Le Phénix qui renaît de ses cendres

Voyez-y, si vous le voulez bien, une symbolique, celle de la vie qui, d’une manière ou d’une autre, vaincra l’adversité. Qui, mieux que le Phénix, porte haut les couleurs du renouveau politique, spirituel, intellectuel et artistique qui nous fait tant défaut ?

Qui plus est, notre nouvel ami Phénix est partie prenante de l’art décoratif chinois, tels qu’en témoignent de nombreux motifs ornementaux. C’est la raison pour laquelle, plutôt que de le styliser, j’ai préféré le livrer à un exotisme de pacotille. On dit du Phénix qu’il ne vit nulle part ailleurs que dans le paulownia, qu’il ne mange rien d’autre que du bambou, et qu’il ne boit que de l’eau de source spirituelle. On rapporte également qu’il vit en solitaire, et qu’il apporte la paix dans le monde. Tel quel, Phénix ne possède-t-il pas tous les atouts pour inspirer les artistes, et tous les autres ?

35x35cm « Le Phénix porte-bonheur« , galerie Dépeindre en grand, peindre en petit -Vous vous doutez bien que tel quel, déterminé, tout de bleu vêtu, fier et surtout chanceux, Phénix fera un cadeau de Noël très présentable…-

Mon conseil. -. Si l’on veut vraiment se référer à l’art traditionnel chinois, le motif du Phénix est complexe, et tarabiscoté, il n’est pas à portée de mes talents de dessinatrice, ni surtout de ma patience. J’ai préféré découpé une image, que j’ai rehaussé de peinture. C’est de la triche ? J’assume… D’ailleurs, je me suis bien amusée.

Bon appétit !

,,-. Camp Ngara, vendredi treize, jour de chance. La route avait été agréable, il faisait beau, et le ciel était bleu. Nous avons pu admirer le paysage et même voir quelques animaux, comme des éléphants, des antilopes ou des hippopotames…

… La route que nous devons emprunter pour aller vers le nord traverse de vastes plaines, et les superbes forêts du plateau de Viphya. Tout au long de la route, des paysans vendent des patates douces. Et des enfants, garçons et filles, proposent aux voyageurs des brochettes de saucisses du Malawi pour le déjeuner. Ces saucisses sont en fait… Des souris capturées dans les champs par les enfants. Elles sont bouillies, telles quelles, puis séchées et salées, et enfin piquées sur une tige de bambou. Elles sont ainsi prêtes à être vendues et dégustées, avec le poil, les os, les dents, les griffes et la queue.

43x57cm » Petit traité de cuisine selon Momo’‘ Vendu (Galerie La meilleure façon d’habiter)

Ces saucisses étaient pour moi l’occasion rêvée de me constituer une collection de souris africaines dont je pourrais me servir dans mes travaux sur les rats. J’ai donc acheté toutes les saucisses que j’ai pu trouver, les enfants ont dû me croire affamé. » Louis Jacobs (Sur la piste des dinosaures)

Quand Papa levait le coude…

 »-. Son père avait l’indulgence d’un homme presque toujours en état d’ébriété. Plus familier des bistrots que des églises, il avait fait scandale lors de la communion de sa fille, il vacillait et marmonnait des phrases contre les curés. Tandis que sa femme pleurait de honte, et que sa fille étouffait de rire sous le voile blanc. Encore avait-il un peu amendé ses habitudes… Jadis, à la campagne, revenant du marché, il s’arrêtait si souvent pour lever le coude qu’il roulait dans le fossé et son 🐎 rentrait seul à l’écurie. Quand sa fille fut plus grande, il la conduisait à Cheverny où il avait une cave, il vidait quelques bonnes bouteilles, dansait avec le fermier et disparaissait à travers bois avec la fermière.

Elle adorait ce père qui l’amusait, qui se dessinait des mèches au fusain sur son front dégarni, qui lui apprenait des chansons, qui lutinait les mariées dans les banquets de noces de son restaurant. Au point qu’une fois, un mari irascible l’avait jeté par la fenêtre. Les confidences de son père la traitaient depuis longtemps en jeune fille. Peut-être avait-il cru la préserver, par l’aveu de ses désordres, comme ses saouleries l’avait dégoûtée du vin. » Roger Peyrefitte (Manouche)

Lovée entre mon amant et mon varan

 »-. Mes amants et mes reptiles ne font pas toujours bon ménage. Balthazar dort souvent dans mon lit, la tête au creux de mon épaule. Alain, mon copain du moment, étudiant en sciences économiques, commence à en avoir assez de cette bestiole qui prend trop de place, à son gré, dans ma vie. –. Il vient de me griffer le dos, il fait mal, ce con!

