L’amant, la courtisane… et le galant

 »-. L’autre 🌃, donc, le comte Bjornberg s’introduisit en grand mystère chez la Vauberger, elle le reçut galamment. Le baron de Verteuil, avisé de la présence du miché, comme disent les femmes de ce monde-. Réellement, elles le disent ?-. Le langage des courtisanes vous surprend, peut-être, mais il est pittoresque et savoureux, vous le goûterez comme moi, lorsque vous serez au fait de leurs usages. Le baron, disais-je, entra dans la chambre où se consommait son déshonneur et mena grand tapage. La Vauberger simulait une pâmoison, quant au Suédois, fort déconfit et en chemise, il crut trouver son salut dans la fuite. Mais Verteuil, tout brûlant d’un faux courroux, le pourchassa à grand scandale, jusque dans la rue. Le guet faillit même intervenir, hors de propos.

Projet Viens chez moi, j’habite chez une copine

On dit que Verteuil retourna tout aussitôt chez la Vauberger. Le plus beau de l’histoire est que le comte Bjornberg, croyant avoir brisé la carrière de la Vauberger, est revenu le lendemain, tout penaud, lui faire des excuses. Et s’est offert à remplacer l’amant qu’elle aurait perdu, par sa faute, pensait-il. Il lui meuble présentement un petit hôtel, proche de la barrière du Roule, et l’on dit que celui-ci surpasse en splendeur le temple d’amour de la Guimard. -. Holà, les flacons sont vides ! Fais-nous porter du vin de 🍾 !-. On croit que le Suédois a du répondant, mais la Vauberger a la dent longue. Il ne se passera pas six mois qu’elle ne l’ait mis à sec. En attendant des temps meilleurs, le baron de Verteuil n’a rien trouvé de mieux que de se consoler… avec sa femme.- » André Rigaud (L’étrange voyage de Teddy Hubbarth)

Le toréador a-t-il peur du ♉ ?

 »-. Tout le monde a peur. Mais un torero sait maîtriser sa peur, de façon à pouvoir travailler le ♉. J’ai été dans une course d’amateurs, et j’avais tellement peur que je courais sans pouvoir m’arrêter. Tout le monde trouvait ça très drôle. Toi aussi, tu aurais peur. S’il n’y avait pas la peur, tous les cireurs de chaussures d’Espagne deviendraient toréadors. Toi, un campagnard, tu aurais plus peur que moi. -. Non-.

40x40cm « Olé ! »

Il l’avait fait trop souvent en imagination. Il avait trop de fois vu les cornes, vu les naseaux humides du ♉, l’oreille frémir, puis la tête s’abaisser et la charge, le claquement mat des sabots, et le taureau fumant passant contre lui, pendant qu’il faisait tournoyer la cape, fonçant dans une nouvelle charge alors qu’il lançait de nouveau la cape. Le ♉, immobile, hypnotisé, et la foule éclatant en applaudissements. Non. Il n’aurait pas peur. Même s’il lui arrivait d’avoir peur, il savait qu’il pourrait le faire, de toute manière. Il était sûr de lui. -. J’aurais pas peur-. Écoute, tu penses au ♉, mais tu ne penses pas aux cornes. Le ♉ a tellement de force que les cornes déchirent comme un 🗡️, transpercent comme une baïonnette et tuent comme une massue.  » Ernest Hemingway (La capitale du monde )

Montre-moi ta palette… je te dirai quel peintre tu es

C’est une constante, qui ne se dément pas après des années d’enseignement artistique. Et qui m’étonnera toujours. La palette du débutant regorge, pour ne pas dire dégorge, de couleurs et surtout de matière. Ce qui tourne au gaspillage systématique, l’abondance y étant d’ailleurs, le plus souvent, moins présente sur sa toile. Disons-le, le débutant a tendance à faire toile pauvre et palette débordante, plutôt que le contraire, qui s’inscrirait pourtant davantage dans un schéma artistique… Idem pour les fournitures, dont on se rend vite compte, avec un peu d’expérience, que leur emploi se limite à ses quelques pinceaux préférés. Et que l’on utilise souvent les mêmes teintes, en mélange ou pas.

Peinture en plein air, au bord de l’eau, dans un pré ami. Chapeau de ☀️, bouteille d’eau, un mini-chevalet pliant et quelques godets, mais pas de palette… Tout tient dans un sac à provisions !

