Corvée de mariage

 »-. Eh bien, je n’ai jamais voulu me marier. -. Te marier ou être mariée ?-. Me marier. Les réceptions de mariage et tout ça. Je déteste les mariages. Je n’aime même pas y assister. J’ai toujours l’impression que c’est une épreuve horrible pour tout le monde. Surtout pour la pauvre mariée.

-. Je croyais que toutes les jeunes femmes rêvaient du jour de leurs noces. -. Pas moi. J’en ai tellement vu, comme demoiselle d’honneur ou comme invitée. C’est toujours pareil. Si ce n’est que chacun est un peu plus extravagant et prétentieux que le précédent. Et il faut des mois pour organiser un mariage, des essayages, des listes d’invités, et les vieilles qui minaudent en parlant de la lune de miel, et la cousine hideuse comme demoiselle d’honneur. Ensuite, ce sont des centaines de cadeaux consternants. Les porte-toasts, les vases japonais et les tableaux dont on ne voudrait pas sur ses murs pour tout l’or du monde. On passe son temps à rédiger des lettres de remerciements dont on ne pense pas un mot. Et tout le monde est tendu, malheureux, et on fond en larmes toutes les cinq minutes. Ce qui est miraculeux, c’est qu’on se marie, mais je parie que la plupart des filles font une dépression pendant leur voyage de noces… » Rosamunde Pilcher (Retour en Cornouailles)

L’Atelier  »Lecture » de Christine

Jolie journée de fin d’été… Il est temps de mettre le nez hors de mon atelier de peinture pour une promenade hygiénique tout autour du plan d’eau bucolique qui jouxte ma maison. En fait, j’y ai rendez-vous avec la boîte à livres, bien achalandée, qui y est judicieusement installée.

Bonne pioche, un nouvel arrivage titille mon intérêt. Mon oeil, en quête de trouvailles, est attiré par un titre enjôleur  »Djebel Amour », de Roger Frison-Roche. Je connais cet auteur, mais pas cet ouvrage, je vais lui donner sa chance. Ce qui me plaît, c’est le titre, et surtout la promesse dudit titre.

Avant même de me plonger dans ce gros pavé (que je délaisserai, illico, si je n’accroche pas), je rêve du Sahara, ou plutôt je rêve d’un pays rêvé. Cette région, immense et désertique, abrite, d’après un résumé prometteur, les amours d’un sheikh et de sa colombe venue de. France, voilà qui promet bien des péripéties. Bref… L’image me parle, je tiens l’idée, je la mets derechef en peinture en l’enjolivant, au risque d’être déçue et de décevoir. L’amour n’a pas de frontières, mais il a un visage, exotique autant que déconcertant. Celui de ‘‘Mon prince du Désert ».

60x60cm encadré « Mon prince du désert » (Galerie Chemins de spiritualité)

Mon conseil. – C’est cela, la lecture. C’est cela, la peinture. Des images fortes qui défilent, plutôt qu’une réalité souvent tristounette. Et tant pis si elles ne correspondent pas à la réalité.- Au pire, après avoir lu  »Djebel Amour », j’eûs pu rebaptiser le tableau pour l’intégrer dans une autre partie du récit. Ou, si l’osmose ne s’était toujours pas réalisée, dans un autre bouquin. En attendant, qu’est-ce qui m’empêchait d’imaginer ? De suggérer ? De PEINDRE ?

La bande des »demoiselles »

 »-. Certains de mes auditeurs, remarqua Mr Pentwick, sans que j’intervinsse, ont exprimé parfois un certain scepticisme sur la réalité de cet épisode. Ils ont avancé l’hypothèse que Tom et Martial, fatigués par le voyage, le vin aidant, se seraient couchés au bord de la route, peut-être même avoir cédé dans une demi-ivresse leur chambre à deux voyageuses.

