôler son tableau, sans empiéter sur sa créativité ou son audace artistique…

A noter, mais ce sera pour une prochaine séance du jeudi (de façon à ne pas dégoûter mes élèves d’une technicité que j’esquive moi-même le plus possible), que le besoin d’harmonie de l’oeil s’exprime également sous une autre forme : le mélange en proportions égales des trois couleurs primaires produit le noir, la combinaison de deux couleurs complémentaires produit un gris neutre parfaitement reposant. Convaincu(e)s ? En ce cas je vous retrouve jeudi prochain, même lieu, même heure ? A bientôt!

30x40cm Oeil de Lynx
« Oeil de Lynx » (Galerie Bestiaire) Pour corser l’affaire, l’oeil peut réaliser lui-même la synthèse de deux couleurs primaires ou complémentaires juxtaposées. Lesquelles apparaîtront, avec un certain recul, comme une surface unie. Faculté exploitée par les peintres pointillistes ( technique dont j’avoue user et abuser), pour réaliser des tableaux aux effets de couleurs variés par juxtaposition de points.

Faire grincer le violon du diable

Au 23 rue de la Préfecture, au coeur de la vieille ville de Nice, une plaque apposée sur la façade de la maison rappelle qu’ici même Antonio Paganini (1782-1840) avait élu domicile, chez le comte de Cessole. On raconte encore que le célèbre compositeur et violoniste scandalisait volontiers ses voisins en imitant, sur son instrument, les miaulements de chats. Paganini paya cher sa sulfureuse réputation et ses plaisanteries de potache, car il chercha longtemps une sépulture…

…On la lui refusa en terre chrétienne, car il était considéré comme possédé du diable. On parlait même de jeter son corps dans les flots glauques du Paillon… Le comte de Cessole prit les choses en mains, le fit transiter par Villefranche, puis … direction les Iles de Lérins. Après moult péripéties, au bout de deux longues années de pénitence, on embarqua nuitamment le cercueil et son occupant sur une felouque, et on mit le cap sur Gênes. Les années passèrent, on les transféra tous deux dans la propriété de Paganini à Gaiona, près de Parme , où l’on fit commodément semblant de les y oublier…

40x50cm Le violon sur le toit (d'après Marc Chagall)
40x50cm « Le violon sur le toit » (Galerie Faussaire)                                    Suite, et Fin de l’histoire en 1896, à la création du nouveau cimetière de Parme. Le « violoniste du diable » y fut transporté et définitivement enterré là, en sa toute dernière demeure. Paix à son âme et à l’âme de son violon !

Cultiver son jardin pour savourer des cédrats confits…

 »Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. –  »Vous avez raison, dit Pangloss, Quand l’homme fut mis dans le jardin d’Eden, il y fut mis pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos ». -.  »Travaillons sans raisonner, dit Martin, c’est le seul moyen de rendre la vie supportable. »

Toute la petite société entra dans ce louable dessein, chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était, à la vérité, bien laide, mais elle devint une excellente pâtissière. Paquette broda, la vieille eut soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendit service, il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme. Et Pangloss disait quelquefois à Candide : – »Tous les événements se sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles. Car, enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de mademoiselle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. »

– » Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin ». Voltaire

Ah, qu'il est beau monn potager !
50x60cm « Ah qu’il est beau mon potager » (Galerie Les clins d’oeil de Dame Nature.  »Si tu veux être heureux un jour, marie-toi. Si tu veux être heureux toujours, fais -toi jardinier  » (proverbe chinois)

Les contes de la folie douce

« Ce médecin pour les fous, plus fou que les fous qu’il prétend soigner, constate avec dépit que, dans sa ville, on ne soigne pas les fous. Il convainc la municipalité de construire un asile, baptisé La maison verte. Pris d’un zèle aussi dangereux qu’exagéré, l’aliéniste y envoie de plus en plus de malades, ou supposés tels.

  • C’est cette nuit que, dans ma propre maison, s’est déclarée la démence. Peu après le dîner, la voyant silencieuse et préoccupée : – Qu’y a -t-il, lui ai-je demandé ? – Je voudrai mettre le collier de grenats, mais le collier de saphirs est si joli…finalement, la soirée a couru sans autre nouveauté. Nous avons soupé, nous nous sommes mis au lit. Au milieu de la nuit, je me suis réveillé, je suis allé voir dans sa garde robe et je l’ai trouvée devant la glace aux prises avec ses deux colliers. Essayant l’un, puis l’autre. Cette fois, à n’en pas douter, c’était la démence ! Je l’ai aussitôt hospitalisée ! » Joachim Maria Machado des Assis , L’aliéniste
  • Asile de fous 80x80cm
    80x80cm  » Contes de la folie douce » (Galerie Chaos) Les fous sont-ils vraiment ceux que l’on croit ? Qui saurait, ou pourrait, donner une définition de la folie ? Et qui pourrait se targuer de savoir la peindre ?
  • Bien entendu, on s’en doute, les faux malades guérissent tous et quittent l’asile… Pour exercer son art, le médecin des fous n’a plus qu’à s’auto-hospitaliser, sous le diagnostic folie douce...

Chant d’oiseau

« Mais lors voici qu’un oiseau chante, Dans une pauvre cage en bois Mais voici qu’un oiseau chante Sur une ville et tous ses toits.

Et il dit qu’on voit le monde Et sur la mer la pluie tomber, Et des voiles s’en aller fondes, Sur l’eau, si loin qu’on peut aller.

Puis voix dans l’air plus haut montée, Alors voici que l’oiseau dit Que tout l’hiver s’en est allé Et qu’on voit l’herbe qui verdit.

Et sur les chemins la poussière Déjà, et les bêtes aussi, Et toits fumant dans la lumière Que l’on dirait qu’il est midi.

Et puis encore sa voix montée, Que l’air est d’or et resplendit, Et puis le bleu du ciel touché, Qu’il est ouvert le Paradis.  » Max Elskamp 1862-1931

44x55cm comment dessiner un oiseau, d'après Jacques Prévert
48x57cm Comment dessiner un oiseau (Galerie Pour faire le portrait d’un oiseau)                                Pour commencer la semaine, un peu de tendresse dans un monde de brutes…