Halte ! C’est privé !

 »-. S’il te plaît, ne fouille pas par-là. J’y mets en pénitence plus ou moins prolongée mes tableaux en cours, mes inachevés, mes laissés pour compte, mes  »en mal d’inspiration’‘. -. Pourtant, Christine, ce sont ceux-là qui m’intéressent !-. Oui, certes… mais c’est non !-. Pourquoi ?-. Parce que…

Mon atelier est personnel, mais volontiers ouvert à mes clients, ma famille, quelques intimes. Cette amie très chère, par ailleurs une de mes élèves, aime bien y fouiller, pour se tenir au courant de mes expériences picturales, donner son avis, distribuer des bons ou mauvais points. C’est justement cette démarche qui me gêne, l’oeuvre en cours n’est pas visitable et encore moins critiquable, pour ne pas couper mon élan créatif. Certes, je peins en public, en extérieur, en démonstration, en atelier, mais je n’y produis alors que des oeuvres à mes yeux mineures, sans risque ni grande implication, je m’amuse tout en travaillant sérieusement. Les oeuvres plus abouties, plus réfléchies, souvent moins abordables par le grand public, c’est un concept intimiste, introverti. Peut-être l’oeuvre sera-t-elle finalisée, peut-être sera-t-elle modifiée, peut-être sera-t-elle même effacée, oubliée ou refaite. Tant qu’elle n’a pas pris corps, et surtout âme, stop, on ne visite pas ! -. Dis, Christine, je suis en pénitence ?. Non. C’est mon travail en cours qui l’est...-

Un petit geste valant mieux qu’un grand discours, j’ai condamné d’un rideau en dentelles mon « coin sale », avec lavabo, petit fouillis et grand bazar, et surtout toiles en pénitence… Cest privé ! Et j’en ai profité pour juponner mon lave-linge, dont la fonction triviale contrecarrait mes élans créatifs… Sinon, bienvenue dans mon atelier !-

Mon conseil. -. Il est bon de se garder des jardins secrets, même si par ailleurs on pratique avec assiduité le partage, l’échange, le conseil et même l’enseignement. -. -C’est privé !– voilà un terme qui, de plus en plus, a du mal à être accepté dans notre société, tant on se doit de tout publier au grand jour. Eh bien non, quelques domaines restent de l’ordre de l’intime. Comme par exemple, celui de PEINDRE.

Un chemin tracé de cailloux blancs

 »-. Je crois pourtant qu’il est des êtres, dès la première enfance, fascinés par le Verbe écrit, et très tôt doués d’une faculté de dédoublement qui fait qu’ils se regardèrent vivre. Sujets à mémoire précoce, observateurs, avides de s’emparer de tout. Le mémorisateur est bien Petit Poucet qui jette des cailloux sur la route pour pouvoir retrouver son chemin. Il ne s’avance pas dans les bois en courant, en cueillant des fraises, comme ses frères simplement heureux de vivre. Eux ne sont conscients d’aucun danger. Et lui, Dieu sait pourquoi, sent qu’il est nécessaire de retrouver le chemin de la 🏡 paternelle. Il a besoin de sécurité, d’un sol solide sous ses pieds, de points de repère.

Il est celui qui est frappé par la beauté d’un objet, d’un visage, tombe en arrêt, un instant et cela suffit pour créer la distance. Le dédoublement. Il ne possède que ce dont il s’est emparé au moyen de l’image consciente. Il ne pourra vivre qu’en devenant lui-même un créateur d’images. Il ne perdra jamais son enfance, il en sait trop long, il a gardé pour la vie la vulnérabilité, l’ubiquité, la démesure de la première enfance. Il lui faudra trouver les moyens de les adapter à une conscience adulte.’‘ Zoé Oldenburg

L’omelette aux truffes

 »-. Un des 💷 posés sur la table attira son regard, La Truffe, les mystères du diamant noir. Il feuilleta l’ouvrage, il y avait des photographies de chiens creusant la terre, de ✋ crasseuses tenant des truffes. Et, au début d’un chapitre intitulé Escroqueries sur la truffe, plusieurs feuilles de papier couvertes de notes, et de chiffres… On ne peut vivre un certain temps en France sans se rendre compte de la vénération que l’on accorde à ces champignons au parfum puissant. Ils sont les joyaux noirs et contrefaits de la 👑 gastronomique. Leur cours figure dans les journaux. Dans les bars et restaurants, on discute de leur qualité, qui varie d’année en année. D’ailleurs, on avait déjà vu à l’église paroissiale Saint-Martin célébrer une messe pour fêter une saison particulièrement bonne. Autrement dit, les truffes sont quasiment des objets sacrés, et s’y ajoute le prestige de coûter des sommes extravagantes.

