Miserere Mei Deus

« Pitié pour nous, Seigneur, tes derniers survivants, car tu nous as donné ces morts en héritage. Nous sommes devenus les pères de nos morts. Pitié pour nous, Seigneur, pitoyables marâtres, qui avons engendré ces hommes dans la mort. Et nous voici séparés d’eux par leur cadavre, ceux qui sont déjà morts et fondus dans ta nuit.

Notre obscure journée s’éblouit de leur nuit, notre chair se révulse au contact de leur ombre. Nous n’avons point assez de nuit pour nous terrer. Nous sommes nus jusqu’à la moelle dans leur gloire, et nos mots tombent en poussière en leur pensée. Nous sommes devenus étrangers à nous-mêmes. De grands vents soufflent qui nous chassent de la chair.

Nous tremblons de mourir et nous tremblons de vivre. Nous sommes pour toujours en deça de la mort.« . Pierre Emmanuel

60x 80 cm Adieu, collection privée
80x60cm Collection privée « Adieu »

La couleur de la folie

« Pas d’art sans ivresse. Mais alors, ivresse folle ! Que la raison bascule ! Délire ! Le plus haut degré du délire ! Plongé dans la brûlante démence ! Bien plus loin qu’aucun alcool ne va ! L’art est la plus passionnante orgie à portée de l’homme ». Jean Dubuffet

« Longtemps je suis resté attablé. Tout en fumant cigarette sur cigarette, j’ai vidé toute la bouteille de rouge. Mes pensées filaient à toute vitesse, mélangeaient sans cesse les heures, les lieux, le visage des gens, leurs paroles. C’étaient des trognes hilares et grotesques, des têtes en forme de groin, des bras, des jambes au bout desquels fleurissaient des plantes monstrueuses, des pattes de sauriens, d’animaux redoutables…

Peindre. Peindre ces visions inouïes, le plus rapidement possible avant qu’elles ne se diluent et ne s’évaporent à jamais. J’ai tressauté si fort que la bouteille s’est renversée sur la table. Je n’y ai pas touché, je me suis jeté dans le corridor en direction de mon atelier. Je me suis saisi d’une toile vierge et je l’ai suspendue au chevalet.. J’ai rassemblé quelques tubes de couleur à l’huile, des pinceaux plats, une palette, les ai rangés sur le coin d une planche à dessin. Dans ma tête, ce n’était qu’une seule physionomie, qu’une seule et unique expression, qu’une seule et unique folie. Il fallait, il fallait coûte que coûte que je la représente, que je la trace pour toujours !

Je la voyais noire et rouge. Surtout rouge, rouge amarante, rouge vermeil, rouge pourpre, rouge cramoisi, rouge grenat, rouge sanglant. Sanglant. J’ai regardé mes mains nues, mes poignets. Est- ce que je pouvais peindre avec mon propre sang ?«  Jean-Baptiste Baronian, Tableaux noirs

40x40xm Suis-je folle
Suis-je folle ?

Venise de mon coeur, Venise de mes peurs, Venise de mes pleurs

« Dans Venise la rouge, Pas un bateau qui bouge, Pas un pêcheur dans l’eau, Pas un falot.

Seul, assis à la grève, Le grand lion soulève, Sur l’horizon serein, Son pied d’airain.

Autour de lui, par groupes, Navires et chaloupes, Pareils à des hérons, Couchés en rond,

Dorment sur l’eau qui fume, Et croisent dans la brume, En légers tourbillons, Leurs pavillons.

La lune qui s’efface Couvre son front qui passe D’un nuage étoilé demi-voilé.

Ainsi la dame abbesse De Sainte-Croix rabaisse Sa cape aux larges plis Sur son surplis.

Et les palais antiques, Et les graves portiques, Et les blancs escaliers Des chevaliers,

Et les ponts et les rues, Et les mornes statues, Et le golfe mouvant, Qui tremble au vent,

Tout se tait, fors les gardes Aux longues hallebardes Qui veillent aux créneaux des arsenaux.

Et maintenant, plus d’une Attend, au clair de lune, Quelque jeune muguet, L’oreille aux aguets.

Pour le bal qu’on prépare, Plus d’une qui se pare, Met devant son miroir Le masque noir »…Venise de mon coeur, célébrée par Alfred de Mussset. Venise de mon coeur, que je t’aime !

Hélas, l’actualité en cours nous fournit un énième drame de marée haute en plusieurs épisodes, le plus grave probablement depuis le dix neuvième siècle, qui submerge à la fois la cité et nos espoirs. Sachant que la digue « Moïse », sensée la sauver des eaux, en travaux depuis quinze ans, contestée et contestable, entachée de corruption et de malfaçons, n’est toujours pas opérationnelle. Peut-être d’ailleurs ne sert- elle que d’alibi à la folie des hommes ? J’ai peur, mais je me refuse à croire que la Sérénissime ne soit qu’un mythe condamné…Venise de mes pleurs, que je t’aime !

