Au jardin, est la rose

 »-. Un jour, il descendit au jardin où il avait conduit les deux jeunes comédiennes. Le jardin était plus inculte, plus désordonné, et plus touffu en mauvaises herbes que jamais. Cependant, l’églantier, qui avait fourni une rose pour Isabelle et un bouton pour Sérafine, afin qu’il ne fût pas dit que deux dames sortissent d’un parterre sans être quelque peu fleuries, semblait, cette fois comme l’autre, s’être piqué d’honneur.

30x40cm « Le pot aux roses« , galerie Dites-le avec des fleurs

Sur la même branche s’épanouissaient deux charmantes petites roses, aux frêles pétales, ouvertes le matin et gardant encore dans leur ❤️ deux ou trois perles de rosée. Cette vue attendrit singulièrement Sigognac par le souvenir qu’elle éveillait en lui. Il se rappela cette phrase d’Isabelle. -. Dans cette promenade au jardin où vous écartiez les ronces devant moi, vous m’avez cueilli une petite rose sauvage, seul cadeau que vous puissiez me faire. J’y ai laissé tomber une larme avant de la mettre dans mon sein, et silencieusement je vous ai donné mon âme en échange-. Il prit la rose, en aspira passionnément l’odeur et mit ses lèvres sur les feuilles, croyant que ce fussent les lèvres de son amie non moins douces, vermeilles et parfumées. » Théophile Gautier (Le capitaine Fracasse)

Les vibrations de l’âme

 »-. Un jour, je te construirait une 🏡. Une grande baraque victorienne avec des colonnes et plein de fioritures. –. Et une véranda-. Bien sûr. Une véranda qui fera le tour de la 🏡. Comme ça, tu pourras danser partout, tu pourras danser pour la terre entière-. Il est facile d’expliquer que j’étais trop jeune, trop inexpérimentée, que je ne connaissais rien de la vie, qu’un premier amour ne dure jamais. Il vous brûle les ailes, vous retourne comme une 🥞 et vous laisse les tripes à l’air. Il est facile de prétendre que cela n’aurait jamais marché, qu’il n’était pas fait pour moi, que la flamme se serait vite éteinte, qu’au bout de cinq ou dix ans je m’en serais mordu les doigts.

C’est facile à dire, et c’est faux. À cinquante-trois ans, j’ai pas mal roulé ma bosse et je possède à peu près tout ce dont une femme peut rêver. Et je suis sûre et certaine qu’il est idiot de prétendre que quelqu’un n’est pas fait pour vous. Comment peut-on être aussi catégorique ? L’homme de votre vie, c’est celui qui vous arrache le ❤️. J’ai beau avoir passé de nombreuses années avec un autre homme, j’ai beau m’être efforcée de l’aimer, William Cole Macdonald restera le seul, l’unique à avoir fait vibrer mon âme. » Elaine Kagan (Un sentiment d’absence)

Solitaire

 »-. On devient malheureux, mais on naît solitaire. La solitude est une maladie dont le virus est inconnu et l’évolution irréversible. Parfois, dans sa chambre meublée (si peu) de Ville-d’Avray, Julien Legris, à la poursuite du miséricordieux sommeil, tentait de refaire le chemin qui l’avait conduit à ce désert glacé de la soixantaine. Mais, aussi loin que portait sa mémoire, il ne revoyait qu’une plate étendue. Nul événement capital, nulle date mémorable n’émergeaient pour baliser la route. Cette grande épaisseur de temps, Julien pouvait la déchiffrer d’un seul coup d’œil car elle s’étendait invariable, à perte de souvenir.

Au reste, son souci n’empruntait aucune des couleurs théâtrales qui, par leur excès même, l’eussent consolé. Ses sentiments restaient à l’échelle d’un vocabulaire mesuré où transparaissait la timidité des humbles en face des mots. Pour parler de ses chagrins, il disait mes ennuis. Il disait c’était dur en parlant de Verdun et je suis fatigué lorsqu’il était malade. Il faut avoir des loisirs, et une certaine fortune pour adorer ou souffrir atrocement. En fait, Julien ne s’était jamais trouvé dans le cas d’affronter un grand malheur. La vie s’était contentée de le pousser sur la touche, de l’éliminer progressivement comme fait l’organisme d’un corps étranger. » Paul Guimard (Rue du Havre)

Il était beau comme un ☀️ !

