Renaître

 »-. Mais tout a une fin. Lorsque s’approche la fin de la seconde étape, des paroles de réconfort lui parviennent. Il ne sait s’il les entend en lui-même, ou si elles lui parviennent de l’extérieur. Mais il reprend courage. -. N’aie pas peur, car, vois-tu, nous sommes toujours avec toi. Prends courage, car tes peines s’achèvent-. Alors, vient le grand choix. C’est la troisième étape de la mort.

-. Quel choix ?-. Les voix le conseillent, lui proposent soit de renaître, soit de continuer sur la voie éternelle, vers la divinité. S’il désire renaître, il doit chercher dans le monde des humains, trouver deux amants dans la divinité étreinte de la conception. Quand l’élément mâle rencontre l’élément femelle, à cet instant même, il doit s’intégrer de force dans cette union charnelle, et prendre possession de l’embryon qui deviendra sa demeure pour une autre existence terrestre. Il y a quarante-neuf jours, entre la mort et la réincarnation. –. Et il peut choisir de ne pas renaître ? -. Il ne peut choisir que la réincarnation, ou la montée vers la divinité. Sans tarder, car sa substance se modifie. Il doit saisir sa chance, où qu’elle soit. Homme ou femme, au hasard de son choix. Il doit accepter la vie qu’il aura captée, avec ses joies et ses peines.’‘ Pearl Buck (Mandala)

Ruines

 »-. De la façade de la chaumière, il ne demeurait que les bases, à peine hautes d’un mètre cinquante. Des arbustes prospéraient au milieu de la salle commune, leurs racines plongeant à l’emplacement où se trouvaient jadis la table et le lit. Le lierre, opiniâtre, recouvrait tout. Seul l’angle nord de la bâtisse, peut-être plus solidement établi, s’élevait jusqu’à hauteur des poutres mangées par une aubépine. Un madrier de châtaignier noirci dont ni les flammes ni la pluie n’étaient venues à bout gisait par le travers. Sur le mur de refend des étables, la grande cheminée s’était écroulée, son linteau englouti dans une mer d’orties. Marianne chercha la trace d’un objet qui eût survécu à ce désastre. Ce qui n’avait pas été détruit avait été pillé.

L’écurie, contiguë, avait mieux résisté aux flammes et au temps. Le linteau de l’unique porte, frappé d’une croix swastika, tenait encore en équilibre sur ses appuis. Mais, des deux stalles qu’avait comptées l’étable, il ne demeurait rien. Marianne observait les ruines. Des paroles de sa mère lui revenaient par bribes, elle évoquait souvent le puits et son eau si fraîche. Il était toujours là, avec sa margelle de pierre et l’arceau de son treuil mangé par le lierre. Et même si le seau avait disparu ainsi que sa chaîne, l’eau ne semblait pas avoir déserté les lieux.’ Jean-Guy Soumy (Un 🔥 brûlait en elles)

 » Le puits », par Amélie, 12ans, technique des marqueurs à l’alcool

Bienvenue au Kenya

 »-. Dès la sortie de la capitale, un festival d’encombrements attendait les voyageurs. Sur la transafricaine, couverts d’une couche de terre ougandaise, soudanaise ou éthiopienne, des camions géants accaparaient la chaussée. La nuque lourdement chargée, des groupes de femmes vêtues de kikoys chatoyants marchaient à petits pas dans la poussière bordant le macadam. Dans les fossés, liés à des piquets, chevaux, 🐐, veaux et 🐑 mâchaient des restes d’ordures. Pare-chocs contre pare-chocs, des caravanes arrivaient des campagnes. Surchargés bien au-delà de la limite de sécurité, les véhicules transportaient leurs cargaisons de 🐔 en grappes, de bois en fagots, de petits meubles en pyramides, de monceaux de vannerie, de meules de luzerne et de cageots débordant de légumes. Toutes ces marchandises étant destinées aux marchés de la capitale.

Passé la grande banlieue polluée par d’interminables étendues de vieux sacs en plastique, c’était la savane. Sans lâcher son volant, sur une route constellée de nids-de-poule, Morodja désigna du menton les premiers animaux sauvages. En contrebas, une dizaine de zèbres, alignés comme à la parade, broutaient l’herbe dorée... Pas d’erreur possible, ils étaient bien au Kenya ! » Christian Zuber (Le Roi des éléphants)

Mes chevilles gonflent, ma tête enfle, ma ✋ tremble

-. J’ai fait un rêve, encore un…-. Artiste-peintre internationalement reconnue, fêtée, admirée, adulée, richissime, donneuse de leçons patentée, je paradais devant un aréopage de pairs pour y recueillir les lauriers d’une gloire bien méritée. -. J’ai fait un cauchemar, encore un. Bien entendu, vous l’aurez compris, ce n’était pas moi, je n’avais pas du tout la même tête, et les chef-d’œuvres ainsi mis à l’honneur n’étaient pas mes tableaux !

