Balade dominicale

« C’était une auto magnifique, elle tenait la route comme un bateau tient la mer, les courbes à grand rayon étaient son repos et son chant. Ah, mon pote, quel bateau de rêve, soupira Dean. Imagine si toi et moi avions une auto comme ça, ce que nous pourrons faire ! Sais-tu qu’il y a une route qui descend jusqu’à Mexico tout au long jusqu’à Panama, et peut-être tout du long jusqu’au bout de l’Amérique du Sud, là où les Indiens ont sept pied de haut et mangent de la cocaïne au flanc de la montagne ? Oui, toi et moi, on savourerait le monde entier avec une voiture comme ça. » Jean Louis Le Brice de Kerouak, aliais Jack Kerouac (1922-1969), Sur la route, roman autobiographique écrit en 1957

 »La teuf -teuf qui courait la campagne » … Mais bien sûr, c’était avant… restez chez vous  !

Au bord de l’eau

« S’asseoir tous deux au bord d’un flot qui passe, Le voir passer. Tous deux, s’il glisse un nuage en l’espace, Le voir glisser. A l’horizon, s’il fume un toit de chaume, Le voir fumer. Aux alentours, si quelque fleur embaume, S’en embaumer.

Si quelque fruit, où les abeilles goûtent, tente, Y goûter. Si quelque oiseau, dans les bois qui l’écoutent, chante, L’écouter. Entendre au pied du saule où l’eau murmure, L’eau murmurer. Ne pas sentir, tant que ce rêve dure, Le temps durer.

Mais n’apportant de passion profonde qu’à s’adorer, Sans nul souci des querelles du monde, Les ignorer. Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse, Sans se lasser,  Sentir l’amour, devant tout ce qui passe, Ne point passer ! » René-François Sully-Prud’Homme 1839-1907

60 x80 cm  »Au fil de l’eau », collection privée

Cornes de bouc !

 »A l’aide de suif et d’étoupe il préparait fébrilement des mèches qu’il introduisait ensuite dans une sorte de lanterne vitrée sur un côté. Puis, quand le vent de l’ouest commençait à siffler sa danse barbare sur le gigantesque jeu d’orgueil formé par les trous des falaises et que la nuit frappait l’estuaire, Cadet allait détacher son bouc.

Celui-ci déjà piaffait d’impatience. Le jaune de ses yeux virait comme une flamme au jaune-orangé. En un tour de main, Cadet fixait deux lanternes aux cornes du bouc…puis il lâchait l’animal… . Animal ! Qui sait ? Celui-ci partait au galop arpenter le sommet de la falaise.

Au milieu de l’estuaire, sur les vagues à présent déchaînées, les frêles embarcations des pêcheurs qui n’avaient pu rejoindre le port d’attache à temps, ou bien tout simplement les navigateurs égarés, découvraient ces petites lueurs sautillantes comme autant de lueurs d’espoir. Ces phares minuscules devenaient leur  »étoile du berger  ». Enfin un abri salvateur que leur signalait un gardien de port consciencieux ! Mettant le cap vers les diaboliques petites étoiles, barques ou navires venaient se fracasser sur les rochers où le bouc de Cadet les entraînait sans coup férir.

Il ne restait plus à Cadet  »le naufrageur » qu’à rappeler son bouc une fois sa sinistre besogne terminée et, tel un vautour, aller piller les épaves accrochées aux rochers ou abandonnées sur le sable des plages… » Pierre Dumousseau (Cadet le Naufrageur)

40x40cm Dolly
50x50cm « Dolly (Galerie Bestiaire)

Samedi soir, c’est tapas chez nos voisins catalans

J’aime, pour des raisons personnelles, le port de Cadaquès, village catalan que Salvador Dali rendit célèbre. Je vous y invite à déguster, attablé en bonne compagnie dans un bar animé en front de mer, une assiette de tapas arrosée -avec modération bien sûr- d’un verre de bon vin de pays …

60 x 60 cm  »Bons baisers de Cadaquès », collection privée

Monsieur, dessine-moi un mouton…

 »Le premier soir, je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait : -. S’il vous plaît, dessine-moi un mouton. -. Hein ? -. Dessine-moi un mouton…-  J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement.  »Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince)

Fréhel, vu du large…

Les flèches de ton phare, Fréhel, sont trop loin pour m’atteindre. Je hurle au vent. Fréhel, tu peux faire briller tes lanternes ! Que m’importe tes flashs ! Transitaire enfin dans les déferlantes, je suis ! Je passe les caps sur le tranchant des vagues. -. Je danse, je plane, avec ma cargaison d’âmes…-

Les autres autour de moi… Et le vent, le vent qui geint comme une bête à l’agonie. Emporte -moi ! Plus loin, plus vite. Pas d’étoiles dans le ciel, seule la nuit écrasée par les trombes d’eau et la brume… La brume qui fait naître les spectres. – Venez ! Pauvres pêcheurs, venez ! En route pour le grand voyage ! Et vous qui regardez, écoutez-moi : -. Accourez, veuves, voici vos maris, voyez vos orphelins, voici vos pères. Entendez-les, leurs murmures et leurs prières. – Calme plat. Silence sur l’océan.

Enfin le scintillement des étoiles au ciel. Clignotements verts, rouges, bleus. Polychrome de la voûte. Et je vogue au-dessus des flots. Les noyés s’accrochent à la coque du navire, se laissant traîner comme des leurres. Avec de grands sourires pleins de dents. Et des orbites vides.

