Des pommes, des poires… et des cerises

Comme si la pandémie ne nous suffisait pas… Voici que notre beau pays France, et la plupart de ses voisins européens, voient les cultures de fruits et légumes ravagées par le gel. Pommes, poires, pêches, cerises, raisin… adieu récoltes prometteuses au bénéfice des gourmands. L’on annonce une catastrophe économique pour tous ceux qui vivent du terroir, laquelle catastrophe sera, par enchaînements successifs, répercutée sur le porte-monnaie du malheureux consommateur. Qui sera quant à lui privé également des vitamines nécessaires pour lutter contre le covid…

60x60cm « Le temps des cerises », galerie La vie rêvée des 🌲

Mine de rien, le gel, c’est comme le 🔥, les inondations, les tremblements de terre, les 🌋… Ces événements dramatiques, dont la plupart ne peuvent être anticipés, font partie du cycle de la vie. On fait avec, hélas, et l’on attend de nos gouvernants respectifs qu’ils viennent à notre secours, en déployant les équipes de sauvetage, ou en dégaînant les indemnisations correspondant aux dommages. Les artistes-peintres connaissent bien, eux-aussi, ces événements dramatiques, ils font partie de leur univers pictural.

Mon conseil. – . Si vous êtes un indécrottable optimiste, n’hésitez pas à traiter avec humour une éruption 🌋, un raz-de-marée ou un tsunami. – Si vous êtes coloriste, vous voilà particulièrement gâté, que de teintes violentes et contrastées à mettre en synergie. –Si, comme moi, vous n’êtes qu’un peintre lambda, il vous reste à interpréter les coups du sort et les catastrophes naturelles, ainsi que les jolis événements de la vie, avec votre ❤️ et votre ressenti.

Ah, se baigner nue !

 »-. Devi retrouva sa plus vieille habitude, elle se sauva avec ses bêtes du côté du fleuve. Dès l’aube, elle se joignait au cortège des femmes en marche vers le puits, et le quittait pour s’évanouir dans la sente escarpée qui descendait vers la rivière. Très vite, elle découvrit un chemin bien à elle, un raidillon bordé de hauts talus de terre. Dès qu’elle s’y engageait, elle se mettait à courir en poussant ses chevreaux.

Alors, elle se jetait à l’eau. Comme n’importe quelle villageoise, elle portait toujours sur elle de quoi se laver, une pierre ponce, un peu d’argile en guise de shampoing, et une vessie remplie de graines dont sourdait, quand on les écrasait, une huile épaisse qui rendait les cheveux brillants. A tâtons sous l’étoffe mouillée de son sari, elle frottait à l’aveugle chaque recoin de son corps. Mais, un matin où elle explorait avec ses bêtes un petit défilé en aval du fleuve, elle tomba sur une anse qu’elle ne connaissait pas, au débouché d’un ruisseau à sec. L’endroit était très écarté, entouré d’épineux que goûtaient fort ses 🐐. Elle eut envie de s’y baigner nue. » Irène Frain (Devi)

40x40cm « Petits matins dans la salle de bains », galerie La meilleure façon d’habiter

En l’air !

 »-. Le moteur rugit, l’hélice se mit à tourner. En tremblant, il poussa le levier… Et vraiment, l’avion s’avança en glissant, sortit de l’archipel des galets, les flotteurs évitèrent les rochers, ils ne se brisèrent pas. -. Que dois-je faire à présent ? Mon Dieu, quel levier, quelle pédale, quel instrument dois-je manoeuvrer ? Ces cadrans, ces aiguilles, ces indicateurs de direction, ces leviers qui luisent dans le ☀️… Par quoi dois-je commencer ?

30x30cm « Bulles d’air », galerie Les clins d’oeil de Dame Nature

La beauté du fleuve autour de cette nature assassinée était à couper le souffle. En dessous d’eux un vol de canards remontait son cours. Au loin, à droite et à gauche, la taïga brûlait toujours, mais devant eux surgissait, comme une muraille verte, la forêt, sombre trait à l’horizon, papillotant dans la chaleur du jour. La liberté ! La vie ! -. D’abord, il faut que nous regagnions la terre. Dans le ciel, il est facile de se poser des questions. Il faut que nous amerrissions de nouveau sur le fleuve. Voici une question plus importante encore. Car… Comment amerrit-on ?- » Heinz Konsalik (Les damnés de la taïga)

Allons Z’Enfants de la Bretagne !

 »-. Où a-t-on pris qu’en Bretagne les cantons se caractérisent par une docilité passive, par une fidélité servile à leurs maîtres ? Des maîtres, ici ? Lesquels ? – Peuple courbé-, assure-t-on,- incapable de jeter bas le poids des siècles-. Cette façon d’écrire l’histoire répond plus à des préjugés de parti qu’à la réalité toute nue. On pourrait se rappeler, comme indice du contraire, qu’il y eût, en bordure de la forêt, pendant plus de deux siècles d’Ancien Régime, le paradoxe d’une petite République. Un seigneur des environs avait été fait prisonnier a la guerre, les paysans ses vassaux se cotisèrent pour payer sa rançon. En récompense, il leur donna sa lande, qu’ils gouvernèrent selon les meilleurs principes de la démocratie.