Ouf, sauvée ! Ma ✋ peut quitter la signature des autographes et se consacrer aux pinceaux. Je plaisante bien sûr… Mais quel artiste, même modestement amateur, n’a pas rêvé quelque jour, dans un coin de sa tête, au fin fond de son atelier, de se voir, même modestement,  »reconnu ». Que se passe-t-il dans l’esprit, dans le ❤️, dans l’âme, de celle ou celui qui a ainsi  »réussi  »? Mystère… Ah, l’admiration, même hypocrite, de ses pairs, l’adulation du public, et la sécurité financière qui va avec… A défaut de l’obtenir, il reste la liberté. Celle de PEINDRE comme on veut, quand on veut, si l’on veut.

30x30cm  »À la rencontre des fleurs des champs », galerie Dépeindre en grand, PEINDRE en petit. -. Ma pauvre Christine, ce n’est pas avec cette modeste toile que tu gagneras le premier prix ! -. Qu’importe, j’ai passé un après-midi au grand air pinceau en ✋, et surtout, surtout… je me suis bien amusée…-

Mon conseil. -. Personne ne réussit sans atouts. Personne ne réussit sans travail. Personne ne réussit sans motivation. Personne ne réussit sans talent. Personne ne réussit sans, etc, …etc…-. Toutefois, réussir, est-ce vraiment le but ? Et s’il suffisait, simplement, de s’épanouir… Et de garder le sens de l’humour ?

Si l’on en croit la légende massaï…

 »-. L’origine de l’excavation était longtemps restée une énigme. Dans les dédales d’une forêt, qui avait pu creuser, au flanc d’une butte, ce trou horizontal de plus de cent mètres de profondeur ? Et pourquoi ? Les réponses, Bertrand les avait trouvées dans une vieille légende massaï. Qui avait creusé le tunnel ? Les éléphants. Pourquoi ? Pour du sel.

Dimensions 50x50cm « La famille Eléphant« , acrylique sur bois, vendu, galerie Bestiaire

-. Imagine, des familles progressant dans le noir le plus complet, trompes tendues comme des cannes d’aveugles, avançant lentement dans le boyau. Les adolescents qui se faufilent pour goûter au sel les premiers. Les bébés n’osant quitter la proximité des mamelles maternelles. Tout ce long parcours, afin de pouvoir goûter, une ou deux fois par an, se régaler, que dis-je, se goinfrer de cristaux de chlorure de sodium ! – Quelle aventure ! Pourquoi ces grands animaux vivent-ils en famille ? -. Par sécurité. Les éléphanteaux, fragiles et vulnérables comme des bébés humains, sont d’une insatiable curiosité, ils adorent jouer, faire des bêtises. Tu verras, ils débordent d’activité. En famille, ils sont surveillés 🌃 et jour… » Christian Zuber (Le Roi des éléphants)

Scénario bactériologique

 »-. Quelque chose m’échappe, ces bactéries qui abondent dans une certaine rivière chinoise ne sont-elles pas dangereuses pour ce pays ? -. Les biologistes ont modifié leur génome par de multiples croisements avec d’autres souches. Le résultat est une bactérie d’une espèce inconnue jusqu’alors, qui dévore le pétrole. –. Le pétrole et le cerveau des gens ! -. C’est que des difficultés imprévues ont surgi. Ces micro-organismes ont poursuivi leurs mutations, échappant brutalement au contrôle des manipulateurs.

. Au sein de cette unité, les mesures de sécurité sont pourtant draconiennes. Comment un tel accident a-t-il pu se produire ? -. Bêtement, comme toujours. Une combinaison étanche mal désinfectée, et les bactéries se sont ruées dans l’organisme de l’imprudent. Aucun traitement ne pouvait alors enrayer la fulgurante dégénérescence qu’elles ont provoquée. Les bactéries se multiplient à vitesse phénoménale. Leur population double toutes les vingt minutes. Les méthodes de destruction habituelles sont totalement inefficaces. Si les micro-organismes parviennent à s’adapter, alors… Ce sera l’invasion progressive de toute la planète… Avec les conséquences que vous pouvez imaginer. » Michel Andreolety (Les pendus du Mont-Aiguille)

Le manuscrit

 »-. Si j’avais ton âge, aujourd’hui, j’aurais d’autres ambitions que de devenir écrivain. -. Pourquoi ?-. Parce que l’existence d’un écrivain est le truc le moins glamour du monde. Tu mènes une vie de zombie, solitaire et coupée des autres. Tu restes toute la journée en pyjama à t’abimer les yeux devant un écran, en bouffant de la 🍕 froide. Et en parlant à des personnages qui finissent par te rendre fou. Tu passes tes 🌃 à suer sang et eau pour torcher une phrase que les trois quarts de tes maigres lecteurs ne remarqueront même pas. C’est ça, être écrivain.