 »-. J’ai vu bien des chevaliers, des rois, des princes. Mais jamais je n’en vis qui fut de si magnifique stature et de si merveilleuse prestance. Son visage était beau, coloré et rieur. Ses yeux étaient verts et amoureux. En toutes choses, il était parfait. Il aimait ce qu’il devait aimer, haïssait ce qu’il devait haïr. Il était aimable et accessible à toutes gens et il leur parlait doucement et amoureusement. Mais, dans son courroux, nul n’avait pardon ». Ainsi Jehan Froissard, le célèbre chroniqueur du quatorzième siècle, présentait-il Gaston Phoebus, prince de Béarn, comte de Foix, l’égal du roi de France qu’il sauva d’ailleurs à la bataille de Crécy.

Un vieux bouquin poussiéreux, judicieusement trouvé dans une boîte à 💷, m’a remis en mémoire le destin fabuleux de ce beau, vaillant et généreux chevalier, homme de guerre mais également protecteur des arts, surnommé le 🦁 des Pyrénées. Quant à imaginer le beau Gaston, lorsque l’on est comme moi plus caricaturiste que portraitiste… Qu’allais-je donc faire dans cette galère artistique ?

40x40cm « Phoebus », galerie Chemins de spiritualité

Mon conseil. -. PEINDRE un portrait n’est pas chose facile. Surtout un portrait masculin, que l’on ne peut dissimuler derrière un voile ou une 👑 de fleurs… J’ai opté pour un visage jeune voire adolescent, à peine viril, avec une chevelure dorée et abondante, de façon à masquer les difficultés techniques qui ont failli me faire renoncer avant même de débuter. Mais j’ai persisté, et, surtout, je me suis bien amusée… – Lorsque le sujet est difficile à traiter, il faut aller très vite, à grands coups de pinceau, barbouiller, mixer… et voir ce que ça donne… Et, éventuellement, opter pour un petit format, les éventuelles erreurs y seront moins perceptibles. Du moins, c’est ce que je me dis, en matière d’encouragement…. –Restait, tout de même, à encadrer Sa Seigneurie, plein d’idées loufoques me sont passées par la tête, j’ai opté pour une relative simplicité flamboyante, en reprenant les couleurs du tableau.

Dans la vitrine d’un musée soviétique

 »-. Dans la pièce voisine, quelques objets sont exposés : un samovar en argent du siècle dernier, deux icônes, des figurines de porcelaine, un buste de jeune fille, un 🎻. -. Ces objets ont survécu aux pillages de 1917 et témoignent maintenant de la vie d’avant la révolution. Vous pensez qu’il s’agit du 🎻 d’ Adidchka Belgerodsky ? -. Oui.

Dimensions 50x50cm « Partition pour cordes et cornemuse« , galerie Z’Artistes

Cette intuition n’est fondée sur rien. Ce fut le meilleur compagnon d’Adidchka. Il me semble qu’un peu de lui imprègne encore le bois, les cordes. J’ai envie de le voler, de le rapporter avec moi en France. De le sortir de ce pathétique et poussiéreux petit musée de Russie centrale. -. Vous voulez faire une demande de restitution ? C’est une pratique qui ne fait que commencer, mais qui a de l’avenir ! Rien ne prouve que ce 🎻 soit celui de votre famille. Les Russes sont très musiciens.- À sa demande, la gardienne ouvre une vitrine fermée à clé. Sur un morceau de velours usé, voisinent des montres de gousset, des gobelets en argent ciselé, une délicate miniature représentant un paysage sous la neige, deux éventails, des babioles en ivoire et écaille ainsi que quelques bijoux. Parmi ces bijoux, il en est un que je reconnais aussitôt, Xenia, ma grand-mère, m’avait offert le même pour mes huit ans. » Anne Wiazemsky (Une poignée de gens)