-. Et toi, dis-moi, Christine, montre-moi donc ta palette ?-. Je n’en utilise pas. Sauf exception, bien sûr, pour confirmer la règle. Travaillant avec une matière épaisse, et sachant que l’acrylique ne supporte que deux mélanges sauf à tourner gris et triste -je conserve lesdits mélanges dans de petits contenants -, je trempe directement mon pinceau ou mon 🔪 dans le pot ou le godet. Pratique, propre, économique !

Au bord de l’eau, à deux c’est plus rigolo, avec le même équipement minimaliste, et toujours pas de palette ! Ce plan d’eau se situe à cent mètres de mon domicile, quelle aubaine pour un peintre !

Mon conseil. -. Tu n’as pas suivi mes consignes ? Tu feras mieux la prochaine fois… Pour éviter le gaspillage, racle donc le surplus de ta palette avec une brosse, et enduis-en une toile vierge, ce qui te fera un fond prêt à l’emploi pour la prochaine séance de L’Atelier du Jeudi. Ledit fond est grisâtre ? C’est normal, avec toutes ces couleurs mixées, mais ce n’est pas bien grave, tu feras jouer ton imagination pour la suite du programme… qui est de donner vie à ton tableau. Inutile de t’acharner sur ta palette pour la nettoyer de fond en comble, les reliefs de peinture acrylique, une fois secs, forment une pellicule qui s’ôte aisément de la pointe du 🔪…

Meretrix

 »-. Au bout de la chaîne jappe la Putain du Reniement, la Meretrix Apostasiae. De son sexe béant s’écoulent les torrents sulfureux qui enfument et obscurcissent la terre entière. Les renégats entrent et sortent, à tâtons. Une béance les happe, l’autre les expulse. Engloutis, les voilà aussitôt vomis ou pissés, et entre deux caresses, deux baisers, à nouveau happés. Et ainsi jusqu’à la fin des temps. Ici la machine à fabriquer des corps ronfle et s’emballe, se nourrit de sa progéniture. La Meretrix Apostasiae boucle en son ventre le grand cercle de la peur, et scelle l’exclusion du mâle.

Projet nativité

À l’autre extrémité de la chaîne, c’est Marie qui s’élance dans la lumière stellaire. Le drapé bleu de sa 👗 se bombe doucement sous la poussée des seins gonflés de lait. Quel prédicateur ne divulgua, au milieu d’un sermon, à décrire aux fidèles ce corps permis –le seul à avoir conçu sans que le sperme l’empoissât-, le seul à échapper à la malédiction du pourrissement ? S’il fut donné à Catherine de Sienne de lécher le sang du Sauveur à même ses plaies, saint Bernard, lui, connut la grâce suprême de boire au sein de Marie le lait dont fut nourri le Christ. Qui ne rêva pareil ravissement ? » Christiane Singer (La mort viennoise)

Le bain à la chinoise

 »-. Chong, qu’une servante tenait par la ✋, descendit à la salle d’eau. Le parquet mouillé était glissant, les murs en bambou suintaient. L’eau qui chauffait au-dessus de l’âtre se déversait, par un conduit de céramique, dans un grand bac circulaire en bois. L’endroit était si embué que Chong, pudiquement, la tête baissée, finit par abaisser les ✋ dont elle couvrait ses seins. La servante plongea les doigts à l’intérieur du bac, puis coupa l’arrivée d’eau en enfonçant un coin dans le conduit. La vieille servante versa le contenu d’un petit flacon dans la baignoire. Aussitôt, une forte odeur de jasmin prit Chong à la gorge.

40x40cm  »Petits matins dans la salle de bains  », galerie La meilleure façon d’habiter

Les deux femmes la saisirent chacune par un bras pour l’aider à s’immerger dans l’eau. -. Apporte-moi de l’alcool de riz-. Chong resta accroupie, les genoux relevés. La vieille dame vida la bouteille d’alcool dans le bain. Elle plongea ensuite ses deux bras pour bien brasser l’eau qu’elle fit tournoyer autour de Chong. La jeune fille sentit ses jambes se détendre. Elle releva la tête, appuya sa nuque contre le bord du bac. Le visage tourné vers le plafond, elle ferma les yeux. Il lui semblait que son corps tout entier s’enfonçait doucement, lentement, comme un drap tombé dans un étang. Ses lèvres s’entrouvrirent, des perles de sueur ruisselaient de son front, de ses cheveux. Combien de temps s’était-elle assoupie ? » Hwang Sok Yong (Shim Chong, fille vendue)