47x53cm « Petit traité de cuisine selon Momo », vendu, galerie La meilleure façon d’habiter

Il avait passé jadis une journée de janvier, d’un froid mordant, sur les pentes du mont Ventoux en compagnie de l’oncle Bertrand, qui avait pour occupation hivernale le braconnage des truffes. Tout le village était au courant, mais les gens gardaient le silence, soudoyés par une judicieuse distribution du butin. Il opérait avec une 🐕 teckel musclée et basse sur pattes, l’homme accroupi sondant prudemment le sol avec son pic à truffes, le 🐕 regardant la scène. Ç’avait été une bonne journée, qui s’était terminée dans la cuisine de Bertrand, avec la meilleure omelette qu’il eût jamais dégustée. » Peter Mayle (Le Diamant Noir)

Le club de l’oeillet vert

 »-. Le cliché avait été pris à l’occasion, précisait le texte, des fiançailles de Lady Beresford-Planfoy avec le capitaine Andrew Sweetham, des HorseGuards. -. L’élu est donc le vaillant moustachu qui préfère aux femmes les chevaux ? -. Plutôt… les jockeys. -. Tiens !-. Ce gentilhomme appartient à ce que les amis d’Oscar Wilde appelaient autrefois le club de l’oeillet vert. Ce n’est pas médire. On l’appelle Andy the Sweet, car il est vraiment très gentil. Ce sera pour Laurence un époux excellent, ni gênant, ni jaloux. -. Ainsi, elle finira Comtesse. Mais pour la bagatelle… pauvre Laurence !-

30x40cm « L’oeillet-Roi« , galerie Dites-le-avec des fleurs

. Oh, cher ami, elle n’a pas l’intention de vivre comme une nonne. Elle compte beaucoup voyager et s’amuser. Avec la fortune dont elle dispose, pensez donc ! D’ailleurs, je suis en train de faire réarmer le ⛵ de feu Lord Peter. Sitôt le 💒 célébré, nous partons pour une croisière autour du monde. C’est-à-dire que Sweetham nous quittera dès la première escale, pour son service à Buckingham… Laurence continuera seule avec sa mère… et moi. Elle m’a d’ailleurs demandé de consacrer toute mon activité à ses affaires. J’ai de quoi m’occuper. -. Eh bien, bravo, dites à Laurence tous mes souhaits de bonheur. Et souvenez-vous que même un Anglais membre du club de l’oeillet vert peut être jaloux, par convention. Et vous tuer, par formalisme. » Maurice Denuziere (L’amour fou)

Angéliquement vôtre

Suite à la mauvaise manipulation d’un pot de peinture X Large qui s’est renversé dans mon atelier, j’ai barbouillé d’une couleur rose pâle, saveur crème glacée, moult toiles dont le fond se présente ainsi prêt à l’emploi. Reste à inventer les sujets qui vont avec…. Cet abus de rose, qui va jusqu’à l’écoeurement, m’a toutefois ouvert de nouveaux horizons. À savoir me reconvertir dans la sainteté et explorer les chemins du Paradis.

Depuis des années, je boude les anges, ou plutôt, pour être franche, ce sont eux qui ne veulent pas de moi. Je vais leur forcer la ✋, et m’astreindre à un thème qui ne me séduit guère. C’est pourtant bien dans l’air du temps. Ceci expliquant peut-être cela… Assez de tergiversations, au travail !

