Prendre les routes de l’exode (à suivre…)

Ce tableau, exposé dans ma salle de bains -laquelle est dédiée au thème de la mer et des ⛵-, je l’ai forcément sous les yeux plusieurs fois par jour. Il me nargue même du coin de l’oeil lorsque je paresse dans ma baignoire. À force de le voir, je ne le voyais plus, j’avais même oublié l’histoire qu’il raconte à qui veut bien l’écouter. Je viens de le redécouvrir, ce ⛵ chargé de gens en quête d’une vie meilleure. Il m’a même ouvert des horizons, et entraîné sur les Quatre Chemins de l’ Exode. Lesquels se déclineront, à terme, en quatre tableaux formant quadriptyque. Migrations m’a donné l’impulsion, à moi de broder sur une longue, si longue route…

Dimensions 50x50cm  »Migrations », galerie Laissez-moi vous conter la mer. -partir sur l’immensité des flots, c’est la grande aventure-

Donc carte blanche pour mes trois autres exemplaires. La Terre est vaste, les destins complexes, la géopolitique s’en mêle et s’emmêle. La science et la technique n’ayant plus de limites, on peut même envisager de s’exiler sur la 🌙… Ceci posé, l’inspiration ne venant guère, j’ai opté pour quatre chemins aléatoires, mer, terre, air et fleuve. Soit, dans le désordre et au hasard des chemins, à dos d’éléphant, en montgolfière, dans les dangers d’un passage à gué, dans une embarcation de fortune. Le thème étant porteur de réflexion, j’ai préféré le traiter par le biais de l’humour, qui peut rire de tout, ou presque, en faisant sourire. Voici donc mes premières interprétations, affaire à suivre et surtout à poursuivre…

40c40cm  » Le passage du gué » – que d’obstacles il a fallu franchir, à pied, à 🐎, en chariot bâché…-

Mon conseil. -. Après tout, je ne suis pas si pressée de terminer mon quadriptyque, il faut savoir donner du temps au temps. Sachant que, lorsque nos ancêtres les hommes préhistoriques prirent la grande route de l’ Exode pour coloniser les continents, ils durent tant et tant éprouver leur patience… et la plante de leurs pieds !

À l’auberge écossaise

 »-. La réceptionniste, une paysanne venue à l’hôtellerie, conduisit l’arrivant dans une chambre au premier étage. Elle crut flatteur pour son établissement de préciser qu’il s’agissait de la meilleure et de la plus historique des chambres de l’auberge. Le docteur Samuel Johnson n’y avait passé une 🌃, en 1773, lors de son voyage en Ecosse et aux Hébrides. Son biographe l’accompagnait, il avait dormi dans la chambre voisine. Le voyageur estima aussitôt que les seules additions faites au local depuis le dix-huitième siècle devaient être un lavabo, dissimulé derrière un paravent, et l’électricité.

40x40cm  »Mrs Mac Scottish », galerie Femmes, Femmes, Femmes

Un peu plus tard, apportant la valise et les fusils de l’invité de son maître, le chauffeur pronostiqua pour le lendemain -un temps idéal qui fera lever la grouse-. C’était une manière de consolation. Le voyageur tira de sa valise sa trousse de toilette et son pyjama. Le matelas lui parut aussi dur qu’il pouvait le souhaiter. Dans une auberge écossaise, le dîner est vite expédié. La soirée s’annonçait donc longue, lorsqu’il se retrouva dans le salon, devant un 🔥 de bois crépitant, un verre de vieux whisky à portée de main ✋. Il s’empara de The Scotman et du Edimbourg Evening Current posés sur un guéridon. Il pensait rester seul au salon, comme il l’avait été à la salle à manger… quand…. » Maurice Denuzière (Sacrée Barbara)

Saintes reliques !

 »-. En ce qui concerne les reliques de la Passion envoyées de Constantinople, le Roy Louis a pris toutes les précautions pour n’être pas trompé, matériellement parlant. Là s’arrêtent, il est vrai, les investigations. L’authenticité de la relique n’est pas mise en doute, elle a pour elle la tradition. Et cette tradition remonte aux temps qui sont ceux de la libération de l’église, le temps de Constantin et de sa mère, Sainte Hélène.

