Femme 🐟 vous salue bien !

Comme beaucoup d’entre vous sans doute, sans y croire vraiment, plus par folklore et amusement, je jette un coup d’oeil sur mon horoscope. C’est, justement, aujourd’hui, mon anniversaire, dont je vous épargnerai le nombre de bougies…. mais je ne vous ferai pas grâce du tableau que ma condition de femme-poisson, signe d’eau s’il vous plaît, m’a inspiré.

Il paraît que… ‘‘La Femme🐟 n’aime pas les conflits, les ragots, les crépages de chignon. De nature douce et pacifiste, etc, etc… » je me reconnais assez bien dans ce descriptif, j’ai assez tendance, je l’avoue, à fuir les embrouilles, pour me réfugier illico dans mon atelier de peinture. Ergoter sur un détail, une couleur, une date, un prix, me demande un effort trop important, que je préfère consacrer à PEINDRE au calme. Ce qui certes me nuit sur le plan strictement commercial, mais m’apporte la paix de l’esprit. Et me permet souvent de nager entre deux eaux. Le vrai bonheur pour une dame 🎏 !

50x50cm « La Femme-Poisson », Galerie Femmes-Femmes-Femmes. -. . C’est moi, Christine ! M’aviez-vous reconnue ?-

Mon conseil. -. Prendre sans humeur et avec humour les menus désagréments de la vie ne peut nuire, surtout par les temps incertains que nous vivons. -. PEINDRE avec humour et sans humeur ces menus désagréments, c’est encore mieux. Amis des douze signes du zodiaque, à vos pinceaux ! -. P. S. Etant native de Marseille, je suis, de toute évidence, une Femme-Poisson de Mer !

Le testament

 »-. Il y a un codicille olographe en date du 20 juillet 1910. Ce jour-là, le 20 juillet 1910, Dandie Gow est venu me voir à mon bureau. Je l’appelle Dandie, car, en dépit de toutes ses erreurs et de toutes ses infortunes, je suis fier de dire qu’il était mon ami. Il m’a demandé s’il pouvait transformer sa police d’assurance. Nous nous entretînmes longuement ensemble cet après-midi. La conclusion fut celle-ci. –. Tout, jusqu’au dernier penny. Oui, par Dieu ! Vous entendez bien, jusqu’au dernier penny, échoit en héritage à ce garçon, Robert Shannon, placé sous ma tutelle, afin de lui permettre d’obtenir son diplôme de médecin à l’université-.

Silence de mort. J’étais devenu pâle. Ma gorge et mon ❤️ se contractaient. Je ne pouvais en croire les oreilles. J’étais trop habitué à la malchance, et trop abattu. C’était encore un stratagème du destin, il me donnait un nouvel espoir pour me décevoir plus cruellement par la suite. -. Monsieur Alexander Gow en avait tous les droits. Nous sommes d’accord, cette police ne pouvait être hypothéquée ni réalisée de son vivant. Mais il avait le droit strict d’en disposer par testament… Je vous attends demain matin, à dix heures, à mon étude-.’‘ A. J. Cronin (Les vertes années)

Rêver de Baudelaire sous la verrière bleue

 »-. Resté seul, dans un vaste espace de silence et de solitude, Olivier sortit de sa cachette. Il s’allongea avec satisfaction sous la verrière teintée de bleu en se récitant du Baudelaire. -. Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées...-. Il se sentait calme, libre, joyeux, et, en même temps, offert à quelque danger venu du ciel, avec une douce sérénité. Naguère, aux moments les plus douloureux de sa solitude d’orphelin, il se réfugiait dans un placard à balai, pour allumer tristement des allumettes suédoises les unes après les autres.

Il se trouvait en accord avec une idée ascendante de sa destinée. Maintenant, il allait au plus haut, sans se soucier de l’opinion d’autrui. Il se répéta des bribes de poèmes qu’il connaissait par ❤️. -. Le poète est semblable au Prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer-. Et aussi. -. Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté-. Il rêva longtemps. » Robert Sabatier (Les fillettes chantantes)

Père et fils

 »-. L’enfant fut placé contre le tronc d’un sapin. Sur l’ordre du bailli, un estafier compta vingt-cinq pas, en se forçant aux plus grandes enjambées qu’il put faire. Guillaume Tell choisit avec soin trois flèches. Une pomme de quatre doigts, au plus, de diamètre, fut posée en équilibre sur la tête de l’enfant. L’arbalétrier se campa, prit sa ligne de mire et retint son souffle. On le vit pendant deux ou trois secondes, figé comme s’il eût été soudain changé en statue. Il demeura ainsi immobile jusqu’à la seconde où le bruit d’un choc mat retentit contre l’écorce du sapin. La flèche avait transpercé la pomme et s’était fichée dans l’arbre, où elle vibrait encore.