30x70cm « Les fleurs du Paradis« , acrylique au 🔪, galerie Chemins de spiritualité

Mon conseil.-. -. En fin de compte, jai pris plaisir à PEINDRE l’angélisme, façon Christine bien entendu, colorié en rose bonbon. C’est-à-dire à revisiter un concept moult fois traité, parfois maltraité. J’en conclus que la peinture est un art ouvert, qui ne demande qu’à ouvrir l’esprit, le ❤️ et, en l’occurrence, l’âme, de celle ou celui qui a le bonheur de la pratiquer. -. Ceci dit sans angélisme, car il faut quand même se creuser la tête, les anges ne tiennent pas forcément la ✋ qui tient le pinceau…

Rendez-vous à L’île Madame

 »-. L’estuaire de la Charente est l’un des plus beaux qui soit. Loin dans l’intérieur des terres, la marée remonte, et l’on peut voir des cargos accoster les quais de Rochefort. Toute la ville est un musée naval. Jusqu’à l’embouchure, les hautes berges sont désertes, seulement gardées par les étranges sentinelles des carrelets suspendus par les pêcheurs au-dessus de l’eau limoneuse. L’estran est immense, fait de roches plates et de vasières parcourues des courants du flot et du jusant.

60x60cm « Ambiance iodée« , galerie Laissez-moi vous conter la mer

Il nous avait donné rendez-vous à l’extrême pointe de l’estuaire, après Port-des-Barques, à l’île Madame, qu’une chaussée que l’on appelle la passe-aux-boeufs, reliée au continent à marée basse. Dans l’île, qui est plutôt un îlot, on devait laisser à ✋ droite un ancien Fortin très bas du douzième siècle, abandonné au pied d’un grand pin, quelques bâtiments écroulés, une croix en galets dessinée sur le sol. Qu’est-ce que ce libraire réactionnaire allait bien pouvoir trouver comme justification symbolique à un endroit aussi perdu, que la saison  rendait encore plus gris et humide ? » Jean-François Deniau (L’île Madame)

La harde folle

 »-. Là-bas, il y avait de la compagnie. Là-bas, ses frères sauvages couraient deux par deux et trois par trois, en camarades. Tout son corps frémit. Une ébauche de réponse lui monta à la gorge, mais avorta en gémissement. Pendant l’heure suivante, il n’entendit plus l’appel aérien. La bande avait tourné à l’ouest, si loin que les voix se perdaient. Elle passa droit sous la 🌙, près de la hutte de Pierrot, le métis. Dans la cabane de Pierrot, il y avait un Blanc, en route vers le Fort-Dieu. Il vit Pierrot faire un signe de croix, et l’entendit marmotter.

30x40cm « Loup, es-tu ?« , galerie Bestiaire

-. De temps à autre, les 🐺 deviennent comme ça au ❤️ de l’hiver. Voilà trois jours, ils étaient vingt, Monsieur, et j’ai compté leurs traces dans la neige. Depuis lors, il y en a eu plusieurs de tués, et mis en lambeaux par le reste de la bande. Écoutez-les délirer. Pouvez-vous me dire pourquoi, Monsieur ? Pouvez-vous me dire pourquoi les 🐺 entrent en démence quelquefois en plein hiver, quand il n’y a pas de chaleur, ni de charogne pour les rendre malades ? Eh bien je vais vous le dire. Ce sont les 🐺- Garous. Dans leurs corps galopent les esprits des 😈, et ils aiguillonnent la bête jusqu’à ce qu’elle en crève. Car les 🐺 qui deviennent fous pendant les grandes neiges meurent toujours, Monsieur. C’est la chose la plus étrange, ils meurent !- » James -Oliver Curwood (Nomades du Nord)

Coup bas

 »-. Un film passe ce soir à la télé. Exceptionnellement, j’ai le droit de le regarder jusqu’au bout. J’aurais dû me méfier. Son titre est Le vieil homme et la mer. Je l’adore de sa première à sa dernière image. Il raconte l’histoire d’un vieux pêcheur à qui la chance a tourné le dos. Pourtant, un jour qu’il est seul en mer, un énorme espadon mord à sa ligne. S’ensuit un combat épique entre l’homme et la bête, qui dure trois jours entiers. Le vieux pêcheur finit par vaincre le 🐟, mais doit l’accrocher le long de sa barque. Attirés par l’odeur du sang, des requins attaquent sa barque. Le pêcheur ne peut empêcher les prédateurs de déchirer sa prise, dont il ne restera que le squelette une fois rentré au port.