40x50cm  »Le retable jaune et bleu », galerie Chemins de spiritualité

Quant à la dévotion envers les reliques elles-mêmes, aucun doute que la reine Blanche n’ait partagé celle de son temps. Il appartenait au nôtre de manifester quelques reserves, touchant un culte qui fait dévier le sens religieux vers l’idolâtrie, voire la magie. Encore, ne peut-on se contenter d’un haussement d’épaules devant un sentiment qui a des racines profondes au ❤️ de l’homme. Et plus encore à une époque où toute décision, toute résolution se traduisent par un geste concret, où la remise symbolique d’un bâton, d’une motte de terre, continue à signifier la vente d’un terrain. La relique, dans laquelle une simple parcelle d’os symbolise le corps saint, ne dégénère que trop facilement en superstition. Mais, abusive ou non, la vénération qu’on lui porte s’accorde avec un temps où l’on éprouve celui des réalités incarnées. » Régine Pernoud (La Reine Blanche)

Faut-il publier les Oeuvres Posthumes ?

 »-. Le lendemain, il entrait à l’hôpital américain, pour y subir des examens. Il en revint trois jours après, excité comme un 😈, disant qu’on survivait quelquefois à la maladie, jamais aux médecins, se coucha, se mit à résoudre des équations, fuma force cigarettes, embrassa sa femme, et mourut. Quand tout fut achevé et qu’il eût rejoint à La Treille le petit cimetière où il repose, à côté de la Bastide- Neuve, et non loin du 🏰 de ma mère, nous n’avions pas tellement envie de penser à l’œuvre de Marcel Pagnol.

50x50cm  » Le 🏰 de ma mère », d’après Marcel Pagnol, galerie La meilleure façon d’habiter

Faut-il publier les œuvres posthumes ? C’est-à-dire des œuvres que leurs auteurs auraient encore beaucoup modifiées, complétées, améliorées, s’ils en avaient eu le temps ? Il y a encore des gens pour en douter. C’est oublier tout ce que nous aurions perdu alors, à commencer par l‘Enéide, que Virgile avait expressément demandé à ses amis de brûler, parce qu’il n’avait pu y mettre la dernière ✋. Jusqu’au Temps Retrouvé, que Marcel Proust n’avait pas non plus corrigé. Il faut, toujours, bien entendu, publier les livres posthumes. Même quand il s’agit de livres mineurs, et qui n’ont d’autre mérite que d’ajouter quelque chose à notre connaissance de l’écrivain. Et à plus forte raison s’ils ajoutent quelque chose à son oeuvre. » Bernard Fallois (Marcel Pagnol au temps des souvenirs)

Le Père Noël est-il une ordure ?

 »-. Quand arrive Noël, on a beau ne croire à rien du tout, une tristesse affreuse envahit le fond de la galère. On divague un peu dans l’enfance. Toujours les souvenirs, on s’accroche… On voudrait je ne sais quel miracle, que le ciel s’illumine tout à coup, qu’il n’y ait plus de grilles, plus de murs, plus de gardiens, plus de juges, plus de Code pénal… On se prend la gamberge dans l’impossible, dans les chimères, les évasions instantanées. Ceux qui ont des gosses, et ils sont nombreux, même parmi les truands les plus patentés, voudraient pour un jour tout effacer, redevenir de bons citoyens, jouer aussi les pères Noël.

Projet L’Atelier du Père Noël

La chapelle est pleine à la messe. Le curé passe un disque ou deux, de circonstance, sur l’électrophone. Il profite de l’occasion pour placer ses plus soignées tirades, nous vriller gentiment au ❤️. C’était plus l’abbé Entrailles cette année, un jeunot l’avait remplacé depuis quelques mois, un prêche-sec, genre choc, simili-marxiste. Il a bien insisté que son enfant Dieu, né sur la paille, s’était choisi des parents dans le sous-prolétariat colonisé par les Romains. À notre sortie, les problèmes angoissants de l’époque nous attendaient. Dans la lutte aux côtés de nos frères de classe, nous retrouverions le chemin du Seigneur. Se sentir concerné, s’éveiller à la conscience sociale. Le 😈, de nos jours, se déguise en individualiste bourgeois pour nous induire en tentation. Ainsi de suite, la bonne parole, revue et corrigée. » Alphonse Boudard (La 🍒)

Projet L’Atelier du Père Noël
50x60cm  » La Madone de la chapelle Sainte-Christine »

Le conseil d’Alphonse . Se tenir peinard le jour de Noël ! –Cette journée de Noël ne différait pas beaucoup d’un dimanche quelconque, deux sardines, la part de crème de gruyère et l’orange supplémentaires au déjeuner, la promenade l’après-midi au lieu du matin, et puis c’est marre ! Les cellules riches avaient ripaillé avec les colis, autorisés en raison des fêtes-.

