L’hospitalité au bord du lac Erié

 »-. Le fort Erié est situé à l’extrémité orientale du lac de ce nom. C’est un petit fort palissé. Il y a, dans ses environs, de vastes magasins, et une demi-douzaine de misérables habitations. En arrivant, je n’eus pas de peine de découvrir mes compagnons. Je les trouvais logés dans une petite 🏠 construite de troncs d’arbres, composée d’une seule pièce, et assis autour d’un souper que leur avait procuré un des employés du département des Indiens.

Cette habitation était la propriété d’une vieille femme qui, dans sa jeunesse, avait suivi l’armée. Et qui, en ce moment, recevait de son mieux les étrangers qui passaient au fort Érié. Mais tous ses soins ne pouvaient réparer les inconvénients auxquels l’état délabré de sa maison nous a exposés pendant le séjour que nous y avons fait. Une porte mal assurée et tremblante sur ses gonds. Trois croisées dont tous les carreaux avaient été brisés quelques jours auparavant, par un jeune homme de Détroit qui, pour se distraire de l’ennui d’un séjour que les vents contraires prolongeaient malgré lui, s’était amusé à tirer de l’arc au travers. Par là-dessus, un vent froid, mêlé de pluie, qui pénétrait de tous côtés et contre lequel nos peaux de buffle nous garantissaient à peine… Voilà quels furent les avant-coureurs d’une inquiétude beaucoup plus grave qui nous attendait à notre réveil.

Le lendemain matin, nous eûmes beaucoup de mal à trouver de quoi déjeuner. A dîner, les difficultés devinrent plus grandes. Et, à souper, encore davantage... » Isaac Weld (Voyage au Canada)

Inhumation à l’égyptienne

 »-. L’inhumation d’Amenhotep II, le roi au bras vigoureux et à l’incomparable vaillance, fut un moment de bonheur qui illumina la jeune carrière d’archéologue de Howard Carter. Au-dehors, le ciel était d’un bleu tendre, traversé d’une lumière douce qui incitait au recueillement. Ils se déplaçaient sans bruit sur le chemin emprunté par ce même pharaon. Trois mille cinq cents ans auparavant.

C’était l’un de leurs ancêtres qu’ils portaient avec précaution et respect, un être à la fois proche et lointain, homme et dieu. Leurs pas soulevaient une fine poussière qu’emportait le vent du nord. Pas un mot ne fut prononcé jusqu’à l’entrée du tombeau, peut-être les gardiens récitèrent-ils en leur cœur les prières musulmanes. Carter songea au rituel de l’ouverture de la bouche qui faisait revivre le mort en lui redonnant l’usage du verbe.

La procession, toujours silencieuse, pénétra dans la nuit du sépulcre, l’allure se ralentit, les yeux s’habituèrent à l’obscurité. Carter n’avait autorisé qu’une seule torche, fabriquée à l’ancienne, avec du vieux tissu plongé dans l’huile de sésame. De manière à éviter le noir de fumée. » Christian Jacq (L’Affaire Toutankhamon)

Chagrins d’enfants

 »-. Le chagrin est un méchant animal qu’il faut tenir en laisse courte pour éviter de se faire dévorer. Le chagrin est ce qu’elle déteste le plus au monde et depuis toujours, plus encore que la peau du lait, les ploucs qui veulent se faire bourgeois et les sports d’hiver…/… Le chagrin n’est qu’un gros rat qu’il faut fuir à toutes jambes. Elle l’a appris d’un seul coup, à sept ans, à cause d’un chat qu’elle aimait et qui était mort. On lui avait dit, pour la consoler sans doute, qu’aucun 🐈 n’est éternel. Elle n’en avait plus voulu d’autres.

Depuis, sa seule imprudence, en ce qui concerne le Rat, avait été de faire des enfants. Elle était prévenue, pourtant, et par Balzac. Une phrase qui l’avait frappée -faire un enfant, c’est donner un otage au malheur-. C’est peut-être pour ça qu’elle avait eu envie d’avoir beaucoup d’enfants. Pour amoindrir ses craintes en les multipliant. Pour défier le Rat. » Geneviève Dormann (La petite ✋)

Théoricien (ne)s… Mais pas trop

Discussion amicale et constructive avec un pote artiste-peintre, diplômé des Beaux-Arts et titulaire de divers cours d’arts plastiques. Son curriculum vitæ parle pour lui, le mien est quasi inexistant…

Ma méthode d’enseignement, en  »autonomie progressive » l’intéresse… Mon public diffère du sien. Mes élèves, pour une somme modique, fréquentent un atelier participatif. Ce sont, compte tenu du créneau horaire, pour la plupart des retraité(e)s, pour lesquels la notion de temps dévolu à l’apprentissage importe. On évolue plus ou moins rapidement en se faisant plaisir, sans toutefois faire l’impasse (car je suis exigeante) sur les notions de base qui permettront de progresser. Le but étant d’apprendre, ou de reprendre ensemble, le dessin, la perspective, la composition, la gamme chromatique, de façon échelonnée et ludique. Mais, jamais, je ne cache l’essentiel à mes élèves, à savoir que le travail et la motivation seront leurs meilleurs alliés.

