Qu’est-ce donc qu’un chasseur ?

 »-. Un chasseur, un vrai, est avant tout un homme qui aime la nature, qui vit dans la nature. Je dirais même, bien que cela puisse vous sembler paradoxal, que c’est un homme qui aime les bêtes et les connait. Sans doute, à un moment donné, il va épauler, viser, tirer. Peut-être, s’il est habile, atteindra-t-il son objectif. Peut-être aussi le gibier sera-t-il plus rapide que lui…

30x40cm « Biche, oh ma Biche », galerie Bestiaire

Nos forêts sont pleines de ces animaux qui déjouent les plus fins limiers… Que reproche-t-on aux chasseurs ? De tuer du gibier et de le manger. Parfait ! Mais voulez-vous me dire si l’on ne fait pas une chose semblable lorsqu’on élève des 🐔 et des 🐰 qui n’ont strictement aucune chance d’échapper au 🔪de cuisine ? Le gibier de plume et de poil, au moins, a toujours la chance de tomber sur un fusil maladroit ! La chasse ne doit jamais être un massacre perpétré par des meurtriers, mais un jeu implacable et sublime à la fois, dont la vie et la mort sont l’enjeu. » Paul Vialar (Le fusil à deux coups)

Ouf ! On débarque du ⛵!

 »-. Ce fut alors la grande confusion du débarquement. Tous ces hommes, toutes ces femmes avaient cru ne quitter le ⛵ qu’en atteignant Québec. Ils descendirent chargés de leur bagages, plus pâles qu’au départ. Certains fort satisfaits, d’autres désolés, un petit nombre pleuraient à chaudes larmes. Le malheureux bétail fut poussé hors du ⛵, quelques bêtes étaient si faibles qu’elles pouvaient à peine de tenir sur leurs jambes. Toutes étaient sales et comme aveuglées, mais la volaille semblait avoir moins souffert que le reste. Maggie, la petite 🐐 qui devait servir de nourrice à Augusta, faisait elle-aussi exception. Elle n’avait en rien pâti de l’aventure et trottait sur ses petits sabots en faisant tinter sa clochette.

Boney avait également fort bien supporté le voyage. Le mouvement du ⛵ lui avait paru délicieux, et s’accrocher sur les pattes, la tête en bas, était sa distraction favorite. Il quitta le ⛵, perché sur l’épaule d’Adeline. Son bec entrouvert semblait sourire triomphalement, sa langue foncée émerveillait la foule qui se pressa bientôt auprès d’Adeline. En vérité, elle jouissait intensément de la sensation que Boney et elle produisaient. Elle sourit et salua la foule de la tête avec une grâce charmante. -. Oh, regardez cette belle dame avec un perroquet ! Venez vite ! C’est un spectacle unique !- » Mazo de la Roche (La naissance de Jalna)

25x30cm « Perrot le perroquet »

Pouring, or not pouring ?

Une dame de mes connaissances mais non point de mes amies, qui se pique d’être artiste, pratique allègrement l’art du pouring. Après avoir tenté, sans grand succès il faut le dire car sans réel travail ni motivation, quelques autres techniques genre acrylique, pastel et même aquarelle, elle s’est, selon ses dires, reconvertie sur une solution facile, qui ne requiert ni tracé, ni compétences, ni sens artistique. Mais est, reconnait-elle, très salissante et nécessite beaucoup de matériel et un bon investissement financier. Pour quel but ? -. Je travaille à l’instinct-, vous répond-elle. Ça se discute, et même ça se dispute…

Je n’ai rien contre le pouring, sous réserve que cette technique ne soit pas le refuge de la facilité, où des gens peuvent se prétendre artistes-peintres avec l’avantage du titre, sans autres inconvénients qu’une préparation laborieuse et une longue séance de nettoyage après exécution. Une de mes élèves nous a fait une démonstration en atelier, qui n’a convaincu personne, même pas elle. Donc, pouring, OUI sans ostracisme si utilisé comme un art, ou comme un fond à enrichir, au pinceau, d’une réelle composition. Pouring, NON sans concession si c’est pour pour faire l’artiste en frimant auprès des copains et copines, pour un résultat pas toujours convaincant. Je suis dure en affaires, me direz-vous ? Pas vraiment, car je possède moi-aussi un bidon de mélange à pouring, qui n’est rien d’autre d’ailleurs qu’un medium de lissage, dont je me sers pour un tout autre usage, car…

