Mordue par un 🐺 !

 »-. Les bois étaient plongés dans les ténèbres et l’on ne distinguait plus l’entrée du chemin, gommée par le brouillard. Tita se mit à marcher. Le froid l’engourdissait, mais une fièvre de peur courait sous sa peau. Le silence même était menaçant. D’un pas titubant, elle atteignit la lisière à l’aveuglette, où son premier instinct fut de vérifier que le manoir était toujours derrière elle, et toujours visible la lumière du salon. La gorge sèche, elle hasarda son regard au milieu des 🌲 fondus par la brume, et l’épouvante commença. Les yeux des 🐺 luisaient, s’éteignaient, des ombres étaient tapies dans les ombres, les fougères à tête de 🐺 bougeaient, des cagoules et des ailes noires se frôlaient par intermittence, la frôlaient, elle était guettée par la 🌃. Les pattes velues, les ongles, les crocs des bêtes silencieuses allaient bientôt la déchirer.

50x50cm, sur panneau de bois,  » Sortilèges dans les bois retaillons », galerie La vie rêvée des 🌲

Elle se retourna, la lumière avait disparu. La panique s’empara d’elle. Et Tita prit ses jambes à son cou sans rien voir, galopa jusqu’au manoir à perdre haleine, pour s’apercevoir à l’arrivée que le salon était toujours éclairé. Se cherchant un prétexte avant d’entrer, elle retroussa la manche de son chandail et se mordit si fort qu’elle faillit tourner de l’oeil, pas loin d’imaginer qu’un vrai 🐺 lui avait bel et bien planté ses crocs dans la chair. Elle se glissa dans la 🏡, vit le couvert déjà dressé pour le dîner, ne rencontra personne et monta directement chez Zénia. -. Tu pourrais frapper. Qu’est-ce que j’ai eu peur !-. Regarde, Zézé, il m’a mordue -. Qui t’a mordue ?-. Le 🐺…  » Yann Queffelec (La femme sous horizon)

Tchou Tchou !

 »-. Dis-moi combien de temps encore le voyage va durer ?-. S’il n’y a pas de bandits sur la route, de suicidés ou de paysans endormis sur la voie, nous serons à Sou-Tcheou dans une heure environ -. Pourquoi parler de suicidés, pourquoi des gens du train voudraient se suicider ?-. Pas dans le train, mais sur sa route. La fin de l’année approche, il faut payer ses dettes, faire ses comptes. Mais beaucoup de pauvres gens ne peuvent pas payer leurs dettes, ils ne peuvent pas vivre avec ce déshonneur, mais ils ne peuvent pas se permettre de mourir décemment. Alors, ils se tuent près de la voie, sachant que la compagnie des chemins de fer paiera cercueils et enterrements plutôt que de laisser leurs corps pourrir en vue de tous les voyageurs -.

40x40cm  »Le petit train jaune »

Mère, si les compagnies payent pour ça, pourquoi ne donnent-elles pas tout simplement l’💰aux gens ? Alors, ils pourraient payer leurs dettes, et personne n’aurait besoin de mourir-. Ce n’est pas si simple, Jade Lustrée. Parce que c’est ainsi, ma fille. Depuis qu’il a des hommes sur terre, il y en a qui possèdent plus que d’autres. Certains prêtent, et d’autres empruntent, et il en sera ainsi pour l’éternité. C’est le Sage lui-même qui nous a enseigné qu’il est plus facile de déplacer les 🗻 que de changer le ❤️ des hommes -. Mère, c’est peut-être difficile, mais je ferai les deux. Je le ferai -. Sans attendre de réponse, elle se tourna de nouveau vers la vitre. » Bette Bao Lord (🌙 de printemps)

Le charme discret de la peau de léopard

Non contents de nous faire mille misères au quotidien, voilà que les dirigeants et autres membres du gouvernement de notre beau pays France ont inventé le concept de la peau de léopard. – L’énergie viendra à manquer, mes chers concitoyens, attendez-vous à des délestages et autres coupures de courant. Voilà certes qui ne vous facilitera pas la vie, mais palliera au mieux, pour ne pas dire au pire, à notre manque de discernement, d’anticipation et, osons lâcher le mot et faire ainsi notre autocritique, d’envergure politique. Soixante pour cent d’entre vous seront concernés, selon une carte de l’hexagone où les taches, semblables à la fourrure dudit félin, abonderont, ou pas, votre desserte électrique. Joyeux Noël et bonnes fêtes, après, ou peut-être avant, on coupe !-

