UN, deux, trois… Christine se met à la bricole

La bricole façon Christine, c’est de l’ersatz de bricolage, c’est-à-dire la difficulté technique en moins, le plaisir en plus. Explication de textes avec photo à l’appui. Ce qui suit nécessite tout de même quelques heures de motivation et plusieurs fou-rires lors d’un weekend pluvieux.

L’on m’a donné un meuble de télévision, démodé mais en parfait état, en chêne de bonne qualité de surcroît. Depuis quelques semaines, il attend mon inspiration dans un coin du sous-sol. Action ! Le meuble étant vernis sans éraflures, sans le poncer, je lui applique une bonne couche de peinture blanche de qualité dite  »décorative », c’est-à-dire à dire peu couvrante. Et d’un ! Seconde couche, pendant laquelle, sur les portes (démontées au préalable), j’applique délicatement dans l’humide des morceaux de papier déchirés dans du papier cadeau. Et de deux. C’est sec, troisième couche de finition, qui consiste en un glacis fait  »maison ». Je me suis en fait contentée de diluer la peinture blanche décorative dans un bol d’eau, auquel j’ai ajouté une bonne dose de peinture argentée nacrée. Toutes mes fournitures étant d’ailleurs de la vulgaire récupération, car je pratique le recyclage avec militantisme. Fermons la parenthèse. Et de trois, ça sèche très rapidement, c’est fini, j’installe dans mon salon à la place d’honneur au milieu de mes tableaux, et je recueille… les félicitations de mes proches !

Le petit meuble Tv de Christine

Mon conseil. -. Les puristes, les appliqués, les perfectionnistes, les bricoleurs patentés diront que c’est là du travail bâclé. C’est la vérité, à laquelle je souscris. J’assume. Toutefois, je réponds -. Ce n’est certes pas du travail de qualité, mais il s’agit d’un trompe-l’oeil qui fait son petit effet, et qui sera toujours susceptible de recueillir une nouvelle couche de peinture argentée-. La qualité première de mon petit bricolage façon bricole est que je l’ai effectué toute seule, sans me prendre la tête, avec un peu de créativité et beaucoup de plaisir. Le tout ne m’a rien coûté. Qui dit mieux ?

À nous deux, Venise !

 »-. Le malheureux est persuadé, en quelque prétentieux tréfonds, qu’il va être visité par un chant inédit, et sera le premier à dire la ville comme elle ne l’avait jamais été avant lui. Il ignore, ce pauvre amoureux, que Venise, depuis des siècles, a été courtisée par tous les tons et sur toutes les musiques. Courtisane entre toutes illustre, elle a reçu tous les hommages. Elle écoute toujours ceux qui continuent à lui faire la cour. Mais, sur son visage, il y a le sourire intérieur des très belles femmes aux charmes un peu voilés par l’âge, auxquels des jeunes gens jurent à genoux des amours éternelles.

30x30cm « L’heure d’Or à Venise« , galerie Bons baisers de

Elles écoutent, indulgentes, elles sourient et quand les jeunes gens, plus tard, leur présentent leurs jeunes épouses, elles sourient encore puis sont vaguement désespérées. -. Oui, mon petit, je sais que tu m’aimes, je sais que tu es désespéré, je sais que si je ne te cède pas tu te tireras, me jure-tu, une balle dans la têteAllons, relève-toi, cesse de sangloter et va donc épouser la jouvencelle qui te fera de beaux enfantsMoi, je suis la plus belle, mais aussi la plus vieille. Vas, tu m’auras aimée. Il est temps de nous dire adieu... » Jean Cau (Croquis de mémoire)

Thé pour deux

 »-. Il y a une bonne odeur de 🔥 de bois et de 🍞 grillé dans la cuisine. Rien que cette odeur vous donne envie de sauter de joie et de vous asseoir dans un grand fauteuil pour regarder le 🔥 et rêver… simplement rêver… Tout est beau et rien n’existe vraiment, je ne sais pas où je suis, et ça n’a pas d’importance, d’ailleurs, je me demande bien ce que ça veut dire, importance… Certainement un mot vide de sens… Je me sens bien et je voudrais toujours rester comme ça, juste devant la cheminée, les jambes repliées sous moi et les yeux fixés sur les flammes.