Le plus beau 🏰 du monde

 »-. Monseigneur ! Vous souhaitez vraiment que vos 🏰 soient les plus beaux du monde ? -Par Saint Nicolas, oui ! – . Alors, commencez par en faire enlever ces sinistres armures qui montent la garde dans toutes les salles. Puisque vous haïssez tant la guerre, n’en souffrez point ses emblèmes sur vos murs. Faites disparaître ces lances, ces épées ! Tout ne parle que de combats, ici. Vous dites vouloir des armées de troubadours et vous peuplez vos 🏰 de guerriers. Vous avez mis sur les dents votre maître d’œuvre architecte et son armée de maçons, mais ils portent tous leurs soins à…

… à remettre à neuf vos cachots ! Vous en faites agrémenter les murs de pierre de taille toutes blanches pour accueillir dignement, dites-vous, le comte d’Armagnac et ses amis, qui ne tarderont pas à les remplir. Pendant ce temps, moi, votre épouse aimée, je meurs de frayeur dans cette tour, lugubre comme un sépulcre. –. Bien dit, ma mie. Dès demain, donc par Saint Nicolas, je te le jure, ces ferrailles de croisade disparaîtront. Et nous nous efforcerons de créer, céans, le plus beau palais qui soit sous le ciel. » Myriam et Gaston de Béarn (Le 🦁 des Pyrénées)

Les sabots de Madeleine

 »-. Madeleine ! Elle n’est plus au lavoir ! -. Ses sabots ? As-tu trouvé ses sabots ?-. Posés sur la margelle du puits, soigneusement rangés au bord de la rivière, les sabots des femmes ou le chapeau des hommes restaient comme une signature. Par un dernier message aux vivants, ils affirmaient le choix délibéré de la mort. Dans une ultime solidarité, ils indiquaient de ne point perdre son temps aux recherches. C’était en ce lieu qu’il convenait de sonder, de fouiller, dans cet endroit qu’on allait retrouver leur corps délivré des souffrances qui ne s’étaient pas exprimées.

On pleurait, on se lamentait. -. Si seulement il nous en avait causé, pourquoi n’a-t-elle jamais dit, la malheureuse ?-. Le plus souvent, le curé ou le pasteur fermaient les yeux, feignaient de consentir à l’accident, un tournement de tête, une faiblesse. Il n’était que les pendus à refuser d’avance l’ambiguïté du sacrement, c’étaient toujours les hommes qui se pendaient. -. Si j’ai trouvé ses sabots ? Qu’oses-tu songer ? Non, non, pas de sabots. Tout son linge bien arrangé dans la brouette, le garde-genoux par-dessus, le savon, le battoir. La brouette sur le chemin, tournée, prête à revenir. Et personne, j’ai cherché longtemps-. » Michelle Clément-Mainard (La foire aux mules)

Christine part-en-guerre contre les idées reçues

Installée tranquillement au grand air, je tirais le pinceau. Ce sont les inconvénients, ou les avantages c’est selon, du direct, un mini-groupe de promeneurs fait alors cercle et conversation. Mon bouquet de fleurs les intrigue, les interpelle, je dirais presque les dérange, tant il leur semble incongru de peindre, sans modèle, un sujet imaginaire qui n’a rien à voir avec le paysage environnant.