Aïe, je crains le pire. Mon modeste village, bucoliquement éloigné des métropoles, sera sans doute parmi les premiers concernés, sachant que les habitants desdites Métropoles, non seulement obtiennent en 🎁 de Noël la promesse qui n’engage à rien de se voir dotés à terme d’un R.E. R fonctionnant probablement à l’eau de pluie, mais ne seront guère déconnectés du réseau électrique, ce qui impacterait leur vie économique et citoyenne. Le charme exotique du léopard, avec bougies et col roulé à l’appui, ce sera pour les territoires ruraux, déjà bien déshérités… Le léopard, tapi dans la jungle et guettant sa proie, a déjà vendu son âme au 😈, et sa peau tachetée à nos élites.

50x50cm  »Trophée de chasse  », galerie Bestiaire

Mon conseil. – Vous aimez, tout comme moi, la lecture ? Il est encore temps de modifier votre liste de 🎁 à Père Noël. Faites -vous donc offrir, en lieu et place de la 💍en 💎 pour vous Mesdames , ou du 💻 pour vous Messieurs, dûment escomptés, une lampe frontale à manivelle. Vous bouquinerez au chaud sous votre couette au clair de 🌙. – Faites également, tout comme moi, provisions de lampes torches et d’allumettes, et n’oubliez pas votre bonne humeur, ni votre sens de l’humour. Léopard vous salue bien !

Escapade en couleurs et odeurs

 »-. La ville entière était éveillée et fêtait joyeusement la déesse de la Richesse et de la Prospérité qui, ce jour-là, visitait chaque foyer. Les rues avaient été soigneusement nettoyées et balayées, ce qui les changeait considérablement de leur aspect habituel. Devant les 🏡, sur les façades éclairées par les petites lampes de terre cuite, des poudres de toutes les couleurs dessinaient les motifs les plus divers. Au bazar, généralement désert la 🌃, la plus grande animation régnait. Chaque boutique avait été transformée en salon de réception grâce à de riches tentures de soie pendues aux murs, de somptueux tapis jetés sur le sol, et des lustres en verre de Bohême suspendus au plafond. Les propriétaires y recevaient leurs familles et voisins, on mangeait, on buvait, on se montrait joyeux. Le bazar entier scintillait de lumières et résonnait de la musique entraînante que les orchestres jouaient aux carrefours.

50x70cm  »Le bouquet de couleurs  », vendu, galerie Dîtes-le avec des fleurs

Serrés l’un contre l’autre, la Rani et Roger se laissaient porter par la foule qui circulait dans les ruelles. Il remarqua que la Rani avait utilisé un parfum différent de son mélange habituel. Elle lui expliqua que, selon l’usage, elle s’était fait frictionner ce jour-là avec une mixture de sable, de bois de santal et d’herbes odoriférantes, afin d’être débarrassée de la moindre impureté. Rani éprouvait une joie enfantine de cette escapade, et Roger se laissait griser par les couleurs, les odeurs et les mouvements du bazar, qui lui étaient devenus une sorte de drogue. » Michel de Grèce (La femme sacrée)

Ma Douce terre

 »-. La population du globe s’est multipliée, elle a modifié son habitat selon le même principe de justice. Attaqués par une formidable main-d’œuvre, les 🗻 ont été rasées, les océans comblés, les fleuves enterrés, les terres nivelées. Au circuit extérieur de l’eau pluie-rivière-mer-nuage-pluie, a succédé une circulation interne. Les ruisseaux et les fleuves courent à l’intérieur du globe, en un mouvement perpétuel entretenu par les différences de température du sous-sol. Des canaux creusés de ✋ d’homme irriguent par-dessous les prés et les vergers, donnent à l’air, par l’intermédiaire des plantes, l’humidité nécessaire à la vie, transportent la chaleur du 🔥 central vers les pôles et l’hémisphère menacé par l’hiver.