Bons baisers de venise 60x60cm CNL acrylique et collage
« Bons baisers de Venise » 60x60cm

Le clocher de l’église est un doigt qui monte au ciel

« Depuis le Rhône jusqu’au fleuve côtier du Var, qui marquait l’ancienne frontière de la région provençale, on rencontre des villages et des sites caractéristiques sous un soleil ardent. Certains de ces villages sont devenus des bourgades, parfois même des villes. Mais, à toutes les dimensions, ils sont issus de la bonne même vieille race. Leurs noms permettent généralement de déterminer leur ancienneté. Car, si le nom peut se modifier, il ne se perd pas, il est le témoin permanent laissé par la tradition.

La plupart des villages provençaux sont construits dans les anciens domaines gallo-romains. L’église est venue ensuite assurer leur unité, et les clochers, comme les bornes, comme les drapeaux, les ont confirmés dans les limites du comté.

Le clocher est un doigt qui monte au ciel, dit-on. Il est aussi la voix qui clame l’enthousiasme et la saveur de la terre. Rien n’est plus émouvant que l’envol de l’Angélus au-dessus du village, dans la paix des champs et la senteur des plantes aromatiques. Auprès de l’église et du clocher, on voit encore souvent le vieux château et les vestiges du rempart. ». André Bouyala d’Arnaud, Provence des Villages, 1967

60x60cm senteurs de provence
60x60cm « Senteurs de Provence » (Galerie La Meilleure Façon d’habiter)

Sur la route de Louviers

Sur la route de Louviers il y avait un cantonnier et qui cassait et qui cassait et qui cassait des tas de cailloux pour les mettre sous le passage des roues.

Une belle dame vint à passer dans un beau carrosse doré et qui lui dit – « Pauvre cantonnier, tu fais un fichu métier ! » Le cantonnier lui répond – « Faut que je nourrissions nos garçons, car si je roulions carrosse comme vous, je ne casserions point de cailloux ».

La Belle Dame au carrosse Doré (Contes en Rose)
« La belle dame au carrosse doré », Contes en Rose (Galerie Contes pour Petits et Grands)

Cette réponse se fait remarquer par sa grande simplicité. Ce qui prouve que les malheureux, s’ils le sont, c’est malgré eux. (Chanson populaire anonyme)

Tous ceux qui, comme moi, ont l’esprit taquin, ne pourront s’empêcher de penser que l’affaire n’a guère évolué, et que quand ceux qui réussissent croisent ceux….etc………..! Sempiternelle litanie de ceux qui n’ont rien, espèrent un peu, et ne trouvent guère que des cailloux, des tas de cailloux, des tas et des tas de cailloux, car ils sont restés pauvres cantonniers, invisibles mais revêtus d’un Gilet Jaune, sur la route de Louviers…

« Ferme ta gueule ! »

Ce sont, grosso-modo, les termes utilisés par le général Jean-Louis Georgelin (que vient d’ailleurs faire l’armée dans cette affaire ?), missionné par le président de la république pour coordonner et surtout influencer les travaux de restauration de Notre-Dame-de-Paris. Cette invective, fort peu aimable et susceptible d’enclencher les polémiques, s’adresse à l’architecte en chef des monuments de France chargé, lui, de superviser le projet, à savoir le malheureux Philippe Villeneuve. Lequel a émis l’idée, somme toute fort logique, que la flèche de la cathédrale pourrait être reconstruite à l’identique. Philippe Villeneuve ne manque d’ailleurs pas d’arguments, le coq qui surmonte ladite flèche a été miraculeusement sauvé bien qu’il soit un peu cabossé. Quant aux douze statues d’apôtres et quatre statues d’évangélistes avoisinant la flèche, elles avaient été déposées peu avant l’incendie pour restauration et pourront être dûment réutilisées.

Que nenni. Qu’importe les arguments patrimoniaux, au nom, sans doute, d’une quelconque visée présidentielle donc politique En Marche vers le spirituel, les incompétents, comme toujours, ont tranché. Cela sera du contemporain, ou cela ne sera pas. Tous le petit doigt sur la couture du pantalon, garde-à-vous ! Pauvre cathédrale, encore un nouvel outrage ?

notre dame de paris 40x60
40x60cm « Notre-Dame-de-Paris « (Galerie Chemins de spiritualité)..Mais c’était avant…

PS. Au fait, qu’en pense notre ministre des affaires culturelles, car il paraît que nous en avons un, bien peu présent sur ce dossier ? Franck Riester s’est finalement fendu d’un tweet appelant au « respect ». Dont acte.