Balthazar, comme tous ses congénères, adore la chaleur. Il grimpe de nouveau sur le lit, s’y promène comme chez lui, soulève le drap, se réinstalle au chaud. Silence. Qui ne dure pas. Alain hurle :-. J’en ai ras le bol, regarde où ton foutu varan vient de me griffer maintenant ! Je suppose que tu me préfères Balthazar ? -. Ça n’a rien à voir. -. Choisis, c’est lui ou moi !. Si tu m’aimais vraiment, tu ne me demanderais pas de choisir. Bonsoir !-

Il part. Claque la porte. Je me sens libérée d’un poids étrange. Sous les draps se dessine une bosse immobile. Il est trois heures du matin. Je me couche, détendue, presque heureuse. Balthazar se rapproche de moi. Je suis bien. » Nicole Viloteau ( La Femme aux serpents)

Et si la terre n’était pas ronde ?

-. Dis, Christine, une fois de plus, tu exagères. Tout le monde sait que la terre est ronde, et ce depuis que Christophe Colomb découvrit les Amériques. -. C’est la licence de l’artiste de changer à son gré ce postulat. Et de ne pas se limiter à ce qu’il voit, en extrapolant sur ce qu’il imagine. C’est la licence de l’artiste de PEINDRE ce qu’il sent, ce qu’il respire, ce qu’il ressent, ce qu’il suppute.

-. Donc, ton prochain tableau décrira la terre, carrée, ovale, ou biscornue ?-. Mon prochain tableau ne décrira pas la terre, mais la mer. Une mer humaniste, habitée de 🐟, sillonnée de ⛵, couronnée de ☀️, rêveuse, joyeuse, colorée, et animée. Soit, hélas, tout le contraire des étendues terrestres et maritimes qui nous sont attribuées. Et dont nous continuons, sans vergogne, à exploiter les ressources spirituelles et matérielles. – . Ce sera donc une oeuvre  »engagée » ?-. Certes pas, la peinture est pour moi source de plaisir, de joie, de fun, pas de contraintes ni de prise de tête. Disons qu’elle sera un témoignage, mon témoignage… De ce que, même si la terre n’est pas ronde, elle continue de tourner.

-. Dis, Christine, le voilà, ton tableau sur la terre, qui n’est pas une terre, et qui ne tourne pas rond ? Je suis déçue...-

50x70cm « Régate autour du soleil », vendu (Galerie Laissez-moi vous conter la mer)

Mon conseil. -. J’aime les sujets faciles, les fleurs qui sont mon gagne-pain, les 🌲 et les 🐦 qui sont mes chouchous, et tant d’autres thèmes qui viennent sans grande difficulté se poser dans ma composition et se parer de couleurs. –J’aime aussi, parfois, traiter des sujets sérieux, difficiles. Car il est bon, aussi, de se lancer des défis, et de se prouver à soi-même que l’on sait retranscrire, pinceau en ✋, une idée, un concept, une situation, une illusion, y compris avec un clin d’oeil malicieux. Ça passe ou ça casse… Qu’importe.

Joute acharnée en bordure de gué

 ». Le gardien du gué prêta serment, car il n’avait pas d’autre solution. Et son adversaire, rassuré par la parole donnée, alla récupérer son écu et sa lance qui descendaient le courant en flottant au fil de l’eau. Puis il revint prendre son cheval, et sauta en selle. Il passa son bras dans les courroies de son écu, cala sa lance en arrêt sur l’arçon de sa selle. Alors, ils éperonnèrent leurs chevaux et fondirent l’un sur l’autre aussi vite que leurs montures pouvaient galoper…

… Ils se ruent au corps à corps, se protégeant de leurs écus incrustés d’or et, sans un instant de répit, font merveille de leurs épées. Ils se portent des coups terribles, et la bataille se prolonge tant que le chevalier de la charrette en ressent en son ❤️ une grande honte. Alors, il se jette sur l’autre et le harcèle avec une vigueur telle qu’il le contraint à lâcher pied. En lui abandonnant bien malgré lui le passage du gué. » Chrétien de Troyes (Le Chevalier de la charrette)

Scénario préhistorique

 »-. Quelques jours plus tard, le groupe lève le camp, un des mâles adultes aide le malade qui est encore faible. Ils laissent derrière eux leur camp jonché de pierres brisées, d’outils, d’éclats, de vieux bâtons à piocher, de coques de noix et d’un ou deux tubercules en train de moisir. Ils s’en vont à la recherche d’un autre emplacement sableux, qui soit, aussi, libre de cette mauvaise herbe piquante qui prolifère dans le bassin du lac. Et ils auront aussi besoin de l’abri des 🌲, non seulement pour s’abriter de l’éclat du ☀️, mais aussi pour y grimper s’ils sont menacés par des prédateurs. Ils camperont probablement dans le lit sec d’un autre ruisseau. Et peut-être auront-ils la chance de tomber sur une autre aubaine de viande, dans le cadre de leur économie primitive de chasse et de cueillette.

dimensions 70x50cm  »La guerre du feu »