Cette histoire ne serait qu’un rêve, le songe de jeunes gens sains et robustes. Pour expliquer l’identité des récits des deux voyageurs, ces sceptiques avaient fait appel à certaines expériences tentées par des hypnotiseurs qui auraient abouti à la conclusion que deux sujets endormis, rêvant à haute voix, peuvent se suggérer des scènes qu’ils croient ensuite avoir vécues ensemble.

Mais, poursuivit Mr Pentwick, outre que Tom et Martial étaient loin d’être des fabulateurs et des vantards, les grottes transformées en caches relevaient du fait historique. Et il existait bien, à cette époque, des bandes de  »demoiselles’‘, contrebandières ou bandits des grands chemins. L’une d’elles avait défrayé la chronique. Ces jeunes femmes attaquaient les diligences, les voyageurs isolés, pillaient et tuaient même, se réfugiant ensuite dans les montagnes et au cœur des forêts. Il avait fallu, pour les réduire, mener contre elles de véritables opérations de guerre. C’étaient des femmes de cette trempe. » MC Davet (La nouvelle malle des Indes)

Le décor est planté

 »-. La pièce était ouverte. Judith se retrouva dans une longue pièce spacieuse et claire qui occupait tout le rez-de-chaussée, un mur de séparation ayant été abattu. Une sorte d’atelier, se dit-elle. Les murs étaient blancs, la moquette beige et les rideaux en lin naturel. Les rideaux noirs obligatoires étaient roulés, de sorte que la lumière matinale filtrait à travers la trame lâche du lin. Un kilim était jeté sur le dossier du sofa, devant lequel il y avait une table basse composée d’une plaque de verre soutenue par deux lions en porcelaine ancienne, sans doute venus de Chine il y avait bien longtemps. Sur cette table s’empilaient des livres, et au centre trônait une sculpture moderne.

Surprenant. En poursuivant son inspection, Judith aperçut une toile abstraite accrochée au-dessus de la cheminée, sans cadre. Granuleuse et brillante, la peinture semblait avoir été appliqué au couteau. De chaque côté de la cheminée, deux niches contenaient une collection de coupes vertes et bleu vif. Par la fenêtre, on apercevait le jardin, longue pelouse flanquée de massifs débordants de dahlias et d’asters de couleurs vives.

Judith, près de la fenêtre, tournait les pages d’un livre de reproduction en couleurs des oeuvres de Van Gogh. -. Je ne sais pas si j’aime Van Gogh ou non. -. Il est un peu déroutant, n’est-ce pas ? Mais j’aime ses ciels d’orage, ses champs jaunes et ses ciels crayeux. -. La pièce est ravissante. Pas du tout ce que j’attendais. » Rosamunde Pilcher (Retour en Cornouailles)

Les amours de l’Agasse et du Martin- Pêcheur

 »-. Il n’était rien, cet orgasme. Qu’un mystère. Martin Gahus s’était enfui devant ce que Marthe n’arrivait pas à considérer comme une passade. Elle venait d’apprendre qu’il voguait sur un morutier parti du port de Bassens, pour une longue campagne de pêche. Il avait réussi à se faire engager comme ramendeur de filets. Elle ne savait pas quand il reviendrait des mers d’Islande. Ni s’il reviendrait.

Le feu d’artifice de la première nuit avec Martin-Pêcheur, provoqué peut-être par le long désir différé, étouffé, s’était survécu avec difficulté. Il les avait trop épatés. Le Pêcheur avait eu peur de Marthe. Elle, pas assez de lui. Quatre mois ne s’étaient pas écoulés qu’elle avait été obligée, pour ménager ses respirations, de rompre le courant qui les entraînait dans une sorte de névrose où le oui de l’un provoquait le non de l’autre. Le oui de l’autre, l’incompréhension de l’une. Leur liaison, comme une eau incapable d’atteindre la mer, s’échouait dans les sables.