44x60cm « Tea time« , acrylique et collages, galerie La meilleure façon d’habiter

J’entends Wilfried cogner les tasses contre les soucoupes, verser le lait. Couper le 🍋, puis le 🍞, le beurrer le couvrir de chocolat râpé… Il prépare cela pour moi, rien que pour moi, pour lui aussi, mais lui c’est moi et moi c’est lui… La bouilloire siffle, il verse l’eau dans la théière, arrange le plateau. Il s’amuse avec les tasses, m’en tend une après y avoir versé du lait, après y avoir mis une grande tranche de 🍋 et trois morceaux de sucre… Moi, je le regarde, j’accepte tout ce qu’il me donne parce que tout ce qu’il me donne est bien. Vrai, le thé me réchauffe et je deviens plus euphorique, ses yeux me transpercent et j’ai envie de fondre dans ses bras pour ne plus jamais le quitter. » Valérie Valère (Malika)

L’âme des autres

 »-. On s’arrange toujours avec son âme. Celle des autres, il faut s’en méfier-. Des jeunes filles qui étaient sur le point de se marier se dérobèrent à leurs engagements, les fresques du peintre leur ayant révélé le caractère insupportable de leur fiancé. Des maris soupçonnèrent leurs femmes, des femmes se brouillèrent avec leur mari au sortir d’une visite chez le peintre. Un vent de querelles et d’explications s’abattit sur le village. Les familles les plus unies se disloquèrent. Chaque matin, Oscar trouvait dans son courrier des lettres d’injures et de menaces.

Souvent, il passait des heures dans son atelier à contempler tristement les fresques dont il avait orné les murs de la salle. Sur une hauteur de deux étages, une foule immense et hideuse l’entourait. Cela grouillait sur place d’une île immobile, abondante et horrible. Cela regardait, cela souriait, cela pleurait, cela criait en silence. On eût dit une vision de cauchemar attardée dans la lumière du jour, un vomissement forcené de l’enfer. Et, au-dessus de chaque portrait, une brève formule en attestait l’atroce ressemblance. -. L’âme de la mère Dantesque… L’âme du père Cocos… L’âme de Mademoiselle Juliette Peloux…- » Henri Troyat (Les ailes du 😈)

60x60cm  »Le peuple des brumes », vendu, galerie Chemins de spiritualité

Ma petite 🏡 posée en mon joli jardin

Je me fâche rarement, car les plupart des choses, des idées, des réflexions, volent au-dessus de la tête… Passant beaucoup de temps en mon atelier, j’y agite des idées picturales et en fais mon cocon, ce qui m’aide à me détacher de ce bas-monde… Voilà qui donne plus de prix à mon indignation. Honte sur vous, Madame la ministre du logement, de jeter l’anathème et le discrédit écologique et moral sur le logement préféré des Français, à savoir leur 🏡, qu’elle fût modeste ou majestueuse, qu’elle fût campée dans un jardin de curé ou dans un parc arboré, qu’elle fût banlieusarde, campagnarde ou de toute configuration. Sachez, Madame la ministre, que la meilleure façon d’habiter, c’est celle de vos concitoyens !

Et je vous le prouve. Non point en organisant une contre-offensive via les réseaux sociaux en appelant à manifester, ou à boycotter, ou à invectiver quiconque (à part vous, mais reconnaissez que j’y mets les formes…). Mais en usant de la seule arme que je possède, mon pinceau. Et du seul terrain de grandes manœuvres à ma disposition, la toile posée sur mon chevalet, prête à accueillir ma vision de la liberté d’habiter. La mienne, la nôtre, la leur, et peut-être même la vôtre à votre corps défendant, Madame la ministre !

70x50cm « Douce France« , galerie La meilleure façon d’habiter -J’habite dans la petite maison du milieu, la plus modeste, et je m’y trouve bien… Et vous ?

