Les Basmaras ! Ils attaquent !

 »-. Ils étaient là, accroupis en rangs serrés, armés de massues, de longues lances ou de sagaies plus courtes, des armes de poing à pointe de silex. Ils avaient leurs boucliers de cuir brut en bandoulière, leurs visages peints avec de l’argile colorée formaient des masques de guerre. Ils portaient des coiffes de fourrure et de plumes. Des bracelets ornés de coquilles d’oeuf d’autruche et de perles d’ivoire aux bras et aux chevilles, et ils avaient les narines et le lobe des oreilles percés d’aiguilles d’ivoire.

Un bourdonnement s’éleva de ces masses humaines comme d’une ruche que l’on a dérangée. Avec ensemble, ils décrochèrent leurs boucliers de guerre et tapèrent dessus avec leurs sagaies. Puis ils entonnèrent un chant guerrier. Leurs voix graves et mélodieuses montaient et enflaient en même temps que le battement rythmique. Puis une sonnerie aiguë, donnée par un sifflet en forme d’antilope, perça le vacarme. A ce signal, les guerriers se levèrent d’un bond et s’élancèrent en masse à l’assaut de la pente. » Wilbur Smith (La vengeance du Nil)

J’enlève le haut !

 »-. Les murs de Paris s’en souviennent encore. A la fin du mois d’août 1981, une charmante brune aux cheveux courts, en bikini, apparaît sur des centaines d’affiches. Avec, en arrière plan, une couleur bleu paradis et surtout un slogan : -. Le 2 septembre, j’enlève le haut

La capitale est en émoi. Quarante-huit heures plus tard, elle tient sa promesse. Enfin presque, car elle apparaît de dos. La morale est sauve, et le publicitaire qui est à l’origine de cette idée se frotte les mains. Cette affiche est la base d’une campagne imaginée dans le plus grand secret par un annonceur qui a voulu montrer à ses clients et confrères qu’il tenait ses promesses.

Myriam, le mannequin dont tout le monde connait désormais le visage et même plus, devient une gloire de. Paris. Elle vit très mal cette notoriété soudaine et va se cacher dans un couvent. Elle n’avait pourtant pas la moindre faute à se faire pardonner par Dieu. » Jacques Pessis (Fier d’être parisien)

Dimensions 40x50cm

Nos amis les 🐕

 »-. Encore une peinture de 🐕, Christine. Aimes-tu à ce point nos compagnons à quatre pattes, pourquoi n’as-tu pas dans ta vie un fidèle Médor ? -. L’âge peut-être, la responsabilité, le sentiment d’abandon lorsque se séparent nos chemins de vie. Mais il est vrai que j’aime peindre les chiens, ceux qui ont de bons yeux dans une bonne tête, colorisés aux pinceaux de la tendresse…

Celui-ci, que j’aperçois campé sur ton chevalet, j’ai bien peur de ne pas en reconnaître la race…-. C’est parce qu’il s’appelle à la fois Okay, Whisky, Orso, Mirabelle, tels les amis canins qui ont embelli ma vie. Il est loulou de Poméranie, bouvier des Flandres, beagle et même corniaud pur jus. Il, ou plutôt Elle, est un melting-pot de couleurs, de sentiments, d’aventures, de domiciles, de jardins, de bons moments et surtout d’amitiés.

Mon conseil. – . Ici, la toile est de bonne dimensions. De plus elle traite d’un sujet précis, parfaitement identifiable. Mieux vaut donc, à moins d’être un champion de la planche à dessin, rester sobre pour croquer son 🐕. Peu importe l’exactitude et la précision, l’émotion s’est déjà emparée du tableau. -. A défaut d’un tracé précis, rester rigoureux quant au nombre et au choix des couleurs. Choisir de représenter un 🐕 implique, à minima, que le spectateur puisse le reconnaître comme tel dans un vaste catalogue de quadrupèdes.

50x70cm « Pinkie Daisy » (Galerie Bestiaire)

Mon métier ? Flibustier !

 »-. Les flibustiers m’exposèrent en particulier, et me vantèrent tout ce que leur état avait de propre à flatter mon inclinaison. – Ce qu’il y a de gracieux parmi nous, c’est que chacun est officier et ne travaille que pour lui. Nous sommes tous égaux, et notre capitaine n’a point d’autre privilège que de passer pour avoir seul deux voix dans les délibérations-.

Je dis  »passer », car pour dire les choses comme elles sont, il n’a qu’une voix comme les autres, ou plutôt il n’en a point du tout, puisque quand il s’agit de résoudre si l’on attaquera ou non, l’alternative n’est pas à son choix, et qu’il doit nécessairement opter pour l’attaque, afin de n’être jamais obligé de combattre contre son propre sentiment.