-. Ah… Ne m’embête pas avec cette histoire. Elle était fichue d’avance. Vous étiez faits pour vous entendre comme l’Agasse (la pie) et le coucout (le coucou). Tu n’es même pas capable de vivre une aventure. Il faut tout de suite que tu grimpes. Bien fait pour toi ! » Michelle Perrein (Les Cotonniers de Bassalane)

Mes mots en couleurs

Mauvais titre ! Ne devrais-je pas plutôt annoncer  »Mes maux en couleurs ? » Couleurs dont, vous l’aurez compris, je suis une fanatique. Rouge pétant, bleu azur, rose fushia… Tout ce qui donne de la joie et de l’optimisme, dans un monde morose et sinistre.

Hélas, la clientèle boude. Ma gamme chromatique serait-t-elle de mauvais goût, ne correspondrait-elle plus au conformisme ambiant ? Sans me renier, il me faut m’adapter, et partir sur de nouvelles bases, fleuries certes puisque c’est ce qui plait, mais adoucies. Tendres. Calmées. Aseptisées. Soit un bouquet presque fané, en harmonie avec le pessimisme affiché du public. Si, c’est vrai, je vous l’assure, j’ai fait un mini-sondage. Bref, bingo… vendu !

Mon conseil. -. Les étagères de mon atelier ploient sous les divers flacons, tubes, pots et autres récipients, tous susceptibles de proposer une gamme chromatique diversifiée. Pour cette expérience à laquelle je ne croyais guère, je me suis contentée de sélectionner ma gamme habituelle, adoucie avec un zest de blanc de titane. Ouh, la vilaine ! -. Finalement, j’ai pris plaisir à diversifier ma palette. Et à considérer la vie avec certes une intensité moins ardente, … mais en y ajoutant un brin de poésie.

50x70cm « Rêve de fleurs », Vendu (Galerie Dites le avec des fleurs)

Épitaphe

 »-. Durant son long séjour parmi nous, Aurélie Lalla Tidjania a été un modèle de droiture, de bonté, de générosité. De mémoire d’homme, elle n’a jamais froissé un musulman dans ses convictions religieuses, aussi a-t-elle toujours été entourée du respect unanime des gens du Sahara. Il est juste et bon qu’elle reste définitivement avec nous-.

On épilogua longtemps sur cette mort. Quelques mois plus tard, un officier des Affaires musulmanes se rendant à Kourdane en mission officielle fut invité à visiter la tombe d’Aurélie. Une stèle de marbre avait été dressée, portant cette épitaphe :-. Ci-gît Madame Aurélie Tidjania, décédée le 28 août 1933 à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Mourut musulmane devant plusieurs témoins à Kourdane-. Intrigué, l’officier, qui lisait parfaitement l’arabe, déchiffra l’inscription sur l’autre côté de la stèle : -. Ceci est le tombeau de Madame Aurélie, épouse du cheikh Si Ahmed Tidjani, décédée dans la religion musulmane à la zaouia de Kourdane, le lundi 28 août 1933, devant une assemblée de témoins attirés musulmans.

L’officier rendit compte à ses supérieurs. On en discuta longtemps dans les popotes. Chrétienne ou musulmane ? Un jeune aspirant un peu fougueux tira la morale de cette histoire. -. Une chose est certaine. La Tidjania croyait en Dieu, et n’oublions jamais qu’en arabe Dieu se dit Allah ! Peut-être dans sa foi naïve confondait-elle les deux religions. On ne vit pas soixante ans dans l’atmosphère religieuse d’une zaouia, ou dans un monastère, si l’on ne croit pas en Dieu ! » Roger Frison-Roche (Djebel Amour)

Mon père était navigateur…

… »-.      . Il travaillait pour les grandes compagnies qui nourrissaient alors la prospérité et l’orgueil de Marseille, Charles-le-Borgne, Fabre, les Messageries maritimes. Il embarquait pour Port-Saïd, l’Extrême-Orient, Madagascar, l’Inde ou les Amériques, à bord de navires dont les noms attisaient l’imagination : le Champollion qui, une nuit de décembre, devait s’empaler sur des récifs rocheux, au milieu des bancs de sable, le Lyautey, l’Aldébéran, le Sagittaire… Ils rejoignent dans la mémoire ceux des navires célébrés par le poète Louis Brauquiez, amarrés dans tous les ports du monde.

