Je te Shanghaïe, tu me Shanghaïes…

 »-. À San Francisco, Ti Jean, tu sais sur quel ⛵ tu arrives, tu ne sais jamais sur lequel tu repars. Tu vas dans un bistrot sur le port, tu commences à bien te bourrer le nez. Et, là, il y a un type, un sacré lascar d’Américain, qui te paie un coup. Un coup à ta santé, à la santé de ta femme, de ton ⛵, de ce que tu veux. Le lendemain, tu te réveilles en mer. Bien au large, sur un ⛵ que tu n’as jamais vu, avec des maux de tête à assommer un 🐂 et, en face de toi  quatre malabars qui t’engueulent en anglais.

Projet 🎏 d’avril, le ⛵🐟

Là, en principe, tu as compris. Tu sais qu’ils comptent sur toi pour la manœuvre… Il y a vingt ans, quand mon père naviguait encore, tu étais embarqué, comme ça, sur les ⛵ qui faisaient la mer de Chine. La première escale, c’était Shanghaï, ils te relâchaient avec un dollar, enfin, lorsque le capitaine n’était pas un fieffé salaud cuit au gin. Tu finissais par te rembarquer sur des clippers anglais qui faisaient la course au thé. Des fois, tu ne revenais jamais.

30x30cm  »La baie d’Along »

Maintenant, ils t’emmènent à la pêche à la 🐋. C’est encore plus dur. À cause de cette saloperie de bête qui est plus méchante qu’un 🐺 quand on la chasse, et les capitaines plus voyous que marins. À la fin de la campagne, ils te relâchent en Alaska, avec un dollar et un fusil. Sullivan, lui, c’est un Shanghaïeur, le plus grand maudit truand qu’on ait vu dans un port. C’est lui qui reçoit les ordres des chasseurs de 🐋. -. Il me faut trois hommes pour demain -. D’accord -. Et il envoie ses rabatteurs dans tous les bistrots du port, pour trouver des costauds capables d’envoyer le harpon. Un bon coup de drogue dans ta boisson, et te voilà parti pour la 🎣 au Grand Nord ! » André Le Gal (Le Shanghaïe)

30x30cm  » Jonas la 🐋 »

Post-scriptum. Être ShanghaïéC’est être enrôlé de force comme matelot, il s’agit d’un terme maritime américain. André Le Gal, breton, a mené d’importantes recherches, historiques et maritimes, pour écrire ce roman qui parcourt les sept océans et lutte dans les tempêtes du Cap Horn, avec San Francisco comme port d’attache.

La chapelle de Pors-Even

 »-. Gaud se trouvait presque au bout de sa course, puisque c’était la chapelle de Pors-Even, alors, elle s’y arrêta, pour gagner du temps. Un petit mur croulant dessinait autour un enclos enfermant des croix. Et tout était de la même couleur, la chapelle, les 🌲 et les tombes. Le lieu tout entier semblait uniformément hâlé, rongé par le vent de la mer. Un même lichen grisâtre, avec ses taches d’un jaune pâle de souffre, couvrait les pierres, les branches noueuses et les saints en granit qui se tenaient dans les niches du mur. Sur une de ces croix de bois, un nom était écrit en grosses lettres. -. Gaos, Joël, quatre-vingts ans-.

30x30cm  »Oh, ma Bretagne ! »

Ah oui, le grand-père, elle savait cela. La mer n’en avait pas voulu, de ce vieux marin. Du reste, plusieurs des parents de Yann devaient dormir dans cet enclos, c’était naturel et elle aurait dû s’y attendre. Pourtant, ce nom lu sur cette tombe lui faisait une impression pénible. Gaos ! Encore ce nom, gravé sur une des plaques funéraires comme on en met pour garder le souvenir de ceux qui meurent au large. Elle se mit à lire cette inscription. -. En mémoire de Gaos, Jean-Louis, âgé de vingt-quatre ans, matelot à bord de la Marguerite, disparu en Islande le 3 août 1877. Qu’il repose en paix !-. L’Islande, toujours l’Islande ! Partout, à cette entrée de chapelle, étaient clouées d’autres plaques de bois, avec des noms de marins morts. C’était le coin des naufragés de Pors-Even. » Pierre Loti (Pêcheur d’Islande)

Sept jours à New-York

 »-. New-York ! Je dis New-York, laisse affluer le sang noir dans ton sang. Qu’il dérouille tes articulations d’acier, comme une huile de vie. Qu’il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes. Voici revenir les temps très anciens, l’unité retrouvée, la réconciliation du 🦁, du ♉ et de l’🌲. L’idée liée à l’acte, l’oreille au ❤️, le signe au sens. Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de lamantins aux yeux de mirages. Et nul besoin d’inventer les sirènes. Mais il suffit d’ouvrir les yeux à l’arc-en-ciel d’avril. Et les oreilles, surtout les oreilles de Dieu qui, d’un rire de 🎷, créa le ciel et la terre en six jours. Et, le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre. » Léopold Sedar Senghor (Éthiopiques)