40x50cm ‘‘La musique du Paradis », acrylique au 🔪 et collages, galerie Z’ Artistes -. Cette toile, comme d’autres d’ailleurs dont le support était abimé, a bénéficié d’un traitement au liquide de pouring pour retrouver, après d’innombrables coups de 🔪, une planéité acceptable compte tenu de son sujet  »céleste ». Ni vu, ni connu, mais chut...-

Mon conseil. -… Car j’utilise le pouring en couche de finition, pour donner une légère touche de mystère à une toile qui dévoilerait ainsi trop crûment ses intentions. -. Avec un petit pinceau à poils durs, à petites touches rapides, j’étale le produit en insistant sur les creux créés par la technique de la peinture au 🔪. Ledit mélange à pouring, très liquide comme il se doit, peut être légèrement teinté, avec par exemple une pointe de peinture acrylique dorée, cuivrée ou argentée. Ou un soupçon d’encre colorée. Ou toute autre nuance qui la rehaussera. Attention toutefois, il faut avoir la ✋ légère, à la fois dans le dosage et l’application. – . Peut on débuter par le pouring ? Je ne le conseille pas. Mieux vaut posséder quelques bases techniques et artistiques, pour progresser et faire du pouring, en parfaite contradiction avec ma chronique, un véritable art…

La matrice du monde

 »-. Il pleuvait toujours. Dès que nous pénétrâmes dans la forêt, je devins complètement aveugle et je dus me cramponner à l’épaule de l’indigène invisible qui me précédait. Le terrain était effroyable, creusé de fondrières argileuses, obstrué de réseaux inextricables de ronces, barré d’éboulis spongieux. Une aube fantomatique se leva plus désespérante encore que d’habitude.

Les moustiques devinrent alors parfaitement insupportables. J’avais le visage si enflé de piqûres que j’avais du mal à ouvrir les yeux. Nous étions dans la savane marécageuse de la plaine des Éléphants, couverte d’une inexorable forêt vierge, passionnante pour un botaniste par la richesse du paysage, mais inhumaine même pour un indigène. La matrice du monde. Un fouillis de lianes juteuses de sève, de feuilles baveuses, d’écorces gluantes, de tentacules caoutchouteux hérissés d’épines. Un air chaud et fiévreux, verdâtre, saturé d’odeurs qui soulèvent le cœur, croupissent comme une eau morte sous la chape des grands 🌲 pétrifiés. Des insectes, hostiles, cuirassés, reluisant, craquants. Des colonnes de 🐜 rouges agressives. Des sangsues, aveugles et sourdes, qui aspirent lentement à elles des flots de sang chaud. » Pierre Schoendoerffer ( L’adieu au roi)

Quand Marianne se met au 🎹

 »-. Au cours de la soirée, on découvrit que Marianne était musicienne, et on l’invita à jouer. L’instrument fut ouvert, chacun se prépara à écouter. Marianne, qui chantait fort bien, s’attaqua aux mélodies que Lady Middleton avait apportées dans la famille au moment de son mariage et qui, peut-être, n’avaient pas été exécutées depuis le jour où elle les avait posées sur le 🎹 forte. Car Sa Seigneurie avait célébré son entrée dans la vie conjugale en abandonnant complètement la musique, bien qu’au dire de sa mère elle s’y montrât fort habile. Et qu’elle prétendit, elle-même, en être tout à fait passionnée.