Absent durant de longs mois, mon père avait accompli plusieurs fois le tour du monde, tandis que ma mère veillait à l’éducation des enfants. C’était un homme rude, avare de récits, peu loquace. Il menait la vie des gens de mer, toujours en transit dans l’attente d’appareiller. Le sac toujours prêt. Mais, à chaque retour, il était gonflé de cadeaux. De somptueux coquillages d’Afrique, un petit singe malicieux, un arc offert par un authentique Indien d’Amérique du Sud, avec de vraies flèches… » Georges N’Guyen Van Loc (Le Chinois)

Sept heures et demie

 »-. Quelque part dans le jardin, un oiseau chanta. En bas, une porte s’ouvrit et se referma. Elle s’adossa à ses oreillers de lin et attrapa ses lunettes sur la table de chevet. C’était une grande table de chevet, presque un bureau, en raison du nombre d’objets, petits mais indispensables, qu’elle devait garder à portée de main. Ses lunettes, son verre d’eau, une boîte de biscuits, un bloc de papier et un crayon bien taillé au cas où une idée géniale lui traverserait l’esprit au milieu de la nuit. Une photo de son défunt mari, Eustache Boscawen, lui jetant un regard sévère depuis son cadre de velours bleu. Sa bible, le livre en cours, Les Tours de Barchester.

C’était la sixième fois qu’elle le lisait, mais Trollope était si réconfortant. En sa compagnie, on se sentait pris par la ✋, et ramené vers un passé plus paisible. Elle eut du mal à trouver ses lunettes. Du moins n’avait-elle pas de dentier pour lui sourire au fond d’un gobelet. Elle était fière de ses dents. Combien de vieilles femmes de quatre-vingt-cinq ans avaient encore les leurs ? Elle regarda l’heure. Sept heures et demie. » Rosamunde Pilcher (Retour en Cornouailles)

Spécial Expo…Hauts les coeurs!…

 » Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste  ». Sans doute, cet adage zen sert de fil conducteur à mon existence. Et me pousse, alors qu’il n’y a que des coups à prendre, à reconduire  »La » grande affaire artistique de l’Atelier du jeudi. Sous l’égide de notre association de tutelle, la structure organise la seconde édition de l’exposition de peinture ouverte à tous en la salle polyvalente de notre village de 1800 habitants.

Autant dire que je m’apprête à vivre des moments automnaux de grande solitude, mon petit coin de territoire rural privilégiant nettement l’agriculture à la culture…. je me prépare également quelques insomnies et coups de fatigue, car les mesures sanitaires sont incontournables. Il faudra s’adapter.

Il est trop tard pour reculer. Avec une aide minimaliste, mitigée et plutôt réticente mais parfaitement compréhensible compte tenu des temps troublés que nous vivons, je lance… une opération gratuite pour les quelques dizaines d’artistes qui sont invités à s’inscrire. Mon budget est basé sur une prévision de zéro euro, budget parfaitement tenu l’an dernier en faisait appel aux prêts de salle et matériel, personnel municipal, inscriptions en ligne, dons, huile de coude, gâteaux faits « maison », amis musiciens pour animer le vernissage. Sachant que cette année, nos invités devront se régaler de nos discours et non du pot de l’amitié complété de petits fours. Soit, hélas, une dépense, et du travail, en moins.

Le plus difficile sera d’attirer les peintres, et les visiteurs… Rien n’est gagné, même si la prestation 2019 s’était déroulée au mieux. Mais nous ne vivions pas sous la menace du coronavirus… Hauts les coeurs! Allez, c’est dit, je me lance!