– Cet insolent s’est tiré d’affaire à bon compte. Mais j’aurais l’occasion de l’arrêter à nouveau, ou je me trompe fort ! Si j’avais tué, ou même blessé mon garçon, le bailli aurait payé sa cruauté sur-le-champ ! J’avais trois flèches...-‘‘ Thomas Estener

Le Printemps en Majesté

J’ai fait du shopping, mais pas pour remplir de vêtements de printemps un dressing qui déjà déborde… J’ai arpenté les bacs à trésors de ma solderie préférée. Et acquis, pour deux euros pièce, trois tableaux décoratifs identiques, floqués sur toile textile. Lesquels représentent, plus en volume qu’en couleur, le malheureux même🌲 étriqué et dénudé, solitaire, résigné, grelottant, ce me semble, dans les frimas de janvier. Ce n’est certes pas, en l’état, du grand art, d’ailleurs ces babioles sont des invendus. Toutefois, à lui tout seul, cet 🌲 mal-aimé ne raconte-t-il pas une histoire ? Vite, une idée, puis deux, puis trois, pour exploiter mes trouvailles !

L’hiver se termine et va laisser place au printemps. Ce qui me donne une première piste de travail. Sitôt de retour en mon atelier, j’ai traité mon premier exemplaire avec tendresse, en l’enduisant soigneusement de deux couches de fond gris perle, laquelle opération m’a causé la jolie surprise  »d’accrocher » parfaitement sur le support en simili toile de jute, pourtant de qualité médiocre. La difficulté technique majeure étant éludée, il ne me restait plus qu’à décorer avec une fantaisie toute printanière… J’adore les arbres…

50x50cm « Le Printemps en Majesté« , Galerie La Vie rêvée des arbres

Mon conseil. -. Ainsi conté, l’exercice ne semble pas si difficile. Attention toutefois aux couleurs, sa Majesté Printemps préfère se draper dans des tons chauds, les orangés lui vont si bien au teint. Le dépouillement n’est pas de rigueur. Toutefois, point trop n’en faut, douceur des températures ne veut pas dire gamme chromatique débridée, il faut savoir prendre le spectateur par les sentiments. -. Après un ou deux essais non concluants et autant de tâtonnements, j’ai pris le parti de mettre en valeur la ramure, et de créer un décor végétal abondant par petites touches juxtaposées de peinture aux teintes vive. Et d’un 🌲, à suivre !

Le portrait de la jeune morte

 »-. Du plafond, très haut et presque insoupçonnable, un lustre de trois tonnes au moins augmentait le sentiment de malaise de celui qui se trouvait en dessous. Au mur, face à la porte, un grand tableau tout en hauteur, dans les tons crème, argent et bleu, présentait une très jeune femme, dans une tenue de bal, le front ceint d’un diadème de perles, le teint, sous les vernis obscurcis par le temps, pâle malgré tout, la bouche d’un rose à peine marqué, l’oeil affreusement mélancolique et qui se forçait à sourire, le corps élégamment dressé mais dans lequel on sentait un abandon poignant, une ✋ occupée à ouvrir un éventail de nacre et de dentelle, tandis que l’autre s’appuyait sur la tête d’un 🦁 de pierre.

Je suis resté de longues minutes à regarder celle que je n’avais jamais vue, celle que je n’avais jamais connue, Clélys de Vincey… Clélys Destinat. C’était elle, au fond, la maîtresse de maison, et qui me toisait muettement, moi le visiteur pataud. J’ai bien failli d’ailleurs tourner les talons et foutre le camp. » Philippe Claudel (Les âmes grises)

Scènes d’horreur et de chaos

-. La paix allait coûter cher au pays. La guerre finissait dans la débâcle. L’armée des Bulgares et des Allemands fuyait. Cent mille soldats déçus marchaient sur Sofia. Le quartier général était encerclé. Une république indépendante, proclamée là, durait quatre jours et finissait dans le sang.

A Sofia, la foule envahissait toutes les places. Ses lamentations étouffaient la cité d’un brouillard sonore. Les femmes prolongeaient jour et nuit leurs veillées mortuaires. Elles pleuraient et gémissaient dans les rues. Leurs chandelles disséminaient dans l’ombre de véritables brasiers de flammes. Chaque matin, quand les flammes s’éteignaient, de nouvelles hordes de soldats révoltés saccageaient les casernes et les camps, arrachaient les épaulettes des officiers, les battaient, les assassinaient… Puis des processions de civils et de militaires marchèrent dans les rues, sous le glas des églises qui sonnaient pour les terres cédées aux Serbes. De Macédoine arrivèrent des contingents allemands, leurs colonnes d’artillerie roulaient lentement. Chevaux énormes et flegmatiques, canons, ruissellement continu d’acier, d’hommes et de bêtes, que les habitants de la capitale regardaient passer avec une animosité muette. » Liliane Guignabodet (Natalia)

La vaccination à la mode

 »-. Parmi les premiers, Aubriot s’était déclaré partisan de l’inoculation. En France, la chose n’allait pas de soi, l’Académie de médecine était contre, l’Église était contre, discuter avec les docteurs-régents et les théologiens n’ayant mené qu’à enliser la chose dans les mots. A Paris, Aubriot n’exerçait pas la médecine, il n’en fut pas moins très flatté quand Lauraguais lui proposa de venir égratigner ses hôtes au cours d’une nouvelle partie qu’il donnait. L’honneur n’était pas mince de se voir publiquement accorder la confiance de l’un des plus grands seigneurs du Royaume.