On a passé Fréhel. -. Je suis le dernier mort de l’année, capitaine de vaisseau vers le large. A moi, mes hommes ! – Lumière blanche. » Denis Flageul (Fantôme de mer)

Ruines

 »Avec une joie craintive, je m’attendais à voir une imposante résidence, ce fut une ruine noircie qui s’offrit à mes yeux.

Il n’était pas besoin de se tapir derrière un pilier, vraiment ! De jeter un coup d’oeil furtif sur les fenêtres à petits carreaux, craignant de découvrir derrière elles des manifestations de vie. Il n’était pas besoin de prêter l’oreille pour entendre les portes s’ouvrir, pour imaginer un bruit de pas sur la terrasse, ou sur l’allée sablée ! La pelouse, le parc, étaient piétinés, dévastés, le portail d’entrée n’était qu’un trou béant. La façade n’était plus, comme je l’avais vue une fois en rêve, qu’un pan de mur très haut, mince comme une coquille, d’aspect très fragile, troué de fenêtres sans vitres. Plus de toit, plus de créneaux, plus de cheminées, tout s’était effondré.

Partout régnait un silence de mort, partout la solitude, la désolation d’un désert. Rien d’étonnant à ce que les lettres adressées en ce lieu fussent restées sans réponse. Autant envoyer des épîtres dans un tombeau d’une nef d’église. La sinistre noirceur des pierres révélait quel avait été le sort du manoir, dont la destruction provenait d’un incendie. Quelle était l’histoire de ce désastre ? La maçonnerie, les marbres, les boiseries, étaient-ce là les seules pertes qu’il avait entraînées ? Avec le manoir, des vies humaines y avaient-elles sombré? Et, dans ce cas, lesquelles? Angoissante question à laquelle personne, ici, ne pouvait répondre, nul signe, nul témoignage, fussent-ils muets. » Jane Eyre (Charlotte Brontë)

30x40cm Chateau en ecosse

Occuper le terrain…et le tableau

Erreur de débutante... Mon élève, oubliant les consignes, a badigeonné sa toile d’une couche de fond trop foncée. La peinture acrylique ayant tendance à s’assombrir au séchage, le résultat n’est pas très heureux … Que faire?

-. Rassurer ma débutante. D’erreurs patentes, souvent, découlent des oeuvres réussies. Car il faut savoir se creuser la tête, et quitter le conformisme ambiant.

-. En l’état, je conseille à mon apprentie d’utiliser la quasi-totalité de la surface pour cadrer son dessin, une fleur en l’occurrence. Elle partira de la teinte initiale du tableau pour harmoniser un motif géant, quitte à revoir sa palette. C’est là une excellente occasion de se remettre en question, et de ne jamais tenir rien pour acquis, surtout dans un domaine artistique.

-. Le peu de surface restant, représentant le décor, sera éclairci au pinceau éventail, ou selon la technique du pointillisme, ou du collage, pour les plus hardi(e)s.

60 x60 cm  »La Fleur  », vendu (Galerie Dites-le avec des fleurs) -Un de mes tableaux préférés… Ni vu, ni connu, je t’embrouille…

Dé-confinement, ou dé-convenue ?

Nous apprenons, de la bouche même de notre exécutif que, s’il ne fût pas si facile de nous confiner, le plus dur reste à venir. Nous sortirions -j’emploie sciemment le conditionnel- par régions, par tranches d’âge, par utilité pour la collectivité et la vie économique. Dont acte…

Pourquoi ai-je le sentiment d’une belle embrouille ? Masquée ou démasquée ? Testée ou détestée ? Asphyxiée ou ventilée ? Car je coche toutes les cases : troisième âge, habitant une région relativement épargnée par la contagion, mais pas par le désert médical… Le plus grand danger du dé-confinement, ne serait -il pas le confinement lui-même ? Bien sûr, c’est une boutade, restez chez vous … et gardez le sens de l’humour pour la suite des événements!

Florence nocturne, paillarde et élégante

 »Malgré l’heure tardive, les rues étaient en fête, une fête en l’honneur du mariage de Ludovic le More, duc de Milan. Florence jubilait de sa modernité, flamboyait de son indépendance, exultait de sa liberté par tous ses ports. Maîtresse de l’Arno qui coulait en son sein, elle était joyau d’Italie, ouverte aux quatre vents de la création, de l’invention, de l’ambition et du pognon !

La piazza della signora, que nous pourrions habilement traduire par la place de la dame, et qui montre combien la femme était vénérée en ces temps d’émancipation intellectuelle, était pleine à craquer. Costumes chatoyants, foule hilare, cracheurs de sabre, danseurs de feu, avaleurs de cordes, joie lubrique dans les coins d’ombre et magnificence des sens dans la capitale du grand Laurent, du beau Laurent ! Laurent de Médicis, grande famille italienne avec ancêtres blasonnés et descendants à venir, du beau descendant, de la descendance d’élite…. un beau pedrigree !

Du haut de son balcon à frises florentines du palais Vecchio, aux côtés d’une courtisane frisée à balconnet florentin, l’homme d’état contemplait son heureuse population toute à sa liesse. Il ignorait, ce bon dictateur, cet actionnaire des joies de la Renaissance, cet amoureux des arts, des lettres et des pinceaux, ce défenseur du beau, il ignorait le laid et le sordide, l’ abject et le sale. Car il était naïf comme beaucoup de dirigeants qui vivent sur les balcons, trop loin du sol pour voir ce qui s’y passe. » Gordon Zola (The Dada deVinci Code)