– . Vous nous avez vu les armes à la main, vous avez pu remarquer que nous avons le cœur au métier. Faut-il en découdre ? Nous nous y portons en braves gens. L’occasion nous manque-t-elle d’exercer notre valeur ? Rire, boire, jouer, voilà notre occupation. Avec nos bâtiments de six ou huit pièces de canon, nous en emportons quelquefois de cinquante pièces et de deux ou trois cents hommes d’équipage. Pourquoi cela ? C’est que sans cannoner nous allons tout d’un coup à l’abordage, et qu’alors un brave officier vaut mieux que dix soldats.’Lesage (Le flibustier Beauchêne)

Cosaques-sur-le-Don

 »-. Le village de Blagordornié est situé quelque part sur le Don, entouré de steppes et de forêts de bouleaux, de cerisaies et de forêts d’églantines. Il y a là quelques maisons, un chemin de terre battue, des jardinets entourés de haies et même une minuscule chapelle. Devant les maisons, les eaux paresseuses du Don, derrière elles la steppe infinie, et, tendu par dessus, le vaste ciel bleu… Ici auraient dû vivre des hommes capables de comprendre la signification du mot éternité.

Le contraire était advenu. Blagordornié avait déjà fait l’expérience de tant de choses périssables. Par trois fois incendié par les troupes du Tsar. Et reconstruit pour la quatrième fois, le village avait tant bien que mal survécu aux expéditions punitives du Tsar, vu exécuter ses hommes, ceux que l’on avait pu prendre, et entendu les serments de vengeance de ceux qui étaient revenus lorsque le danger s’était éloigné.

Pour le moment, la paix régnait. Les hommes qui fièrement s’appelaient eux-mêmes Cosaques avaient déplacé leurs razzias vers le Sud et pillaient les nomades venus de la mer d’Azov à la recherche de nouveaux pâturages. La nouvelle génération n’avait pas encore suffisamment grandi pour combler les rangs fortement éclaircis des hordes de cavaliers. Ceux qui avaient survécu aux guerres passées aspiraient à la paix. Un pillage de temps à autre, c’était une sorte d’exercice nécessaire afin de ne point s’encroûter en paysans immobilisés. Car c’était bien là le pire qui pût arriver à un vrai Cosaque. » Konsalik (Amour cosaque)

Le dogme des sous-hommes

 ».-. . Ce garçon, me semble-t-il, a parlé de la Terre… Une planète lointaine. Il tapota son embryon de nez du bout de son doigt, un doigt blanc et démesuré. Je le croirais presque si tu n’avais pas un physique de sous-homme, ce qui rend cette hypothèse absurde.

-. La Terre est le berceau des hommes, nous sommes des hommes véritables, toi tu es un monstre ! -. Qu’est-ce que cela veut dire ?Serait-ce le dogme d’un nouveau culte des sous-hommes ?Pour moi, cela ne fait pas la moindre différence.

. Explique nous, comment les hommes sont-ils arrivés sur Tschaï ? -. C’est une histoire bien connue, et sans aucun mystère. Le Grand Poisson a pondu un oeuf sur Sibol, son monde natal. L’oeuf a échoué sur la plage de Remura. L’une de ces moitiés roula sous la lumière du soleil et elle devint le Dirdir. L’autre était à l’ombre et donna naissance à l’Homme- Dirdir.

  • Intéressant. Mais qu’en est-il des Hommes- Chasch, et de moi même ? – . Les fugitifs, les criminels, les rebelles, les aberrations biologiques, qui trouvèrent asile dans les marais, se sont croisés pour donner les sous-hommes. Et voilà. -. Parle donc de la terre à cet imbécile, fais-lui toucher du doigt son ignorance ! » Jack Vance (Le Chasch)

Tirer partie de ses erreurs

Les séances de peinture ne sont pas toutes glorieuses, les erreurs n’étant pas réservées aux seuls élèves… Ce jour-là, poussée pour ne pas dire pressée par mon imagination, je traçai un oiseau. Je peins beaucoup d’oiseaux, dans l’ambiance, c’est un peu comme une routine colorée et jacassante. Je laisse aller ma ✋, et je fonctionne presque en automatisme, c’est créatif et relaxant.

Las ! Perdue dans mes pensées, bercée par un flot de musique, j’avais mal positionné mon volatile. Trop bas, décentré… il s’agit là d’une erreur fréquente, sournoise, mais réparable. Il ne me restait plus qu’à  »inventer » un décor qui camouflât ma bourde. Mon oiseau qui eût dû être isolé s’est retrouvé dans les feuilles d’un 🌲 dont, faute de place, j’ai supprimé les branches. Il m’a fallu également revoir mon code couleurs, après avoir introduit un vert, plus un deuxième, du plus bel effet, et en contrepartie retrancher une ou deux nuances des plumes de l’oiseau. Car modifier la composition remet en cause toute la cohérence du tableau. Là se trouve la seule réelle difficulté.