De l’autre côté du miroir

« Oh, Kitty ! Comme ce serait merveilleux si l’on pouvait entrer dans la maison du miroir ! Je suis sûre de ce que je dis, oh, elle contient tant de belles choses ! Faisons semblant d’avoir découvert un moyen d’y entrer, Kitty. Faisons semblant d’avoir rendu le verre inconsistant comme la gaze et de pouvoir passer à travers celui-ci. Mais, ma parole, voici qu’il se change en une sorte de brouillard ! Cela va être un jeu de le traverser… »Lewis Carrol, Alice au pays des merveilles

Vous n’y croyez pas, vous êtes sceptique, dubitatif, cartésien peut-être. Lewis Carrol persiste et signe. « Je pense qu’un être humain est capable de plusieurs états physiques et de différents degrés de conscience. -L’état ordinaire, où il n’a pas conscience de la présence des fées. -L’état d’enchantement, dans lequel, tout en étant conscient du monde alentour, il est également conscient de la présence des fées. -Une sorte de transe, dans laquelle, bien qu’il n’ait pas conscience de l’environnement réel et qu’il soit apparemment endormi, il (c’est-à-dire son essence immatérielle) migre vers d’autres lieux, que ce soit dans le monde réel ou au pays des fées, et il a conscience de la présence des fées« . Vous m’en dire tant ! Convaincus ? Je n’en doute pas. Rendez-vous de l’autre côté du miroir, à tout de suite !

Alice au pays des merveilles
80x60cm « Alice au pays des merveilles », Contes pour petits et grands

Au pied de mon arbre à peine esquissé

« Au pied de mon arbre à peine esquissé, Voler un moment de bonheur partagé. Est-ce le printemps, l’hiver, l’automne, ou bien l’été ? Qu’importe, le décor est planté, Les feuilles vertes aux reflets nuancés Baignent la ramure d’une lueur bleutée.

Puis il suffit d’imaginer. En escouades se sont posés les oiseaux du monde entier. Chanter leur vibrante mélopée, C’est plus qu’un métier, C’est leur destinée. Au pied de mon arbre enchanté, par leurs cui-cui attirés, Un couple d’amoureux s’est réfugié. Tendrement enlacés, Cachés sous la ramée, Refaire le monde à leur idée, c’est leur priorité…Baisers tendres les ont enflammés, caresses appuyées les ont entraînés…Et plus si affinités, et affinités il y avait. C’est le moment M, l’instant T..Sous mon arbre à peine esquissé, point n’est besoin de procréation médicalement assistée. »

90x30cm L'Arbre de Papier
90x30cm L’arbre de papier (Galerie La vie rêvée des arbres)

Ouest

Le 9 novembre 1989 le mur de Berlin tombait. Est et Ouest étaient réunifiés. Un vent de liberté enfin soufflait. La foule en liesse l’événement célébrait. Le violoncelle de Rostropovitch vibrait.

50x50cm Ouest Galerie Chaos
50x50cm « Ouest » (Galerie Chaos)

J’ai peint ce tableau il y a dix ans déjà, pour célébrer le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, qui résonnait en moi comme la fin de la guerre froide et la réconciliation entre des pensées différentes. Que j’étais donc encore naïve, de n’avoir pas pressenti que d’autres murs, visibles ou invisibles, se bâtiraient, que d’autres tyrannies s’installeraient, et que l’être humain de bonne volonté serait encore et toujours dupe.. ..Le « mur de la honte » se serait-il mué en mur des désillusions ?

S’attaquer, partition en tête, à Carmina Burana

Je suis soprano, j’aime chanter. J’ai donc rejoint une chorale qui participe à un projet ambitieux. Il s’agit, sous la conduite d’un chef à juste titre exigeant, de s’attaquer, en compagnie d’un orchestre et de deux autres chorales, aux cantates profanes Carmina Burana, de Carl Off, rien que ça s’il vous plait ! Nous sommes géographiquement repartis sur une bonne centaine de km, dans un de ces territoires injustement traités d’incultes. Voilà qui promet des regroupements musicaux et des concerts empreints de la vitalité d’un collectif enthousiaste.

En attendant ces jours fastes, j’écoute en boucle le CD dans mon atelier, car la partition est ardue et s’ajoute à un livret en latin et vieil allemand. Cette ambiance musicale intense, jointe à des répétitions nombreuses et studieuses, m’a mise en condition, celle de représenter picturalement Carmina Burana.

J’ai fait le choix arbitraire d’un quadriptyque, soit quatre toiles de 40x40cm, représentant chacune des structures engagées musicalement dans le projet. Et de couleurs fortes, rouge, vert, noir, blanc, jaune et orange, pas une de plus. Mon médium est l’acrylique, dont la rapidité de séchage convient à la fulgurance de mes idées. Comme d’habitude, je ne m’astreins pas à un croquis préparatoire, et je me lance « à l’arrache », il s’agit de privilégier la vie, y compris et surtout au détriment de l’exactitude du tracé, car la précision n’est pas mon propos du moment… Voilà, c’est terminé. Bâclé, vernis, signé et assumé…des mois avant le bouclage du spectacle. Il faut dire que j’étais seule face à mes choix et mes doutes, alors que nous serons, dans quelques mois, et ce pour quatre concerts, quelque 180 interprètes sur scène !

Quadriptique 80x80cm Cantate profane Carmina Burana (Galerie XX Large

Quadriptyque 80cmx80cm « Cantates profanes Carmina Burana » (GalerieXXLarge)