Tout de suite la soirée avait été teintée de galanterie. Plusieurs dames s’étaient inquiétées de la cicatrice que pouvait laisser l’opération, le médecin avait proposé de les inoculer à la cuisse plutôt qu’au bras. Les coquettes, aussitôt, ôtèrent un bas plutôt qu’une manche. Par bienséance, elles se masquaient le visage avant de passer dans le boudoir où officiait Aubriot. Pendant le souper qui suivit, ce fut pour le médecin un plaisant jeu que de mettre des visages sur les cuisses qu’on lui avait montrées. » Fanny Deschamps (Le jardin du roi)

40x40cm « La Belle que voilà« , galerie Femmes, Femmes, Femmes

PEINDRE l’écorce, toute l’écorce, rien que l’écorce

 »-. A l’aide d’un canif, Annie détacha de l’épicéa un fragment d’écorce, en prenant soin de ne pas endommager l’arbre lui-même. Le ronronnement des tronçonneuses et autres scies mécaniques qu’on entendait au loin dérangeait sa paix intérieure, parce qu’il était devenu pour elle le son même de l’usurpation plus que de la productivité. Pour ne plus l’entendre, elle se mit à fredonner. Les anciennes tribus côtières des Kwakiutl, les Indiens de Colombie britannique, lorsqu’ils prélevaient l’écorce d’un cèdre pour en faire des plats et des seaux, ou pour recouvrir leurs sombres 🏠, avaient l’habitude de chanter une prière. -. Regarde-moi, mon frère ! Je viens te demander ta 👗, Car tu es venu par pitié de nous. Et il n’est rien en toi qui ne soit un bienfait-. Le jour venait, et il était proche, où les pilleurs apprendraient à ressentir cette même gratitude. Annie examina le bois. -. Pas de larves. Dieu merci !– » James Hebert ( Présages)

. Voilà un tableau simple à réaliser, pour ne pas dire simplissime, qu’en dis-tu, Christine ? -. Aisé à PEINDRE, certes, pour tout artiste méticuleux qui reproduira dans les moindres détails l’écorce, sa texture, ses couleurs, et presque son odeur. Et n’aura plus qu’à recueillir les bravos que lui vaudra son dur labeur. Mais ce n’est pas pour moi, hélas, je ne suis pas assez précise. Trop désordonnée, trop déjantée, et même trop pressée de finir ma toile…

Mon conseil. -. Fort heureusement, d’autres angles d’approche existent. Pour zapper la partie ennuyeuse (pour moi !) d’une exécution pointilleuse, j’ai préféré représenter les 🌲 munis de leur écorce. Toute leur écorce. Rien que leur écorce. Soit un travail de collage, en papier-cadeau s’il vous plaît, ce qui m’a permis de rester dans l’esprit du texte, en m’appuyant sur l’approximation plutôt que la minutie.

50x50cm « Promenons-nous dans les bois« , vendu, Galerie la vie rêvée des arbres

Une lettre qui vient du front

 »-. Mademoiselle, Je vous écris pour vous annoncer une bien triste nouvelle. Il y a dix jours, lors d’un assaut dirigé vers les lignes ennemies, le caporal Bastien Francoeur a été touché à la tête par une rafale de mitraillette. Secouru par ses hommes, il a été ramené dans notre tranchée, où notre infirmier n’a pu que constater la gravité extrême de ses blessures. Le caporal Francoeur est malheureusement décédé dans les minutes qui ont suivi, sans avoir repris connaissance. Je puis vous assurer qu’il est mort en soldat. Voici des mois qu’il était sous mes ordres, et il s’est toujours comporté avec vaillance, se portant constamment volontaire pour les missions les plus dangereuses. Il était aimé de ses hommes, et apprécié de ses chefs.

J’ignore quelle était la nature de vos relations avec le caporal Francoeur, mais comme plusieurs lettres de vous sont arrivées depuis son décès, j’ai jugé bon de vous avertir, en plus de sa famille, de sa tragique issue. Sachez, Mademoiselle, que je comprends votre peine, et je vous prie de recevoir mes plus sincères condoléances. Capitaine Charles-Louis Brandieu. » Philippe Claudel (Les âmes grises)