Projet 🎏 d’avril, 🐟 en boîte de sardines

Avec les sous de l’aumône

 »-. Avec une pension, nous ne serons jamais dans le besoin-. Peut-être… Mais, si je ne peux plus travailler, je crois que…- Julien revint à la mi-décembre, démobilisé et titulaire d’une petite pension qu’il devait toucher à la perception de Souillac, mais pas avant trois mois. Elle hésita à lui avouer qu’elle attendait un deuxième enfant, s’y résolut, un soir, à l’approche des fêtes, pensant que Noël pouvait l’adoucir, lui faire oublier l’obsession qui le hantait, redevenir l’homme qu’il avait été. -. Je travaillerai. Je ne sais pas comment, mais je travaillerai-. Devant la lueur folle qui brilla dans ses yeux, elle regretta d’avoir parlé, d’autant qu’au fil des jours il se ferma à nouveau, y compris la 🌃 de Noël, dont elle avait tant espéré.

Projet « Nativité »

Elle le surprir à tenter d’attacher une truelle à sa ✋ droite avec de la ficelle, puis, un matin, à essayer de travailler avec l’outil dans sa ✋ gauche. Mais cette tentative s’acheva par des cris, une colère qui l’embrasa au point de lui faire casser une vitre de la cuisine. -. Rien ne presse, puisque nous allons toucher une pension-. Ce sont des sous d’aumône, ce ne sont pas des sous de travail !- . Elle comprit qu’il avait honte d’être payé sans travailler, lui qui avait été habitué, depuis son plus jeune âge, comme tant de gens à l’époque, à ne vivre que du 🍞 qu’il gagnait. » Christian Signol (Pourquoi le ciel est bleu)

D’humeur solitaire…

 »-. En me levant avant le ☀️, pour aller voir, contempler son lever dans mon jardin, quand je voyais commencer une belle journée, mon premier souhait était que ni lettres, ni visites n’en vinssent troubler le charme. Après avoir donné la matinée à divers soins, que je remplissais tous avec plaisir, je me hâtais de dîner pour échapper aux importuns, et me ménager un plus long après-midi. Avant une heure, même les jours les plus ardents, je partais par le grand ☀️ avec mon fidèle 🐕 Achate, pressant le pas dans la crainte que quelqu’un vint s’emparer de moi avant que j’eusse pu m’esquiver. Mais, une fois que j’avais pu doubler un certain coin, avec quel battement de coeur, avec quel pétillement de joie je commençais à respirer, en me sentant sauvé, en me disant. -. Me voilà maître de moi pour le reste de ce jour-.

40×50 cm  »À Quatre ✋ »

J’allais alors d’un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désert… C’est là qu’elle semblait déployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L’or des genêts et la pourpre des bruyères frappaient mes yeux d’un luxe qui touchait mon ❤️. La majesté des 🌲 qui me couvraient de leur ombre, la délicatesse des arbustes qui l’environnaient, l’étonnante variété des herbes et des fleurs que je foulais sous mes pieds tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d’observation et d’admiration. » Jean-Jacques Rousseau

Ça s’agite chez les étudiants !

 »-. Tout avait commencé de façon banale. Le lundi gras, cette année-là, soit le 26 février 1226, –quelques clercs de l’Université de Paris se rendirent à Saint Marcel pour y prendre l’air et s’y livrer à leurs ébats habituels. Une fois là, après s’être quelque temps amusés et ébattus, ils trouvèrent par hasard dans une taverne du vin excellent, délicieux à boire. Or, une querelle éclata sur le prix de ce vin, entre les clercs qui buvaient et les taverniers. Ils commencèrent à se prendre aux cheveux et à échanger des coups. Jusqu’au moment où des gens du bourg, accourant, delivrèrent les taverniers de la ✋ des étudiants. Mais ils blessèrent ceux-ci, qui ne voulaient pas lâcher prise, et les contraignirent à s’enfuir, après les avoir bien et copieusement rossés.