Mon conseil. – Osons ! Je suis artiste, certes. Mais non point démunie dans mes indignations. Ma petite 🏡 posée en mon joli jardin, elle fait partie de mon élan artistique, de mon goût pour l’indépendance, la solitude et la tranquillité, pour une vie de famille qui s’exerce sans bruits et sans contraintes. – Madame la ministre, enfermez l’idéologie dans un placard lui-même fermé à clé, et laissez-nous en paix. – Tous comptes faits, Madame la ministre, merci ! Après quelques minutes de saine indignation, j’ai trouvé, grâce à vous, le sujet de ma toile !

Le petit grenier de Malika sous une pluie battante

 »-. Au bout de la pièce, l’escalier diabolique, tout grinçant et tout délabré, qui monte au grenier... La, mes frissons deviennent un vrai tremblement. Je tiens la ✋ de Wilfried. Je m’exerce à jouer la comédie parce que, en réalité, je n’ai pas peur du tout. J’imagine une histoire fantastique pour m’exciter un peu.

30x40cm « Le petit grenier de Christine« , galerie La meilleure façon d’habiter

Il y a un grand lit couvert de duvets de plumes… Une couche de poussière épaisse de trois siècles sur le plancher. Des malles dans tous les coins et des vieux meubles vides. Des rideaux de perles qui ont été accrochés aux poutres par de gros clous qui sont maintenant rouillés. Par les petites lucarnes, on voit la prairie toute grise sous la pluie battante, on entend les gouttes fracasser le toit juste au-dessus de nous. J’aime bien ce petit bruit, comme un gémissement, comme des larmes, comme un appel. Les doigts de Wilfried serrent les miens, je suis triste sans savoir pourquoi, mais pas vraiment triste, à la fois triste et heureuse. Étrange. Il m’embrasse sur les lèvres en souriant, son visage devient soudain très doux, si doux, j’ai l’impression qu’il est comme la pluie, qu’il demande la même chose. Le bruit croît, s’amplifie, retombe. Je n’ai plus peur, je n’arrive plus à me dire que j’ai peur.’Valérie Valère (Malika)

Les 🐦 du souci

 »-. Pluie de plumes plumes de pluie. Celle qui vous aimait n’est plus. Que me voulez-vous 🐦 . Plumes de pluie pluie de plumes. Depuis que tu n’es plus. Je ne sais plus où j’en suis. Pluie de plumes. Plumes de pluie. Je ne sais que faire. Suaire de pluie pluie de suie. Est-ce possible que jamais plus. Plumes de suie… Allez ouste dehors hirondelles. Quittez vos nids… Hein ? Quoi ? Ce n’est pas la saison des voyages ?… Je m’en moque. Sortez de cette chambre, hirondelles du matin

Hirondelles du soir partez… Où ? Hein ? Alors restez c’est moi qui m’en irai.. Plumes de suie suie de plumes je m’en irai nulle part et puis un peu partout. Restez ici 🐦 du désespoir . Restez ici… Faites comme chez vous. » Jacques Prévert (Paroles)

Diamètre 50cm « La maison des oiseaux », galerie La meilleure façon d’habiter

Amour-amour

 »-. Entre la Femme-instrument et la Femme-tabernacle, Édouard choisissait la Femme tout court. Méprisant les machos qui font de la femme un simple prolongement de l’homme, ignorant les mystagogues qui en font un fétiche vivant, il condamnait toutes les falsifications d’Ève. Sans méconnaître la saine spontanéité des sens, il devinait confusément que le plaisir n’était peut-être que la perception physique d’une symbiose affective indéfinissable. Cette hypothèse incohérente et floue, qu’il n’avait jamais tenté d’approfondir et dont il se gardait bien de discuter avec son oncle, le portait maintenant à croire que l’amour absolu est un état inaccessible au commun des mortels.