Cette histoire est, bien sûr, purement imaginaire. Mais elle est fondée sur le plus grand nombre de faits et de suppositions logiques possibles. Il existe un ancien site de campement à l’endroit que nous avons décrit. Et les ossements d’un hippopotame gisent vraiment entourés d’outils de pierre à environ deux kilomètres au sud. Bien que les deux sites datent d’à peu près la même époque, nous ne prétendons pas que les occupants de l’un ont vraiment débité l’animal de l’autre. Mais pour une reconstitution de mode de vie, le scénario est plausible. » Richard Leaky et Roger Levin (Ceux du lac Turkana)

Le désert des Nabatéens

 »-. Comme si une montagne entière s’était brusquement éffondrée, devenant stable, et que le sable ait été, dans les siècles qui ont suivi, raboté par les tempêtes, balayé par le vent. Le fond du cratère semble absolument plat. Il est de teinte violacée, avec des taches plus sombres, couleur de sang.

Aussi étonnant que cela paraisse, le désert du Néguev était habité, au temps des Nabatéens, et des cités et bourgades nombreuses, on n’ose dire, y florissaient, car l’eau devait être conservée dans d’immenses citernes. On se doute que le rôle de telles villes était très accessoirement agricole. Elles se trouvaient surtout comme des étapes. Ou des postes destinés au contrôle des routes commerciales, dans une région difficile et troublée.

Cependant, il se peut que le commerce ait été l’aiguillon d’une certaine agriculture. Il arrivait alors qu’aux yeux d’une caravane de gens et de bêtes harassés une ville surgisse du sable. Ville magnifique, car on a retrouvé du marbre et du bois en abondance à Shivta, matériaux qui devaient être importés à grands frais. Comparable est Pétra, située en Jordanie, à quelques kilomètres de la frontière israélienne, rose comme le roc dans lequel elle est taillée, avec d’immenses palais vides et des colonnades de marbre. » Claude Gandelman

Huit petits jours pour PEINDRE, pas un de plus…

J’aime beaucoup lorsque l’on me passe commande. Surtout si le sujet ne m’inspire guère, j’accepte sans réfléchir. Bien sûr, une commande est une reconnaissance du travail, et du style de l’artiste concerné. J’y ajoute un second aiguillon, quitter ma zone de confort, laquelle est déjà conséquente, et ainsi me mettre en danger.

Donc, j’accepte, quitte à le regretter. Je fais préciser le cahier des charges, tarifs, dimensions, sujet à traiter, format, couleurs etc… Puis j’ajoute que, quelles qu’en soient les dimensions, je livrerai l’œuvre sous les huit jours. Pourquoi cette contrainte supplémentaire ? Pour poser illico mon support sur le chevalet, et entamer sans attendre un tableau pour lequel je n’ai pas forcément, encore, l’idée directrice. Bref, je peins le fond, lequel finira bien par faire préciser la forme. Ça marche à tous les coups…

70x70cm « Bons baisers des Iles Saintes« , Vendu sur commande (Galerie Bons baisers de…)… -Huit jours, pas un de plus, et c’est tant mieux, pour interpréter d’après carte postale, à ma façon. Soit recentrer, coloriser et mettre en relief avec des éléments collés, un paysage banal qui au départ ne m’inspirait guère… Ouf! –

Mon conseil. -. Huit jours maximum pour PEINDRE, et pas seulement une commande à livrer dans un temps limité que j’ai moi-même déterminé pour me mettre la pression. Tout tableau posé sur mon chevalet qui traîne en longueur, au-delà da la huitaine impartie, est dirigé, même en cours d’exécution, vers le coin  »retraite » de mon atelier. Je le reprendrai, c’est sûr, en un autre temps, avec une idée complémentaire, une nouvelle façon de le terminer. -. Souvent, car je suis une lectrice assidue, un extrait de bouquin frappe mon imagination, et me remet en mémoire une oeuvre laissée peu ou prou en souffrance, qu’il me suffit alors de modifier, l’inspiration, et surtout la créativité, étant enfin de retour.

Rendez-vous d’amour

‘-. Il passa par une barrière basse dans la haie, et marcha rapidement le long d’un sentier sinueux que traversait un pré où broutaient trois chevaux. Le chemin descendait ensuite dans le ravin, franchissait un tout petit pont rustique, et devenait encore plus étroit pour gravir la pente opposée, à travers un bois majestueux.

Dans le fond du ravin, il faisait presque nuit. La rivière brillait à peine, sous une végétation touffue, et le ciel paraissait tout près, sans une 🌟 encore. Lorsqu’il atteignit le sommet du bois, il vit encore au couchant une lueur rouge foncé, qui faisait briller les feuilles nouvelles des chênes. Un engoulevent vola à travers les 🌲 en quête d’insectes. Puis, juste au-dessus de sa tête, un autre engoulevent se mit soudain à chanter. Les 🌲 étaient animés par le gazouillement des 🐦 qui regagnaient leurs nids, leurs affaires d’amour terminées pour ce jour-là. Les siennes allaient seulement commencer… » Mazo de La Roche (Jalna)