57x48cm « Le son de piano », acrylique et collages, galerie Z’Artistes

L‘exécution de Marianne fut vivement applaudie. L’approbation de Sir John fut bruyante, aussi bruyante que l’avait été sa conversation pendant que Marianne chantait. Seul de la société, le colonel Brandon l’entendit sans paraître transporté. Son seul compliment fut d’écouter attentivement. Ainsi mérita-t-il, aux yeux de Marianne, le respect auquel les autres avaient vraiment perdu droit par leur manque de goût éhonté. Le plaisir qu’il prenait à entendre de la musique, bien qu’il ne montrât pas ce caractère éperdu qui était la marque de ses propres réactions, lui parut cependant digne d’éloges par contraste avec l’horrible insensibilité des autres. Et elle était assez raisonnable pour accorder que la finesse du sentiment et les premiers élans de l’enthousiasme pouvaient bien être émoussés chez un homme de trente-cinq ans. Elle était parfaitement disposée à concéder au colonel toute l’indulgence que l’humanité commandait en raison de son âge. » Jane Austen (Raison et sentiments)

L’argument des trois fenêtres

 »-. L’imagerie astronomique nous permet d’observer le monde par ce que nous appellerons la grande fenêtre. On constate que l’univers est une sorte d’archipel dont les 🏝️ sont les galaxies. Ces formes évoluent en fonction de l’âge de l’univers. Dans ces galaxies, on observe une multitude d’🌟classifiées selon leur température, leurs couleurs et d’autres paramètres. Mais, d’une galaxie à l’autre, les astres montrent de grandes analogies. Par la petite fenêtre, ouverte grâce à l’analyse de la lumière des astres au moyen des spectroscopes, on peut observer et répertorier les populations d’atomes et de molécules.

50x70cm « Fenêtres sur la montagne »

Il nous reste à pouvoir observer par la troisième fenêtre, la fenêtre qui s’ouvrirait sur des structures de dimensions intermédiaires entre les atomes et les galaxies. La fenêtre qui correspondrait vraiment aux organismes vivants, des virus jusqu’aux 🐳. Cette fenêtre nous est encore fermée, d’où notre impossibilité, aujourd’hui, de savoir si la vie existe ailleurs que chez nous. Elle pourrait bien s’ouvrir rapidement grâce aux ambitieux programmes de recherche spatiale. Pourtant, les résultats d’observation par la petite et grande fenêtre nous permettent d’énoncer un argument de possibilité, à savoir l’argument d’homogénéité cosmique. Que vaut cet argument de l’homogénéité des structures pour appuyer la thèse de la vie extraterrestre ? À mon avis, il est suggestif, sans plus. Le débat est loin d’être terminé…’‘ Hubert Reeves (Chroniques du ciel et de la vie)

Terre, oh ma planète bleue

 »-. Terre, planète bleue, où des astronomes exaltés capturent la lumière des étoiles aux confins de l’espace. Terre, planète bleue, où un cosmonaute, au hublot de sa navette, nomme les continents des géographies de son enfance. Terre, planète bleue, où un asphodèle germe dans les entrailles d’un migrateur mort d’épuisement sur un rocher de haute mer.

30x40cm  »La cuisine des fleurs »

Terre, planète bleue, où un dictateur fête Noël en famille alors que, par milliers, des corps brûlent dans les fours crématoires. Terre, planète bleue, où, décroché avec fracas de la banquise polaire, un iceberg bleuté entreprend son long périple océanique. Terre, planète bleue où, dans une gare de banlieue, une famille attend un prisonnier politique séquestré depuis vingt ans.

50x60cm  » Paysages anglais »

Terre, planète bleue, où à chaque printemps le ☀️ ramène les fleurs dans les sous-bois obscurs. Terre, planète bleue, où seize familles ont accumulé plus de richesses que quarante-huit pays démunis. Terre, planète bleue, où un orphelin se jette du troisième étage pour échapper aux sévices des surveillants.