60x80cm « Elle et lui« , collection privée

La voix de son oncle le tira d’une méditation qui n’était pas neuve. -. Il ne faut jamais se moquer des filles qui cherchent un mari, par précaution si l’on est exposé au 💒, par charité si l’on s’en croit exempt-. Je crois que vous contestez l’existence de l’amour-amour, comme un athée conteste l’existence de Dieu. Or nous avons des témoins de la réalité de l’amour, Tristan et Iseut, Héloïse et Abélard, Dante et Béatrice et cent autres couples. -. Tous des malheureux et des malheureuses, mon garçon, ils se compliquent la vie à plaisir. Il n’y a que dans les contes où l’on rencontre des amants comblés. Allons dîner !- » Maurice Denuziere (L’amour fou)

Les canons de la beauté

Aie! Le lobby féministe a encore frappé, voilà qu’il menace, dans son concept et donc dans son existence, le célèbre concours Miss France. Non point que le sujet m’intéresse, à vrai dire il m’indiffère, le poids-plume et désormais largement grand-mère que je suis n’étant pas éligible aux canons de la beauté. Toutefois je plaide pour la liberté de ceux, et surtout celles, que ledit sujet passionne au point de le plébisciter, et même d’y participer, en maillot de bain s’il-vous-plaît.

À vrai dire, ça se discute, sans moi vous l’aurez compris… et ça se dispute. Avec moi. Car, si la représentation de la femme en général, et son image en particulier, sont ainsi contestées sous prétexte de sexisme, va-t-on, dans les galeries et les expositions de peinture, censurer les tableaux de nus ? Et même empêcher la clientèle de s’en procurer, privant ainsi les artistes qui s’adonnent au menu plaisir de représenter les nanas artistiquement dénudées d’une source d’inspiration (et de revenus…) non négligeable ? Au secours, les censeurs sont de retour ! Voilà qui me rappelle désagréablement le sort du tableau de Gustave Courbet  »L’origine du monde », lequel au dix-neuvième siècle fut jugé indécent et même pornographique, et caché comme tel aux yeux du public…

50x60cm « La Rouquine »
50x50cm « Attirante », poème Clara Dupard
50x50cm « Bulles de savon »

Mon conseil. -. L’art de PEINDRE ne passe pas par la censure, mais par la mesure. Chaque artiste est assez raisonnable, et mature, pour traiter tel ou tel sujet qui l’inspire, que ce soient des fleurs, des 🐦, des paysages ou des individus dénudés. La seule restriction étant de garder à chaque chose, ou à chaque personne, sa dignité d’être -. Voilà qui me donne envie de continuer ma série de nus, et pourquoi pas d’en faire l’objet d’une future exposition. Na !

70x50cm « Portrait d’une courtisane »

40x50cm « Impudique« , vendu, poème de Mawé
40x50cm « Inclination », vendu, poème de Clara Dupard

Camper avec les 🐻

 »-. Au Canada, dans mon pays natal, il y a beaucoup d’ours, des dizaines de milliers. Dans les 🗻, les habitants ont appris à vivre avec eux. Un de mes souvenirs se situe au cours d’un été de 🏕️, près d’un immense lac sauvage. Notre petite troupe arrive sur une 🏝️ densément couverte de conifères, pour y monter la ⛺. Pour la première 🌃, des secousses brèves agitent soudain la toile et se répètent plusieurs fois. Un coup d’œil à l’extérieur nous montre une forme sombre qui se déplace sous les haubans fraîchement arrimés au sol. C’est un 🐻 brun. Il s’agite et inspecte le sol de son museau, manifestement en quête de nourriture. Nous nous enfermons dans nos sacs de couchage, peu rassurés. Il y a donc des 🐻 sur l’île…

40x40cm  »Gare à l’🐻 », galerie Bestiaire

Le lendemain, conciliabules et bonnes résolutions. Plus jamais de nourriture près de la tente. Éloigner la batterie de cuisine de notre lieu de couchage. Enfermer les vivres et les déchets dans des récipients hermétiques, car les 🐻 adorent les poubelles mal fermées. Et aussi, fierté plus tard de claironner à nos familles. –. Il y avait des ours ! Mais pas de problème, nous avons cohabité pacifiquement-. » Hubert Reeves (Chroniques du ciel et de la vie)