40x40cm « Citadelle-sur-mer« , vendu, galerie La meilleure façon d’habiter

Il est vrai, le canton de Porhoët est en grande partie ce qu’on appelle réactionnaire. Il fut chouan. Tudieu, quelle fière façon de se prononcer pour le Roy et pour les prêtres, mais aussi contre les réquisitions, et contre la conscription ! D’ailleurs, Paimpol jouit d’une municipalité radicale, qui entretient, il faut l’ajouter, des rapports courtois avec le curé. Heureusement, car ils sont porte à porte ! » Charles Le Goffic et Auguste Dupouy (Brocéliande, histoire et légendes)

Histoire de cousines

Troisième, et dernier volet du triptyque que je consacre à mes petits-enfants. Ce n’est pas le plus facile, car les cousines, la blondinette étant par ailleurs la grande soeur des deux frangins, sont déjà des adultes. Leur personnalité n’est plus en devenir, elle est déjà forgée, même si elle n’est pas encore gravée dans le marbre.

Ce sont aussi, sans doute, des  »clientes » un peu plus difficiles à satisfaire, car la dose d’humour que j’ai mis à leur service ne les avantage certes pas sur le plan de leurs attraits physiques respectifs, qu’elles seraient en droit de voir reproduits agréablement pour la postérité… Toutefois, je les connais bien, entre l’art et la manière, elles sauront faire la part des choses… Je ne serais certes pas en mesure de proposer une oeuvre ainsi pensée et réalisée à une personne extérieure à mon cercle de famille. J’aurais trop peur du verdict…

Mon conseil. -. Adultes, certes… Mais avec encore un coin d’enfance qui sommeille, des émerveillements et des rêves… Et surtout une complicité datant de l’enfance, et qui perdure en dépit des chemins de vie. -. N’hésitons pas à mettre en peinture les gens que nous aimons. Osons ! Un tableau même maladroit pèse davantage, sur le plan humain, qu’une photo habilement réussie par un professionnel. Quant à l’art… Il en a vu d’autres et s’accommodera fort bien de mes écarts picturaux et de mes traits d’humour. A suivre, rendez-vous prochainement pour le triptyque…

30x40cm « Les cousines », galerie Chemins de spiritualité

Le 🦋 aux ailes froissées

 »-. Papillons des ténèbres aux ailes froissées, les femmes se perdent vite dans le néant des gorges, sans avoir jamais droit à rien, pas même à la gloire des chansons. Une seule d’entre elles, Putli Bai, a forcé les portes de la légende, une aventure dont les prouesses semblent droit sorties des premières épopées de l’Inde. C’était au milieu des années cinquante, à l’ouest des ravines, là où les moussons ont creusé le paysage le plus chaotique de la Vallée, comme par ironie pour les plaines voisines de leurs opulents villages.

Putli avait appris l’amour à l’âge de dix ans, dans le bordel où officiait sa mère. Comme elle était mince et agile, comme elle avait le teint pâle des femmes de haute caste, on lui enseigna le chant et la danse, avec l’art d’animer des fêtes. Après son spectacle, sa mère octroyait au plus offrant le droit de finir la 🌃 dans ses bras. On la réclama bientôt partout. Certains hommes étaient si envoûtés qu’ils suivaient Putli de fête en fête, sans jamais oser l’aborder, quelle que fût leur fortune. Ils se contentaient de la couvrir de billets de 🏦 et s’évanouissaient dans la 🌃, heureux et hagards, à la fin de son numéro. » Irène Frain (Devi)

30x30cm « Les Papillons« , galerie Bestiaire

Comment improviser un hôpital militaire

 »-. Les trois médecins de Tai Pan n’avaient pas réussi à endiguer l’épidémie par l’acupuncture. Dès le deuxième jour, ils renoncèrent à enfoncer la pointe de leurs petites aiguilles dans les membres de leurs malades et s’en allèrent discrètement à la recherche d’un lieu plus propice à l’exercice de leur art. Dès la fin de la semaine, les cas se multiplièrent dans la ville. La peste s’y était aussitôt attaquée, comme les mouches se tiennent sur un fumier. Les bicoques plantées au bord du fleuve, dans la boue, débordaient les unes sur les autres, foyers de crasse, de vermine et de maladie.

-. Trouvons un bâtiment pour abriter les malades-. Le lieutenant SHON réfléchit. -. Nous allons réquisitionner le yamen des bureaux impériaux de l’enregistrement-. Depuis de longs mois, SHON était en forts mauvais termes avec cette administration, dont le directeur l’avait privé de sa part de gabelle. -. Je suis sûr que le palais de cet ami absent conviendrait parfaitement comme hôpital-. Sur le champ, ils se rendirent au yamen de l’enregistrement, un vaste palais, richement meublé, situé dans le quartier le plus agréable de la ville. SHON y pénétra tout simplement en enfonçant la porte. » A. J. Cronin (Les clés du Royaume)

La carrière d’un grand peintre… Avec des si…

 »-. Ton point faible, c’est que tu es resté un petit-bourgeois. Oui, parfaitement, tu raisonnes comme ton père, comme un petit fonctionnaire, comme un col blanc qui se fait noter par ses supérieurs. Il te faut des diplômes, une carrière, de la reconnaissance. L’académie des beaux-arts de Vienne ? Crois-tu vraiment que Léonard de Vinci et Michel-Ange sortaient de l’Académie des beaux-arts de Vienne ? Tu crois vraiment qu’ils voulaient donner des gages aux bureaucrates, qu’ils comptaient leurs points et leurs années dans l’administration ?