Mon interlocuteur n’agit pas autrement lors de ses cours destinés à un plus jeune public. Quant aux adultes, son discours est plus consensuel, plus modéré, voire carrément édulcoré. Je le pressens, à demi-mots, sans que le concept soit posé. Ses élèves attendent un travail cadré, des bases solides sans qu’interviennent la fantaisie ni l’interprétation personnelle. Ils ne se lanceront pas  »en solo » tant qu’ils ne seront pas prêts. Bref, ils en veulent pour leur argent !

Mon conseil. -. Aucune méthode n’est bonne, ou mauvaise. Pragmatique, ou théoricien ? L’important, c’est d’y croire…et surtout de s’y tenir. -. Le débutant doit pouvoir trouver sa place dans un groupe, un atelier, une méthode, une organisation, un agenda artistique, une progression, quels qu’ils soient. Sinon c’est l’échec assuré, pour le formateur, et surtout pour l’apprenti-peintre. – A défaut de diplômes, l’enthousiasme, l’expérience, la pédagogie, le bon sens… cela compte aussi pour partager sa passion de la peinture.

Carton entoilé à l’usage des débutants… Une première approche ludique de la peinture

Faire halte au  »Soleil d’Or »

 »-. Ils s’informèrent de l’auberge la plus proche. Il n’y en avait qu’une dans la région, le »☀️ d’Or », à deux lieues environ, une ancienne abbaye transformée en hostellerie à la limite de la forêt domaniale. Ils y parvinrent une demi-heure plus tard sous la pluie. Une inscription en lettres capitales indiquait, sur la moitié de la façade percée de fenêtres étroites en ogive : Ici, on guérit de la faim et de la soif et on loge à pied et à cheval.

Dans la salle de l’auberge voûtée, sans doute l’ancien réfectoire des moines, régnait une activité fébrile. Ici, on achevait de plumer des poulets et des canards. Là, on cassait des oeufs pour une omelette, ou l’on épluchait de la barbe de capucin. Plus loin, une grosse paysanne morvandelle enfonçait jusqu’aux coudes ses bras rouges dans une gigantesque auge remplie d’eau, d’où elle retirait d’énormes carpes, des tanches dodues, des truites versicolores.

De jeunes marmitons tournaient et arrosaient de sauce les volailles embrochées qui rôtissaient dans la large cheminée où brûlaient des troncs d’arbres. Les buveurs étaient assis au milieu des préparatifs et les servantes qui vaquaient à leurs affaires sous l’œil vigilant de l’aubergiste, répliquaient gaiement à leurs propos gaillards et à leurs avances. » MC Davet (La nouvelle malle des Indes)

Lettre à ma colombe

Je rentre, ma colombe, mon amour. J’ai trop présumé de mes forces et ce séjour à Temacine, dans un climat insalubre, humide et chaud, m’a jeté à bas. Pourtant le médecin militaire m’avait merveilleusement soigné, mais, une fois guéri, j’aurais dû l’écouter et revenir à Kourdane. J’ai voulu continuer, nous avons subi une grande épreuve en traversant le Seif. Quel désert abominable ! Le vent de sable nous y a surpris. Et me voilà à nouveau très malade, mais sans soins réels sinon les prières à Allah.

Mon anthrax s’est rouvert, la fièvre me tient. Je me suis levé pour t’écrire. Sache, ma chérie, que jamais je ne me suis bien rendu compte de tout ce que tu étais pour moi, pour la confrérie, un ange envoyé par Allah ! J’ai honte de ma conduite passée et t’en demande pardon…/… Mais je veux vivre. Je veux revoir Kourdane, ton merveilleux domaine, je veux revoir le soleil embrasser le Djebel Amour avant de disparaître ! Mais je veux surtout retourner près de toi, oh ma colombe bien-aimée. Tu es toujours pour moi celle qui fit battre mon coeur. Je suis ton esclave, Sidi Ahmed. » Roger Frison-Roche (Djebel Amour)

Chez les Ursulines, cloîtrée

 »-. La chapelle dans laquelle nous entrâmes d’abord est très élevée, mais peu spacieuse en face de la porte, qui ouvre sous une espèce de portique, est placé un autel d’un beau style, et richement décoré. De chaque côté est une grille, dont l’une communique à l’infirmerie, et l’autre au chœur des religieuses. Notre conducteur sonna une petite cloche, et sur-le-champ un rideau placé derrière cette dernière grille s’ouvrit.

La belle Ursuline qui vint à la grille pour ouvrir le rideau nous parut être une de ces intéressantes créatures qui ont déjà commencé à sentir toute l’horreur de leur situation. Et qui déplorent dans le silence la témérité d’un voeu qui les sépare pour jamais du monde entier. Et qui leur interdit ces plaisirs innocents auxquels le bienfaiteur auteur de la nature a voulu, par des motifs pesés dans sa sagesse infinie, que toutes ses créatures participassent.