Mon héroïne

 »-. Je n’ai pas besoin, s’est dit le poète, que mon héroïne soit une héroïne. Pourvu qu’elle soit suffisamment jolie, qu’elle ait des nerfs, de l’ambition, une aspiration irrefrenable vers un monde supérieur, elle sera intéressante. Le tour de force, d’ailleurs, sera plus noble, et notre pécheresse aura au moins ce mérite, comparativement fort rare, de se distinguer de ces fastueuses bavardes de l’époque qui nous a précédés.

50x60cm  »La blonde que voilà  », galerie Femmes, Femmes, Femmes

Je n’ai pas besoin de me préoccuper du style, de l’arrangement pittoresque, de la description des milieux. Je possède toutes ces qualités à une puissance surabondante. Je marcherai appuyé sur l’analyse et la logique, et je prouverai ainsi que tous les sujets sont indifféremment bons ou mauvais, selon la manière dont ils sont traités, et que les plus vulgaires peuvent devenir les meilleurs-. Il ne restait plus à l’auteur, pour accomplir le tour de force dans son entier, que de se dépouiller, autant que possible, de son sexe, et de se faire femme… » Charles Baudelaire (L’Art romantique)

Recycler… sinon, rien !

L’idée, c’est de désencombrer mon atelier de peinture, qui possède une fâcheuse tendance à entasser tout ce qu’il trouve, tout ce qu’on lui donne, tout ce qu’il juge utile de conserver pour plus tard, on ne sait jamais… Tiens, par exemple -heureusement, elles se stockent à plat dans un bas de placard- ces dalles en plastique, rescapées d’une rénovation de sol je ne sais quand, je ne sais où, je ne sais par qui. Je vais tester l’une d’entre elles pour en faire un quadriptyque, car, toute moche qu’elle soit, elle possède les dimensions requises, à savoir 60x60cm.

Justement, je possède également, tout juste exécutées lors d’échappées estivales en plein air pinceau en ✋, quatre petites toiles, dimensions 30x30cm, sur le thème bord de rivière. Deux furent peintes dans le pré à Jackie, les deux autres un peu plus loin, près de chez moi, ce sont donc deux sites différents desservis par la même rivière, auxquels j’ai tenté de donner une unité. Fenêtre grande ouverte, j’essaie de les coller sur le support ci-dessus indiqué, avec une colle multi-usages, bien entendu, c’est l’échec complet. Mon plan B, c’est la colle néoprène, pas vraiment facile à gérer, mais qui toutefois vient à bout de mon projet. Ouf. Sauvée !

Quadriptyque 60×60 cm  »Au bord de l’eau  », galerie Les clins d’œil de dame nature

Mon conseil. -. Fiancer, et plus si affinités, de petites toiles sur un support bricolé du genre carton fort, vieux tableau inexploitable, ou tout autre idée de recyclage, pourquoi pas ? Attention toutefois à donner audit quadriptyque un fil d’Ariane, que ce soit par le thème, ou la couleur, ou la technique, ou même l’intention. –Juxtaposer quatre éléments, c’est facile sur le plan technique. C’est un peu plus compliqué sur le plan artistique, il faut mettre en synergie l’ambiance, l’histoire que l’on se raconte, la pertinence de l’assemblage. C’est un travail ingrat, car l’on n’est pas assuré du résultat. Ça biche… Ou ça ne biche pas !

L’épidémie de petite vérole

 »-. Cette épidémie de petite vérole, qu’avez-vous fait pour l’enrayer ? Vous n’êtes qu’un incapable ! Puis-je vous rappeler qu’en cas d’épidémie, les malades doivent être isolés ? Cela s’apprend dans toutes les facultés du monde-. J’ai bien tenté de regrouper les malades, dans des lits séparés, au couvent des Ursulines. Ils sont trop nombreux et refusent pour la plupart de quitter leur famille. Ce qu’il nous faudrait, c’est un hôpital. Les Ursulines sont très dévouées, mais elles sont débordées-. Je devrais vous renvoyer, si nous n’avions pas encore besoin de vous. Dix enfants sont morts en une semaine, et je ne parle pas des nègres, qui sont les premiers à succomber à cette épidémie. Il faut la juguler au plus tôt et vous m’y aiderez !-