Dimensions 40x60cm Jazz, vendu

Vingt mille ducats

 »-. J’ai tout perdu -. N’avez-vous donc plus rien ?-. Je suis un mendiant -. Mais vous avez une jolie femme-. Que voulez-vous dire par là ?-. Dix mille ducats ou Angela-. Vous êtes fou !- . Vingt mille ducats contre Angela -. Le chevalier se tut. Le colonel reprit son jeu, et presque toutes les cartes furent favorables aux joueurs. Au coup suivant, la dame perdit. -. Eh bien ?-. Que voulez-vous ? Vous m’avez réduit à la misère, mais il faut que vous ayiez perdu l’esprit de croire que vous pouvez gagner ma femme. Sommes-nous donc dans les colonies ? Ma femme est-elle une esclave, pour être livrée à l’homme qui se plaît à la jouer et à la marchander ? Mais, il est vrai, j’ai perdu vingt mille ducats, et j’ai perdu le droit de retenir ma femme. Venez avec moi, et désespérez si ma femme vous repousse et qu’elle refuse de devenir votre maîtresse-.

40x40cm  »Tes yeux revolver »

Désespérez vous-même si Angela vous repousse, vous qui avez causé son malheur. Si elle vous rejette avec horreur pour se jeter avec délices dans mes bras. Désespérez vous-même en apprenant qu’un serment d’amour nous unira, que le bonheur couronnera nos longs désirs. Vous me nommez insensé ! Oh ! Oh, je ne voulais que le droit de prétendre à votre femme, j’étais déjà certain de son ❤️. Apprenez, chevalier, qu’elle m’aime. Un démon ennemi me suggéra que le jeu pouvait me fournir l’occasion de vous perdre, j’ai réussi. Allons, allons trouver votre femme !- » Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (Le bonheur au jeu)

La justice des hommes

 »-. Je n’aime pas voir un déporté, debout près de la fenêtre, regarder en silence le toit de la 🏡 voisine. À quoi pense-t-il à ce moment-là ? Je n’aime pas qu’il me parle de futilités et me regarde pendant ce temps, avec une expression qui semble dire . – Toi, tu vas rentrer chez toi. Mais moi, jamais !-. Je n’aime pas cela, parce qu’à ce moment-là, je ressens pour lui une infinité pitié. L’affirmation fréquemment employée que la peine de mort n’est plus pratiquée que dans des cas tout à fait exceptionnels n’est pas entièrement exacte.

57x48cm  » Derrière mon rideau »
Amélie, 10ans  » La petite 🏡 d’Amélie  »

Toutes les mesures punitives qui sont venues remplacer la peine de mort présentent la même caractéristique essentielle, à savoir la notion de perpétuité, d’éternité. Et elles ont toutes le même but, hérité de la peine de mort, à savoir l’éloignement pour toujours du criminel, son exclusion définitive de tout milieu humain normal. Et L’homme coupable d’un crime meurt pour la société dans laquelle il est né et a grandi, exactement de la même manière qu’à l’époque de la peine de mort… Je suis profondément convaincu que dans cinquante ou cent ans, on regardera nos châtiments à perpétuité avec autant d’étonnement et de gêne que nous en éprouvons aujourd’hui en évoquant le fait de déchirer une narine ou de couper un doigt de la ✋ gauche.

40x40cm  » L‘🌲 aux Pendus  »poème de François Villon
30x30cm  »Toxique  », poème de Mawé

Mais, pour pouvoir remplacer cette perpétuité du châtiment par quelque chose de plus rationnel et conforme à la justice, nous manquons encore de connaissances, d’expériences, et par suite, de courage. Il n’y a qu’à regarder notre littérature concernant les prisons et le bagne, quel néant ! Notre intelligentzia pensante répète la phrase toute faite que tout criminel est un produit de la société, mais à quel point elle reste indifférente à ce produit ! » Anton Tchekhov (L’île de Sakkaline )

50x60cm  »Le Goulag  »
Projet 🎏 d’avril, le 🐟 en cage de fer

Un petit bal en pays breton

 »-. Il faisait très chaud sur la fin de ces noces, et beaucoup de têtes de valseurs commençaient à tourner. Elle se le rappelait, lui, dansant avec d’autres, des filles ou des femmes et dont il avait dû être plus ou moins l’amant. Elle se rappelait sa condescendance dédaigneuse pour répondre à leurs appels, comme il était différent avec celles-là !… Il était un charmant danseur, droit comme un chêne de futaie, et tournant avec une grâce à la fois légère et noble, la tête rejetée en arrière. Ses cheveux bruns, qui étaient en boucles, retombaient un peu sur son front et remuaient au vent des danses. Gaud, qui était assez grande, en sentait le frôlement sur sa coiffe, quand il se penchait sur elle pour mieux la tenir pendant les valses rapides.