En ouvrant le rideau, elle ne put s’empêcher de jeter sur nous un de ces regards furtifs qui font plus d’impression que les paroles éloquentes. Il était impossible de la regarder sans partager la profonde tristesse qui paraissait l’accabler. Et sans déplorer l’usage cruel qui autorise, et le zèle qui encourage une jeune et innocente créature, sans art et sans expérience, à renoncer au monde. » Isaac Weld (Voyage au Canada, 1799)

Peintures d’Indien

 »-. Les Indiens se peignent, non seulement, quand ils vont à la guerre, mais encore lorsqu’ils veulent se parer. Le rouge et le noir sont leurs couleurs favorites, et ils se barbouillent de la manière la plus bizarre.

J’en ai vu quelques.-uns, qui avaient le visage entièrement couvert de noir, à l’exception, cependant, d’une tache ronde, et de couleur rouge qui renfermait la lèvre et le nez. D’autres, que je rencontrais aussi, s’étaient noircis toute la tête. Excepté une petite partie de l’oreille, qui était peinte en rouge. La mode la plus générale est de se couvrir de charbon toute la figure, puis de se mouiller les ongles et de tirer des lignes parallèles, mais ondoyantes, sur les joues. Les Indiens portent toujours avec eux un petit miroir, afin de pouvoir mieux disposer leurs couleurs.

Quand ils vont à la guerre, ils se frottent de graisse, après avoir coloré leur peau, de manière ou d’autre. Ils s’attachent surtout à se rendre aussi horribles qu’ils le peuvent. Ils se couvrent tout le corps de rouge, de noir et de blanc, et ressemblent plus à des diables qu’à des créatures humaines. Différentes tribus ont différentes méthodes de se peindre. » Isaac Weld (Voyage au Canada, publié en 1799)

Mon conseil.. Ce texte me parle. Ces Indiens d’Amérique, dont on dit, et médit, qu’ils ne seraient pas artistes dans l’âme, n’ont pas besoin de tout un attirail sophistiqué pour s’exprimer. Ils sont eux mêmes tableaux vivants, au gré de leurs émotions et des situations. -. Elle me plaît bien, cette idée qui consiste, avec ses ongles, à tirer des lignes parallèles mais ondoyantes dans la peinture fraîche. -. Quelque jour, j’essaierai, et tant pis pour mes ongles manucurés. Bien entendu, je vous tiendrai informés…

Condoléances

 »-. Ce matin-là, à la pile habituelle, s’ajoutait une grande enveloppe matelassée, dont l’adresse était rédigée à l’encre noire, en lettres penchées. La belle écriture lui attira l’oeil…

… Edgar posa la lettre et prit le carton de fortune. Non sans difficulté, ses doigts tremblaient un peu, il retira les trombones et l’ouvrit. A l’intérieur, il y avait une feuille de papier fort, au bord supérieur irrégulier pour avoir été arrachée pour avoir été arrachée au carnet de Gus ? Son fils. Rapidement croqué au crayon, puis peint à l’aquarelle, la marque de Gus….

… Soudain le dessin devint flou. Pris au dépourvu, désarmé, il pleurait. Il sortit un grand mouchoir de coton de sa poche, sécha ses larmes et se moucha avec vigueur. Cela n’avait pas d’importance. Ce n’était pas grave. Personne n’avait été témoin de ce moment de douleur.

Il resta longtemps devant le portrait. Puis il le replaça soigneusement dans son carton. Remit les trombones et le rangea dans un tiroir. Un jour, il le montrerait à. Diana. Plus tard, il le ferait encadrer et le mettrait sur son bureau. Plus tard. Quand il aurait la force de le regarder. Et de vivre avec. » Rosamunde Pilcher (Retour en Cornouailles)

Marseille-en-Indochine

 »-. Depuis la fenêtre de mon appartement, le regard embrasse la baie. J’aperçois les îles, longs squales gris étendus sur les flots. Leur nom ont enchanté mon enfance. Leur mystère ne s’est pas éventé avec les années. Le Château d’If, Pomègues, Gatineau, c’était déjà l’au-delà des mers. Des navires de pierres immobiles aux cales pleines d’aventures. ET qui ne larguaient jamais les amarres sinon pour appareiller vers le pays des rêves, quand s’enfiévrait l’imagination des gamins de mon âge. Je savais que, très loin derrière cette eau transparente martelée de soleil, il existait une terre inconnue d’où venaient mes ancêtres. Et qu’on nommait Asie.

Mes parents y étaient nés. Ma mère vivait alors à Hanoï, près du petit lac. Mon père venait de Nam Ding, une région rurale, moins hospitalière. Ils étaient arrivés en France en 1914, pour se marier.

Mais l’Asie ne me parlait pas. Je ne suis jamais allé au Vietnam. Je n’en éprouve pas l’envie. Moi, j’appartiens à Marseille et Marseille est en moi. Je comprends cette ville. Je la comprends parce que je l’aime. Toutes mes fibres m’attachent à ce rivage où bouillonne un peuple fort en gueule et haut en couleur dont je partage la turbulence et la faconde. L’homme mûr ne fait que réaliser les schémas imprimés dans la cire tendre de ses jeunes années. » Georges N’Guyen Van Loc (Le Chinois)