« Oiselle » (Galerie Pour faire le portrait d’un oiseau)

Mon conseil. -. Ne pas se précipiter pour effacer, détruire, écarter. Prendre plutôt du recul, au propre comme au figuré. -. Les débutants sont déconcertés lorsque leur toile dévoile une ou plusieurs erreurs. Pas de panique, le recours à un oeil extérieur débloque la situation et soumet des solutions. – Repérer ses erreurs en début de tableau permet de les réparer plus facilement. -A défaut de réparer, il est toujours loisible de mettre un coup de pinceau enduit de gesso sur la bourde, et de reprendre la main dès que c’est sec. -. Rester toujours cohérent avec ses harmonies, ses intentions, l’histoire que l’on se raconte. – La peinture reste un jeu, une plaisanterie que l’on prend au sérieux, un bon moment que l’on passe avec soi-même. L’humour et le sens de la mesure sont indispensables si l’on veut perdurer dans l’art difficile de la peinture…

Affaire Bardell contre Pickwick

 »- Monsieur, nous sommes chargés par Madame Martha Bardell de vous intenter une action contre rupture de promesse de mariage. La plaignante évalue ses dommages à quinze cents guinées et nous avons l’honneur de vous informer qu’une citation a été lancée contre vous devant la Cour des Commons. Nous aimerions connaître, par retour de courrier, le nom de votre avoué à Londres, chargé de suivre l’affaire. Nous sommes, Monsieur, vos dévoués serviteurs. Adressé à Monsieur Samuel Pickwick, Dodson et Fogg, avoués.

Le silence tomba sur les convives. -. C’est un complot ! C’est un infâme complot de ces deux horribles avoués. Madame Bardell toute seule n’aurait jamais pensé faire cela… Elle n’en aurait pas eu l’idée, ni le droit d’ailleurs. C’est ridicule, absolument ridicule. -. Pour ce qui est du cœur de la dame Bardell, vous en êtes seul juge… Mais pour ce qui est du droit, par contre, permettez-moi de vous rappeler que Dodson et Fogg sont redoutables en ce domaine ! » Charles Dickens( Les aventures de Mr Pickwick)

 » Le plus beau jour de sa vie » Dimensions 50x60cm

Transes

 »-. La salle de séjour de sa grand-mère était encombrée d’objets et sombre, encore plus sombre que d’habitude avec ce ciel mordoré. Le papier peint était dans les tons marron et écarlate, les meubles massifs et les fauteuils surchargés de glands, de franges, de coussins brodés et de têtières. La cheminée à l’ancienne mode ne servait plus à faire du feu depuis longtemps. Elle avait été transformée en autel, où s’entassaient des figurines de plâtre de Jésus et de Marie et des statuettes dorées d’anges aux yeux éteints. Il y avait aussi des chapelets de perles en carton pâte aux couleurs vives, des coiffures faites de plumes de poulet et des entrelacs compliqués de clous, de fils de fer et de morceaux de verre.

De part et d’autre de la cheminée étaient punaisés des dizaines de cartes postales et de photos de proches. Il y avait également des peintures aux couleurs criardes, de visages démoniaques en bleu et vert, aux lèvres tachetées d’écarlate. Des démons d’Haïti et de la Dominique, des zombies effrayants surgis des bayous et des loups-garous au rictus cruel venus des marécages et des quartiers hispaniques.

Grand-mère avait pris place dans son fauteuil préféré, un petit insecte-brindille grisâtre dans une longue robe grise, aux cheveux argentés coiffés en arrière et maintenus avec des peignes ornés de coquillages, de perles et de petits bouts de ficelle. Elle n’avait que soixante-douze ans, mais elle avait toujours beaucoup fumé et elle prenait périodiquement quelque chose qu’elle appelait la  »boisson de la vision » afin de se plonger dans des transes hallucinogènes. On n’avait jamais su de quoi se composait exactement la  »boisson de la vision », mais on avait entendu dire que des prêtres de la Dominique buvaient une infusion de yage et de cendres humaines afin de parler à leurs ancêtres.’‘ Graham Masterson (L’ombre du Manitou)

Sous les jupons du Moulin- Rouge

 »-. Le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, habitué du célèbre cabaret  »Moulin-Rouge », n’est alors qu’un personnage pittoresque parmi beaucoup d’autres.

50x60cm Bleu, Blanc Moulin Rouge, Vendu

Il est là, tous les soirs ou presque. Il commande une absinthe puis sort une feuille de papier et des fusains. Les danseuses le considèrent comme leur spectateur fétiche. Elles adorent s’approcher de lui et le frôler. Quand l’écume de leurs jupons vient s’écraser sur son visage, il jubile. La Goulue, avant ou après le spectacle, se précipite vers lui et l’embrasse sur ce qu’elle appelle ses lèvres en rebord de baignoire.

Le peintre, totalement inconnu du public, multiplie les esquisses et les toiles la représentant en train de danser. Un soir, elle se rend dans l’atelier de l’artiste et découvre un croquis où est elle figure en pied. Elle s’exclame alors, avec une gouaille qui n’appartient qu’à elle : -Mon petit bonhomme, vous êtes merveilleux car vous me grandissez. Quand je vois mon cul dans vos peintures, qu’est-ce que vous voulez, je le trouve presque beau !’‘ Jacques Pessis (Fier d’être parisien)