Projet Miro, danse avec Miro

On s’embrassait beaucoup à la fin de la 🌃. Baisers de cousins, baisers de fiancés, baisers d’amants, qui conservaient malgré tout un bon air enfant et honnête, là, à pleine bouche, devant tout le monde. Lui ne l’avait pas embrassée, bien entendu, on ne se permettait pas cela avec la fille de Monsieur Marvel. Peut-être seulement la serrait-il un peu plus contre sa poitrine, pendant ces valses de la fin. Et elle, confiante, ne résistait pas, s’appuyait au contraire, s’étant donnée de toute son âme. Dans ce vertige subit, profond, délicieux, qui l’entraînait toute entière vers lui, ses sens de vingt ans étaient bien pour quelque chose, mais c’était son ❤️qui avait commencé le mouvement. » Pierre Loti (Pêcheur d’Islande)

Mon âme au 😈 pour trois cartes gagnantes

 »-. Vous pouvez assurer le bonheur de toute ma vie, sans qu’il vous en coûte rien. Je sais que vous pouvez me dire trois cartes qui… Ne pouvez-vous pas m’indiquer ces trois cartes gagnantes ? Pourquoi garder pour vous ce secret ? Pour vos petits-fils ? Ils sont riches sans cela. Ils ne savent pas le prix de l’argent. À quoi leur serviraient vos trois cartes ? Ce sont des débauchés. Celui qui ne sait pas garder son patrimoine mourra dans l’indigence, eût -il la science des démons à ses ordres. Je suis un homme rangé, moi, je connais le prix de l’argent. Vos trois cartes ne seront pas perdues pour moi. Allons… Si votre ❤️ a jamais connu l’amour, si vous vous rappelez ses douces extases, ne rejetez pas ma prière, révélez-moi votre secret !

Diamètre 50x50cm  »J’ai vendu ton âme au 😈 »

Voyons, peut-être se lie-t-il à quelque secret terrible, à la perte de votre bonheur éternel ? N’auriez-vous pas fait quelque pacte diabolique ? Pensez-y, vous êtes bien âgée, vous n’avez plus longtemps à vivre, je suis prêt à prendre sur mon âme tous vos péchés, à en répondre seul devant Dieu ! Dites-moi votre secret !-. La vieille comtesse ne répondit pas un mot.- . Maudite vieille, je saurais bien te faire parler !-. Et il tira un revolver de sa poche. À la vue du revolver, la comtesse, pour la seconde fois, montra une vive émotion. -. Allons, cessez de faire l’enfant, je vous adjure, pour la dernière fois, voulez-vous me dire vos trois cartes, oui ou non ?-. La comtesse ne répondit pas. Il s’aperçut qu’elle était morte. » Alexandre Pouchkine ( La dame de Pique)

Abandonnés sur une 🏝️ déserte

 »-. Au nord-est, l’île se prolongeait en une immense plage déserte, bordée de palmiers et de cocotiers, tout autour le large était piqué de petits îlots. Deux pirogues sont venues s’amarrer au flanc du Gosvernor, une trentaine d’hommes sont montés à bord. C’étaient des Blancs, Américains et Mexicains, le visage dur noyé dans la barbe, les yeux creux, armés de carabines. Ils sont descendus sans dire un mot par l’écoutille du carré des matelots et se sont affalés, à bout de fatigue, dans les hamacs de l’entrepont. -. L’endroit me dit quelque chose -.

Dimensions 30x40cm Les aventures de Robinson Crusoë

Il doit s’agir des 🏝️. Hawaii, la partie méridionale de l’archipel. Décidément, cette histoire est remplie d’étrangetés. Évidemment, les mœurs rudes de San Francisco nous éloignent des pratiques délicates du temps passé… Sache donc que pendant près de trois siècles, les Îles d’Océanie ont accueilli bien des marins solitaires-. Une solitude un peu forcée-. Certes, en fait, on y débarquait les marins indociles. Ces 🏝️ sont luxuriantes, il arrivait que certains puissent survivre, jusqu’à leur mort, évidemment. Au long des siècles, ils sont des milliers à avoir connu ce genre de supplice. Le plus célèbre est Alexandre Selkirk, alias Robinson Crusoé… C’était une spécialité typiquement britannique -. N’est-ce pas, d’une certaine façon, ce qu’ils ont fait avec Napoléon ?-. C’est vrai. L’abandon est une punition bien cruelle…- » André Le Gal (Le Shanghaïe)

Regarder la 🌙… ou regarder le doigt qui montre la 🌒 ?