Projet La minute 🦋, Les ambulances Papillon

La petite vérole n’avait pas épargné la demeure des Pradelle, pas plus que quelques autres de la rue Dauphine. Un matin, la petite Jeanne- Henriette s’était réveillée avec la fièvre. La fillette présentait tous les symptômes de la maladie. -. Des vesicatoires, des saignées, une potion émétisée et purgativeIl n’y a rien d’autre à faire-. Trois semaines avaient passé depuis le début de la maladie, quand le praticien proclama avec un air de triomphe que la fillette avait passé à travers les mailles du filet. Les croûtes s’étaient détachées, mais non sans laisser de traces. – Mon Dieu, je crains qu’elle ne trouve jamais à se marier…-  » Michel Peyramaure (Louisiana)

La version qui finit bien

 »-. Il y eut un brouhaha d’agitation et de raclements de gorge avant que l’orchestre attaque la première note. -. À votre avis, comment ça va finir ? La fin, heureuse, ou tragique ?-. Je restais muette une seconde, avant de comprendre qu’elle parlait du ballet. Le Lac des Cygnes avait deux versions aux dénouements différents. Dans l’une, le prince parvenait à rompre le sortilège du méchant magicien et à sauver la princesse cygne. Dans l’autre, il n’y arrivait pas, et les deux amants ne pouvaient se retrouver que dans la mort. Je serrai le poing si fort que je m’enfonçai les ongles dans la chair jusqu’au sang.

Dimensions 40x50cm  »Ballet », vendu, galerie Z ‘Artistes

Le rideau s’ouvrit, révélant six trompettes en cape rouge. Des ballerines en 👗 de fête affluèrent sur la scène au bras d’hommes déguisés en chasseurs, le prince Siegfried bondissant après elle. –Voilà la Russie-, songeai-je. Je baissai la tête pour observer Lily, ses petits yeux brillaient dans l’obscurité. Elle vivait dans un pays libre. Elle pouvait faire tout ce qu’elle voulait. -. Quand tu seras grande, tu pourras faire de la danse, du 🎹, du dessin, tout ce qui te fait plaisir -. J’avais envie de lui donner tout ce dont j’avais manqué. Mais, par-dessus tout, j’avais envie de lui donner une grand-mère… Les larmes ruisselaient sur mes joues. -. C’est la version qui finit bien, c’est ça ?-‘Belinda Alexandra (Le Gardénia Blanc)

Le chemin des Dames

 »-. La guerre l’enthousiasmait. Il avait peur qu’elle finit avant qu’il eût atteint ses dix-huit ans. Lui qui, autrefois, n’ouvrait jamais un 💷, il dévorait les ouvrages spéciaux, étudiait les cartes. Il développait son corps avec méthode. À seize ans, c’était déjà un homme, un homme dur. En voilà un qui ne s’attendrissait pas sur les blessés ni sur les morts ! Des récits les plus noirs que je lui faisais lire touchant la vie aux tranchées, il tirait l’image d’un sport terrible et magnifique auquel on n’aurait pas toujours le droit de jouer. Il fallait se hâter. Ah ! Qu’il avait peur d’arriver trop tard ! Il avait déjà dans la poche l’autorisation de son imbécile de père.

Projet 🎏 d’avril, le 🐟-combattant

Et moi, à mesure que se rapprochait le fatal anniversaire de janvier 1918, je suivais en frémissant la carrière du vieux Clemenceau, je la surveillais, pareil à ces parents de prisonniers qui guettaient la chute de Robespierre, et qui espéraient que le tyran tomberait avant que leur fils passât en jugement. -. Ce pauvre petit, ce serait bien triste évidemment, mais lui, du moins, ne laisserait personne derrière lui…-. Je reconnais qu’il n’y a rien de scandaleux dans ces paroles. Luc, lui, n’a pas eu de tombe. Il a disparu, c’est un disparu. Je garde dans mon portefeuille la seule carte qu’il ait eu le temps de m’adresser. -. Tout va bien. Reçu envoi. Tendresses -. Il y a écrit Tendresses. J’ai tout de même obtenu ce mot de ce pauvre enfant. » François Mauriac (Le nœud de vipères)