30x40cm  »Diplômée es études », collection privée

Eux donc, revenus à la ville en lambeaux, excitèrent leurs compagnons à les venger. Le lendemain, revenus avec des épées et des bâtons à Saint-Marcel, ils font irruption violemment dans la 🏡 du tavernier, lui brisent tous ses vases à vin et répandent le vin sur le pavement de la 🏠. Puis, s’en allant par les rues et les places, ils donnent la chasse à tous ceux qu’ils rencontrent, hommes et femmes, et les laissent à demi assommés-. C’est ainsi que le chroniqueur anglais Mathieu Paris raconte les évènements. Le doyen de la paroisse de Saint-Marcel prit aussitôt la défense de ses gens contre les étudiants et porta plainte. L’affaire du bourg Saint-Marcel fournissait une excellente occasion de prendre une revanche contre ce monde universitaire sans cesse en ébullition. » Régine Pernoud (La Reine Blanche)

En toute subjectivité, que PEINDRE ?…

-. Dis, Christine, je ne sais que PEINDRE… Choisis pour moi dans ce catalogue…-. Je préfèrerais que tu fasses tes propres choix, et hors catalogue bien entendu. Tu me sembles perdue, je te propose tel tableau, sachant que mon option t’étonne. Tu le trouves  »difficile », il suffira de l’alléger à la fois quant au tracé et à la technique-. Pourquoi pas un modèle plus facile, tel ce vase avec ses trois fleurs blanches et raides plantées dedans ?-. Plus cela semble facile, plus c’est compliqué à réussir, la composition est minimaliste, les fleurs à peine suggérées, quel travail vas-tu réaliser, quelle ambiance vas-tu suggérer en trois coups de pinceaux ? Non, crois-moi, ton tableau, il faut l’habiller…-

Ce dialogue vous semble incongru ? C’est pourtant du vécu, tout récemment. Dialogue croqué sur le vif à l’ Atelier du Jeudi, avec une de mes débutantes, une de celles qui n’en finissent pas de débuter car 1. Elles ne se font pas du tout confiance, 2. Elles ne ME font pas assez confiance. Bref, de page en page, de catalogue en catalogue, nous sélectionnons, à deux, un modèle ni trop ni trop peu difficile, ni trop ni trop peu coloré, ni trop grand ni trop petit, ni banal ni original. Ce que j’appelle un tableau  » Nini », terme que je me garderais bien de prononcer à L’Atelier, pour ne pas effaroucher mes fidèles adhérents.

40x40cm  »Le passage du gué », galerie Chemins de spiritualité. – Dis, Christine, ce n’est certes pas un tableau  »Nini », que comptes-tu en faire ?- Patience, je prépare un quadriptyque…-

Mon conseil. Mon avis est subjectif, c’est bien pour cela qu’on me le demande, et que je m’exprime, en termes choisis et non blessants. Et que la plupart du temps, l’on n’en tient pas compte. Et c’est tant mieux. La peinture n’est après tout que l’expression de la personnalité de l’artiste, pourquoi, pour qui, comment en changer ? Je peux certes, et je dois, aider le débutant à parfaire sa technique. Quant au domaine artistique… C’est à la grâce de son pinceau, par ma foi !

À la recherche de la sainteté… et pourquoi pas de la richesse

 »-. Il va de soi que la recherche de la sainteté, en vigueur dans les communautés, n’était pas incompatible avec l’enrichissement des grands monastères. Et il n’est que de jeter un coup d’oeil sur les comptes d’Irminon, le Père Abbé de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pour se convaincre que, si d’aucuns avaient fait voeu de pauvreté, et l’appliquaient, d’autres étaient d’excellents trésoriers. Il est vrai qu’il était indispensable que quelqu’un soit là pour faire fructifier au mieux les quelques vingt et un domaines, regroupant plus de trente mille hectares, que possédait alors l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Indispensable également de veiller à ce que les milliers de serfs, mais aussi de paysans libres, qui cultivaient toutes ces terres, le fassent du mieux qu’ils le pouvaient.

40x50cm  »Un dimanche à Saint-Marc », galerie Chemins de spiritualité

Mais peu importe que certains monastères aient été beaucoup plus riches que d’autres, le temps et l’histoire se chargèrent de niveler tout cela lorsque la puissance et l’importance des monastères devinrent une sorte dee contre-témoignage à la règle de Saint Benoît. Pour les siècles dont nous parlons, ceux d’avant l’an 1000, seul compte le travail considérable auquel se livrèrent des milliers de moines qui croyaient en ce qu’ils faisaient, et le faisaient bien. Grâce à eux, et aux exemples en matière de gestion de sol qu’ils donnèrent et firent appliquer à tous les serfs qui dépendaient d’eux, l’agriculture sortit de son immobilisme et le spectre de la famine recula. Pour un temps. » Claude Michelet (Histoires des paysans de France)