Tu as froid aux yeux, Adolf Hitler, tu n’oses pas être à la hauteur de tes rêves. Tu vas tout rater si tu continues à raisonner de travers. Travailler, qu’est-ce que c’est, pour toi ? Ton art, seul ton art compte. Toute ton énergie doit y être consacrée. Ton art, rien que ton art. Rien que créer. Je t’envie, Adolf Hitler. Tu te fous de tout, tu n’aimes personne, pas même moi qui te vénère, tu as les yeux fixé sur ton idéal et tu accomplis l’art. Tu peux t’épanouir sur les grands formats dont tu as toujours rêvé. Tes tableaux voyageront dans le monde entier, il y en a déjà qui sont accrochés à Berlin, Amsterdam, Moscou, Rome, Paris, Venise, New York, Chicago, Milwaukee. C’est incroyable, non ? » Eric-Emmanuel Schimtt (La part de l’autre)

30x30cm « En mon atelier, confinée« 

Lorsque Bretagne devient tableau

 »-. Il serait beau de surprendre des fées, sous le couvert. Il est plus émouvant, peut-être, de monter, c’est une ascension facile, jusqu’à l’une des cimes de la forêt, pour contempler de là des étendues proches ou lointaines. Je prend le mot forêt au sens large, car l’épaisseur des feuillées ne favorise pas la vue. Mais les beaux observatoires que les buttes bretonnes, surtout celle-ci !

Elle se trouve au-delà du ravin. C’est une garenne vêtue de bruyères et d’ajoncs nains, parcourue de longues bandes de schiste. Le vent du sud-ouest doit y souffler avec une rare violence. J’imagine ses charges farouches, et je pense à la mer qui bat sur trois côtés le pays de Bretagne, reformant et lançant depuis des millénaires ses vagues d’assaut. D’ici, on doit voir au moins l’Atlantique, quand le jour et les yeux sont bons. Comme j’aimerais qu’on pût voir aussi la Manche, pour saisir du regard, avec la fluide étreinte, le destin orageux de ma terre natale ! Mais cette terre seule, sans la mer, quel spectacle ! Comme ils me parlent, ces grands pays muets ! Que de tableaux humains ils me présentent ! Que d’épisodes s’attachent à ces flèches d’église qui pointent entre les feuillées, à ces villes plus ou moins déchues qui se devinent, à ces 🏰 jadis forts ou à leurs ombres. » Charles Le Goffic et Auguste Dupouy (Brocéliande, histoire et légendes)

Mon conseil. – Tout y est, même un peu trop. Car mer, villages, forêt, lande , 🏰, il va falloir choisir, il va falloir trancher, il va falloir opter… Toute la Bretagne, toutes les Bretagne, ne sauraient tenir sur un seul tableau… -. Peindre la Bretagne, ce n’est pas forcément la considérer sous un crachin gris et triste. Car quand le ☀️ brille en Bretagne, il éblouit le ❤️ et brûle le pinceau.

57x48cm « Mon petit port breton », galerie Laissez-moi vous conter la mer

La chambre aux fantômes

 »-. Tout de même, les fantômes, si fantômes il y a, ne possèdent pas tous les pouvoirs. Ils ne sont certainement dangereux que pour ceux qui se laissent faire !-. Ne vous inquiétez pas, s’il se passe quelque chose cette nuit, je serai aux premières loges pour en juger. Et je crains beaucoup moins les esprits, quels qu’ils soient, que certains humains. A ma connaissance, les revenants ne se sont jamais rendus coupables de génocides ou d’autres atrocités du même genre-. Alors, rendez-vous demain matin pour le petit déjeuner ?

Quand les trois couples eurent regagné leurs pénates, elle venait de refermer sa porte. Elle tourna la clé et contempla la chambre… Ce qui l’étonna d’abord, ce fut le silence. Les murs du quatorzième siècle mesuraient près d’un mètre d’épaisseur. L’applique murale éclairait une pièce de dimensions modestes, tendue de boiseries lustrées rouge sombre. Un grand miroir était fixé au chevet du lit. La moquette bordeaux qui couvrait le sol de pierre renforçait l’impression d’isolement en étouffant le bruit des pas. Une seule fenêtre à petits carreaux saillait dans la muraille, butant sur la nuit bleutée de 🌙 que l’on apercevait à l’extérieur. La grosse poutre qui barrait le plafond portrait les traces de la gouge qui l’avait façonnée. Par une porte étroite, on accédait à la salle de bains située dans une tour. » Michel Andreolety (Les pendus du Mont-Aiguille)

50x50cm « Les nuits en rose », galerie La meilleure façon d’habiter