30x30cm  »Le cygne »

Terre, planète bleue, où, à la 🌃 tombée, un maçon contemple avec fierté le mur de briques élevé tout au long du jour. Terre, planète bleue où un maître de chapelle écrit les dernières notes d’une cantate qui enchantera le ❤️ des hommes pendant des siècles. » Hubert Reeves Chroniques du ciel et de la vie)

30x30cm  » L’or bleu »

L’enfant paraît

 »-. Luka avait d’emblée étonné tout le monde par le seul fait de naître, parce que son frère Haroun avait déjà dix-huit ans quand sa mère Soraya, âgée elle-même de quarante et un ans, donna le jour à un deuxième beau petit garçon. Son mari Rachid en perdit la parole, puis comme toujours se mit à parler beaucoup trop. Dans la chambre d’hôpital de Soraya, il prit son fils nouveau-né puis le bombarda de questions. -. Qui l’eût cru ? D’où viens-tu, mon pote ? Comment es-tu arrivé jusqu’ici ? Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Comment t’appelle-tu ? Que vas-tu devenir quand tu seras grand ? Qu’est-ce que tu veux ?

Il avait également une question pour Soraya. -. À notre âge, quel est le sens d’un tel prodige ?-. Rachid avait cinquante ans à la naissance de Luka, mais, à ce moment, il s’exprimait comme n’importe quel jeune père tout novice, interloqué par le poids de nouvelles responsabilités, et même un peu effrayé. Soraya reprit le bébé et calma le père.-. Il s’appelle Luka, et la signification de ce prodige est que apparemment nous avons mis au monde un garçon capable de renverser le cours du temps, de faire couler à l’envers et de nous rendre notre jeunesse-. » Salman Rushdie (Luka et le 🔥 de Vie)

La 🏡 Charrière

 »-. Je suis arrivé à Providence, Rhode Island, en 1930. Je pensais n’y faire qu’une courte visite. Mais passant devant Benefit Street, je vis la 🏡 Charrière. Elle dégageait une atmosphère à la fois séduisante et répulsive. On disait de la 🏡 Charrière qu’elle était hantée. Mais on en dit tout autant de mainte demeure abandonnée, dans l’ancien comme dans le nouveau monde. Si je dois en croire certains articles diantrement sérieux de la Revue de Folklore américain, les mêmes bruits courent sur les habitats primitifs des Indiens d’Amérique, ceux des aborigènes de la brousse australienne, ceux des Polynésiens, et combien d’autres !

Je n’ai pas pour propos de raconter des histoires de 👻. Oui, dans le sens traditionnel, la 🏡 Charrière n’était certainement pas hantée. Aucun 👻 n’en traversait les chambres en faisant cliqueter ses chaînes. Nulle figure sépulcrale n’apparaissait à l’heure fatidique pour annoncer l’imminence d’un destin tragique. À minuit, pas le moindre gémissement…. Mais, nul ne pouvait le nier, la maison exhalait une aura néfaste, terrifiante, évoquant des images hideusement fantastiques. Son aura disait clairement. –. Je recèle des secrets indicibles, longtemps hors de portée de l’entendement humain-. » August Derleth Lovecraft (Le survivant)

70x70cm  » La 🏡 des contes de fées », vendu, galerie La meilleure façon d’habiter

Le Sauvage

 »-. Notre ami le sauvage fuyant, qui est-il ? Qu’attend-il ? La civilisation ? Ou l’a-t-il dépassée, l’a-t-il maîtrisée ? A-t-il grandi dehors, dans les plaines du sud-ouest ? Est-il un Canadien ? Nous vient-il de la région du Mississippi, de l’Iowa, de l’Oregon, de la Californie ? Des montagnes ? Est-ce un homme des prairies, un habitant de la savane, un navigateur issu de la mer ? Où qu’il aille, partout l’accueillent et le désirent les hommes et les femmes, qui aiment son amitié, qui aiment qu’il les touche, qu’il leur parle. Qu’il vive avec eux.

60x60cm « L’Indien Comanche« , galerie Chemins de spiritualité

Irréductible mouvance de la neige en ses flocons, paroles banales comme l’herbe, chef échevelé, rire éclatant, naïveté naïve. Vitesse de marche lente, traits du visage ordinaire, émanations et modes sans surprises. Affluent aux formes neuves aux extrémités de ses doigts. Parfument l’air de son corps, de son souffle, fusent à l’éclair que décroche sa prunelle. » Walt Whitman (Feuilles d’herbe)