-. Enfin, ce n’est pas que ça... –. Et le pire, c’est que tu finis par devenir accro à cette existence, parce que tu te donnes l’illusion, avec ton stylo et ton clavier, d’être un démiurge et de pouvoir rafistoler la vérité. -. C’est facile, pour vous, de dire ça. Vous avez tout eu. -. Qu’est-ce que j’ai eu ? -. Des millions de lecteurs, la célébrité, l’argent, les prix littéraires, des filles dans votre lit.. Franchement, si tu écris pour l’argent et les filles, choisis une autre activité. – Je vous laisse mon manuscrit.Guillaume Musso (La vie secrète des écrivains)

Dis, Christine, brosse-moi une marine…

Dans notre belle langue française, le terme  » brosser » sous-entend un travail rapidement, mais correctement exécuté… Soit du vite fait bien fait. Tâche dont je m’acquitte à grands coups de brosse. Il s’agit d’utiliser un pinceau spécifique, qui procure une bonne répartition de la peinture, mais il ne faut en attendre la précision d’un pinceau fin. Perfectionnistes, s’abstenir !

Pour  »brosser » la marine en question, j’ai, sous le coude, une toile carrée, héritage d’une tentative avortée de l’un de mes élèves. Le support présente, pour les pessimistes, une surface largement abîmé par des coups de pinceau malencontreusement mal lissés… Pour l’optimiste que je suis, elle n’est qu’agréablement structurée. Une bonne couche de fond l’unifie et la rend prête à l’emploi, avec ses défauts et aspérités dont je tire parti. Pour cette oeuvre, salissante car réalisée à grands coups de poignet, j’ai travaillé en plein air, la peinture a séché très rapidement, ce qui m’a permis d’unifier grossièrement chaque couche en passant rapidement la brosse ci-dessus précitée. Attention, il s’agit de lisser superficiellement, sans écraser la peinture ni mélanger les différentes couches… Ce n’est pas très difficile à mettre en œuvre, toutefois… autant avoir la main efficace mais légère !

50x50cm « La Barcasse« , galerie Laissez-moi vous conter la mer

Mon conseil. -Les marines en général, et les bateaux en particuliers, tout du moins les miennes et les miens, ne se vendent guère. Est-ce une raison pour les bouder ? Que nenni ! Native du bord de mer (je suis marseillaise), j’aime les peindre. Je les installe dans ma salle de bains, où ils me tiennent quotidiennement compagnie pour mes ablutions. Quant à savoir pourquoi la clientèle boude…

Fête à la vénitienne

 »-. Il y avait fête, ce soir-là, dans un Palais du Grand Canal. Presque en face de l’ancienne demeure des Wronski, un peu plus près de la place Saint Marc, le prince et la princesse recevaient tout ce que la ville comptait de gens riches et titrés. De vieux tapis brodés d’or avaient été pendus aux fenêtres du Palais et couvraient toute une partie de sa façade gothique. Des milliers de bougies éclairaient le palais et se reflétaient dans les eaux du canal.

Des grands laquais en livrée bleu et blanc avaient pris position dans les salons et les escaliers. Pendant que des gondoliers en costume traditionnel s’apprêtaient à accueillir sur le débarcadère en bois, enfoui sous un amas de fleurs et une forêt de plantes vertes, les invités dont les gondoles allaient faire la queue pour venir s’amarrer, dans un désordre indescriptible, aux grands piliers bariolés à l’allure de sucres d’orge et aux couleurs de berlingot. Le ponton, les mâts, la porte sombre étaient surmontés d’un auvent de toile aux couleurs de la famille, qui avait compté parmi les siens, au temps de la splendeur de Venise, des provéditeurs, des podestats, des grands amiraux de la flotte, des inquisiteurs d’état et même un doge. » Jean d’Ormesson (Le vent du soir)

Le 🦁 en peluche

 »-. Patricia ignorait qu’ailleurs bon nombre de filles de son âge ont leur chambre à coucher pleine de peluches. Ses peluches à elle étaient vivantes. Après une chasse au 🦁 à la lance, le vieux chef d’une tribu voisine lui apporta un lionceau de cinq semaines. Le fauve fut baptisé Simba par les enfants des rangers. Devenue la nourrice attitrée du carnassier, Patricia lui apprit à boire du lait de 🐐 au biberon. Plus inquiète qu’elle ne le laissait paraître, sa mère couvait du regard sa fille qui, chaque jour, maternait le lionceau. Le père, lui, cachait son jeu. Il savait que, trop souvent, les histoires de bêtes sauvages ainsi récupérées par l’homme se terminent mal.

Les canines du gros 🐱 jaune devinrent de belles dagues blanches. Ses griffes, des rasoirs tranchants. Les 🐔, pintades et autres dindes de la ferme payèrent un lourd tribut aux instincts naturels du jeune prédateur. Une antilope dik-dik, dont le territoire se situait derrière l’éolienne, disparut sans laisser de traces. Formels, les rangers accusèrent le 🦁. Le père prit la décision qui s’imposait. Dans un coin ombragé, il fit monter un enclos grillagé doté d’une énorme niche. On y enferma Simba. Il était entendu que, deux mois plus tard, le fauve devrait être relâché dans la nature. » Christian Zuber (Le Roi des éléphants)

40x50cm « Dans la cage au lion », galerie Bestiaire