50x60cm « Le bouquet d’anniversaire », galerie Dites-le-avec des fleursUne toile simplissime, mais qui a suscité d’autant plus de commentaires qu’elle ne correspondait pas à l’interprétation du paysage environnant. Mesdames et Messieurs, hélas, je ne peins pas « sur le motif »… mais je m’imprègne de l’ambiance
  • Êtes-vous une professionnelle ? – Si vous entendez par là, est-ce que je gagne ma vie avec mes tableaux, hélas, certes pas beaucoup. Quel peintre, à part les plus connus, peuvent se targuer de remplir leur compte en banque s’ils n’ont pas un métier annexe et alimentaire, parfois éloigné du monde artistique ? De même pour la plupart des écrivains, musiciens, poètes, la liste est longue de tous ceux qui oeuvrent par passion et pour non une quelconque rémunération.
  • – Avez-vous fait une école d’art ? Là encore, la réponse est NON. Je suis une autodidacte, ce qui ne veut pas dire que je ne connais pas les techniques, trucs et astuces des diplômés. D’ailleurs, j’en apprends tous les jours…
  • Est-ce que vous exposez ? OUI, lorsque les circonstances sanitaires le permettent, ce qui veut dire que mon activité est à l’arrêt depuis de nombreux mois, et que les perspectives s’assombrissent.
  • Où peignez-vous ? – Très rarement en extérieur, il faut que les conditions climatiques et environnementales le permettent. Sinon, chez moi, où je possède un atelier bien installé. Ainsi que dans une structure associative, où j’interviens hebdomadairement en qualité d’animatrice.
  • Où prenez-vous vos idées ? – Dans ma tête, dans ma pauvre tête.
  • – Où trouvez-vous la patience ? – Dans ma passion.
  • Mon conseil. – . Faire la chasse aux idées reçues n’autorise pas à considérer le public en ennemi. Il faut toujours relativiser, garder le sourire et une pointe d’humour, lorsque l’on accepte de rencontrer, ou tout du moins de tolérer, du public dans un espace dédié à la peinture.

La Parade amoureuse

 »-. En forme de haricot, la clairière dépassait les cent mètres de longueur. À gauche, s’étendait une mare où des nappes de nymphéas en fleurs rappelèrent à Patricia la splendeur de Giverny, deux énormes blocs de grès rose semblaient être le portail de cette oasis perdue au ❤️ de la jungle. Elle étudiait ses cadrages quand apparut le premier 🐅, immédiatement suivi par un second fauve. Ce dernier, à la tête et aux pattes énormes, ne pouvait être que le mâle. Deux fois la taille d’une panthère. Leurs fourrures, plus orangées qu’elle ne l’avait imaginé, étaient somptueuses.

50x50cm  »Trophée de chasse », galerie Bestiaire

Ce qui frappait le plus chez ces fauves, c’étaient leurs yeux. Ourlés de noir, puis vers la tempe, d’une ligne blanche bordée d’un long trait marron foncé, ces yeux captivaient. Tels ces doublons d’or espagnols, repêchés dans les eaux émeraude des Caraïbes, on ne pouvait les quitter du regard. En grands seigneurs qu’ils étaient, les deux animaux commencèrent par s’étendre dans l’herbe. Puissant projecteur braqué sur une scène aux décors peints, le ☀️ dépassa la cime des 🌲 et entreprit sa lente montée dans le ciel. Alors seulement débuta la grande parade amoureuse. » Christian Zuber (Le Roi des éléphants)

Les 🌲 du passé

 »-. Nous avons marché à travers champs, emprunté des chemins parfois sillonnés de profondes ornières et qui ne menaient nulle part. Nous avons traversé des bosquets, suivi la rivière. Sans rencontrer le plus petit vestige. A croire que les habitants du cru ont raison et que Baïgora n’a jamais existé. À l’ouest, le ☀️ décline. -. On pourrait au moins retrouver l’endroit où s’élevait le manoir. – . S’il n’y a même pas de ruines, comment se repérer ?-. J’évoque le grand chêne, devant la 🏡. Celui-là, au moins, on n’a pas pu le détruire !-

60x50cm « Arborétum« , galerie La vie revée des arbres

-. Marie, chère Marie ! Vous êtes d’une autre planète. Ici, on est venu à bout de tout ! Des 🌲 énormes dont les troncs avaient un diamètre tel qu’il fallait trois hommes pour les ceinturer ont été abattus et débités en bois de chauffage. Vous vous souvenez des grandes forêts qui entouraient Baïgora ? Regardez autour de nous, il n’y a plus rien !- A l’ouest, le ciel s’est enflammé. De petits ☁️ roses ont fait leur apparition. Je cherche de grands 🌲 qui seraient comme les survivants d’alors. Il y a bien quelques bosquets de châtaigniers ici et là, des noisetiers et des acacias. Mais ces 🌲 sont jeunes et n’ont rien de rare. Ils ont poussé là par hasard, amenés par le vent, sans l’aide et la volonté des hommes. C’est si effroyablement banal… » Anne Wiazemsky (Une poignée de gens)