60x80cm « Le vieil homme et la mer », galerie Laissez-moi vous conter la mer

Cette 🌃- là, je rêve de mer, d’espadon mais surtout de cinéma. Le lendemain matin, l’air de rien, mon père me tend un livre de poche. -. Tiens ! Ça devrait t’intéresser-. Très surpris, j’y retrouve mes rêves de la 🌃 et le visage buriné de Spencer Tracy sur son ⛵. Je regarde le titre, Le vieil homme et la mer, d’Ernest Hemingway. C’est un coup bas, sans doute, mais je laisse le piège se refermer sur moi en parcourant les premières lignes de l’ouvrage. -. Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son ⛵, qui pêchait au milieu du Gulf Stream... » Mikael Ollivier (Celui qui n’aimait pas les 💷)

En fait, Christine… tu n’as rien inventé du tout !

C’est tout juste si cette consœur artiste-peintre, débutante il est vrai à la fois dans les beaux-arts et dans le contact avec le milieu artistique local, ne me traite pas de faussaire, de piqueuse d’idées, de profiteuse de la créativité des autres… Une petite discussion s’impose, autour de l’inévitable tasse de thé qui possède des vertus apaisantes. Coupable de plagiat, moi ? Non mais !

Eh bien si, quand même un peu. Car, dans toutes les disciplines, y compris philosophiques, littéraires, artistiques, scientifiques politiques, écologistes, nos réflexions, que nous croyons uniques et originales, ne se nourrissent-elles pas de la somme de l’imagination des autres ? -Et vice-versa-, m’empressai-je de signaler à mon interlocutrice, qui en guise de réflexion artistique s’avise surtout de copier-coller via les tutoriels d’Internet… Bon bref, les idées, les pensées, les courants et les modes tournent et tournoient autour de nous, à portée de qui veut s’en inspirer, et alimentent copieusement nos imaginations… Ou pas.

30x40cm  »Mister Dog », galerie Bestiaire. -. Effectivement, je n’ai guère imaginé un 🐕 différent des autres toutous. Le mien ouvre deux grands yeux étonnés et des oreilles poilues sur le monde inquiétant des humains. Mais aviez-vous déjà rencontré un chien 🐶 ainsi barbouillé de couleurs, sinon dans votre imagination ?-

Mon conseil. -. Après les grands maîtres, les impressionnistes, les fauvistes, les cubistes, les abstractionnistes et autres post-modernistes, j’en passe des meilleurs et des moins bons, que reste-t-il à inventer? Que reste-t-il à PEINDRE ? Rien, c’est-à-dire tout. Tout ce qui, nourri du travail et de l’art des autres, passera par votre tête, votre ❤️ et votre ✋. Tout ce que, dûment absorbé, vous restituerez sur votre toile en méli-mélo ou en tracé simplissime, en noir ou en couleurs, sans états d’âme. À vos pinceaux !

Se perdre dans le labyrinthe des pensées

 »-. Vive l’invention des histoires !… L’homme invente sans cesse des histoires, et parce que le monde invente des histoires, le Grand ou le Petit, le paysan ou l’écrivain, tout le monde est concerné et n’est pas concerné. L’homme est une machine à inventer des histoires . Et seulement dans de rares moments d’ascèse il peut maîtriser sa pensée. La prière, l’ascèse, sont la lutte avec la pensée , la lutte avec les pensées vaines. La prière chasse les pensées vaines comme un 🦅 chasse les charognards pour qu’ils ne s’approchent pas du corps du guerrier tombé dans le ravin.

60x60cm « Labyrinthesque« , galerie Chemin de spiritualité

L’homme met de l’ordre dans ses pensées. Ou il les surmonte par l’ascèse religieuse ou créative. Alors, l’homme se relie à sa pensée, et la dirige. Autrement, il crée de l’absurde, il tisse un filet… Il tient de nouveau le fil. Le fil de l’invention et de la pensée, ce fil qui mène toujours l’homme vers le labyrinthe. Et il recommence à créer, il se dépense en créant, et en détruisant… L’homme n’aime pas que quelqu’un pénètre dans ses pensées, et si lui-même partage ses pensées avec d’autres, c’est juste une page d’un 💷. Seulement ce qui est compréhensible et concret, comme s’il leur donnait juste une fleur, ou un bouquet de fleurs de toute une prairie.’‘ Bezik Kharanaouli (Le 💷 d’Amba Besarion)