Diptyque 80x50cm  »Le ☀️ a rendez-vous avec la 🌙 »

Lors d’une exposition, une artiste-peintre de ma connaissance avait jugé utile de préciser que son œuvre au pastel avait été exécutée de la ✋ gauche, alors qu’elle est droitière. Lors d’un autre évènementiel, un autre pote a affiché la photographie de l’oeuvre exécutée, effectivement copie conforme… et conformiste. Cependant qu’un troisième précisait, sur un ajout manuscrit, que son paysage hivernal ne comportait que des tons de blanc, alors que la neige se doit d’être teintée d’un zeste de bleu, mais –c’est là ma manière de PEINDRE, ma signature à moi…-. Bon, ces précisions ne m’importent ni ne m’intéressent, et, sans doute, même si elles sont destinées à impressionner le jury, ne passionnent-elles pas davantage le public…

Quadriptyque 60x60cm  »Naïvement hiver »

J’avoue, après des années de pratique, ne pas m’habituer à cette tendance, c’est pourtant un classique, chez les peintres… Plutôt que de regarder l’ambiance, le contexte, la gamme chromatique tout en camaïeu ou en vibration, on s’attarde sur la forme. -. C’est du pastel ? On dirait de l’acrylique (sic! )… Pourquoi trois 🐦 au lieu de deux ? Ce paysage de bord de mer, c’est où exactement, au Touquet ou à Perros- Guirec ?Ta forêt, ce sont bien des teintes automnales, en octobre, ou en novembre peut-être ?…- Franchement, à quoi sert ce souci maniaque du détail, du lieu, de l’heure, du moment, de l’origine ? Ne peut-on laisser aller son ❤️, est-il besoin de toutes ces précisions techniques pour éprouver -ou ne pas éprouver – des sensations liées au ressenti même du tableau ?

40x60cm  »Le 🐺 qui rôde dans la forêt de Secondigny  »

Mon conseil. Inutile de tout dévoiler, gardons donc un peu de mystère à l’art de PEINDRE, il est déjà bien assez décortiqué par les spécialistes… et les faux spécialistes. Ce bavardage est sans doute un signe des temps, où tout un chacun-chacune, et moi la première, se répand en flux verbaux et écrits qui n’apportent pas grand chose à la compréhension des choses, et au bonheur de l’humanité. – Bien entendu, j’essaie de faire passer le message à mes élèves, car l’apprentissage de la peinture se base autant sur les impressions que sur la technique. -. Dis, Christine, le toit d’une 🏡 bretonne, c’est de quelle couleur, très exactement ?-. De la couleur qui, toi, t’inspire. Disons que c’est la couleur… à la mode de Bretagne…-

50x60cm  » Mon petit port breton  »

Viens chez moi, j’habite Chez Maggy

 »-. On a écumé Barbary Coast et Chinatown pendant plus de quatre heures. On a fait tous les bars, tous les bouges, tous les tripots. Tous les boarding -houses de Stanton Street, on a tout visité, toutes les fumeries autour du théâtre chinois. On entrait dans le brouhaha des tavernes, dans la fumée, l’odeur de 🍺 mêlée d’accordéon et de 🎻 aigre, on allait droit au comptoir, et on attrapait le patron par le col de chemise. -. Où il est, ce 🐕 de Sullivan ?-. À une heure du matin, on n’avait toujours pas flairé la trace de Shanghai -Bill-Sullivan. -. Chez Maggy, on va aller chez Maggy, elle va nous le trouver, ce charognard de malheur !-

50×60 » La 🏡 des fées  », vendu

On était en 1872, et, pour Maggy, c’était l’année importante. Elle venait d’ouvrir, à son compte, la Cage aux 🦁. À trente ans, c’était une belle réussite. Elle avait baptisé son établissement d’un nom français, pour bénéficier de l’extraordinaire des Frenchies et de la délicatesse unique de leurs prestations. C’était le début, pour Maggy. Maintenant, c’est devenu un lupanar gigantesque, avec une centaine d’hôtesses, une dizaine de salons, des tentures, des velours, des canapés rose 🍬. Y en a pour tous les goûts, pour tous les prix. À l’époque, c’était plus discret, une petite 🏡 style familial dans une rue calme. C’est Maggy qui nous a renseignés. -. Ce chacal de Sullivan ? Vous pouvez le trouver dans l’arrière-salle du Parenti. C’est là qu’il traîne sa moisissure…-. . Elle aussi, elle l’appréciait… » André Le Gal ( Le Shanghaïe)