60x60cm  »La planète brûle, nous regardons ailleurs  »

Ainsi se trouve abolie cette inégalité naturelle qui faisait bénéficier un Européen du Sud d’un climat tempéré, alors que son frère Esquimau, né égal en droits, subissait les rigueurs du froid. Notre terre n’est plus reconnaissable. Toute plate, toute tiède, elle n’offrirait aucun attrait au touriste. Mais il n’y a plus de touriste, plus d’oisif, plus d’homme qui profite égoïstement du travail des autres et passe son temps à son plaisir. Chacun travaille pour tous, et tous travaillent pour chacun sur, ou sous, un sol dépourvu de pittoresque. Plus d’orages, plus de cascades, plus de 🗻 altières, plus de coteaux modérés. La plaine partout. Le ☀️ toujours. » René Barjavel (Le voyageur imprudent)

Ce sera une fille, je l’appellerai Ilinka

 »-. Le jour où Zinnaïde avait cru pouvoir la jeter à la porte, elle avait répliqué sans sourciller. -. Encore un peu de patience… j’attends un autre enfant-. Vous vous fichez de moi ? Ça ne vous a pas suffi d’en avoir un qui ne voit jamais sa mère ?-. Ce sera une petite fille, je l’ai vue dans les tarots. Je l’appellerai Ilinka, le prénom de ma mère. Les tarots ne mentent jamais -. Elle était bien 🤰, et disait connaître enfin le goût du bonheur. Elle n’avait jamais été plus belle et plus rayonnante, elle éclatait de rire à propos de rien. Il n’était plus question d’aller à Paris, de travailler, ni de s’enfuir du manoir ou de querereller son entourage. Elle parlait gentiment à sa fille Zénia, s’interdisait les chicanes avec sa belle-mère, cuisinait des plats roumains pour le dîner, faisait des grâces à Vladimir, lequel n’en revenait pas.

Projet Nativité

-. Pourquoi désires -tu cet enfant ?… L’autre, tu n’en voulais pas-. Celle-ci me ressemble -. Tu négliges Zénia-. Elle n’est pas née au bon moment. D’ailleurs, tu n’as qu’à t’en occuper, si tu l’aimes tant -. Le printemps flamboyait au plus fort de l’été. Carmilla se mit à semer des fleurs autour du manoir et jusque sur les rives du lac. Elle choisissait crocus, digitales ou bégonias selon des gisements cardinaux dont ses 💷 d’astrologie consignaient les vertus, souhaitant que son enfant naquît illuminée par la beauté du monde. Elle parlait d’enfanter en plein air à la manière d’autrefois, se couchait la 🌃 des grains de blé sur le ventre et prononçait des incantations roumaines en dormant. Vladimir ne pouvait plus l’approcher. Le jour, elle veillait à ne pas croiser le regard de Zinnaïde. -. Je suis sensible au mauvais oeil-. » Yann Queffelec (La femme sous horizon)

L’Amie et inspiratrice des peintres…

C’est la mer bien sûr ! La mer dans tous ses états… -. Dis, Christine, souffle-moi donc dans l’oreille le thème d’un nouveau concours, fédérateur et consensuel, à la portée à la fois des débutants et des barbouilleurs confirmés-. Telle est la demande d’un pote peintre, organisateur d’un événementiel bien connu sur la région. Qu’à cela ne tienne, je t’ai déjà branché sur mes interrogations quant au climat, voici un second sujet, lui aussi au ❤️ de mes préoccupations, sans doute plus aisé à traiter 🖌️en ✋.

Projet La minute 🦋, le 🦋 de mer
Projet 🎏 d’avril, les 🐟 de la mer rouge

-. Bonne idée, Christine, toutefois le thème de la mer ne va-t-il pas susciter une 🌊 de ⛵ et de ciels nuageux dans le plus pur style académique ?-. Certes, nous aurons notre lot de régates et voiles rouges au lointain, vaguelettes au pinceau éventail, plages dans la brume, 🐦 de mer et autres poncifs maritimes. Toutefois, crois-moi, la créativité peut parfaitement se développer sur un sujet qui, de prime abord, semble manquer d’originalité. Voyons. Voyons… Feuilletant ma galerie de photos, intitulée Laissez-moi vous conter la mer, voici quelques exemples  »hors des clous » que je propose à ta réflexion.

50x50cm  »Migrations  »
50x70cm  »Le cimetière marin  », vendu

Mon conseil. Le plus banal bouquet de 🌹 dans un vase en verre blanc peut se transformer en un arc-en-ciel de couleurs, voyez du côté de Vincent van Gogh… Appliquons donc ce principe à la mer. La mer inépuisable, d’un bleu qui change toutes les heures… La mer étale ou démontée, les mers du Sud, les mers du Nord, et tant d’autres marines à accrocher aux cimaises… La mer sous le ☀️, la mer au clair de 🌙, la mer au clair de brume… Je vous le disais bien, la mer est une mine d’inspirations iodées…

30x40cm Les aventures de Robinson Crusoë
50x50cm  »Ce jour-là, la mer était bleue »

Le Bénarès de mes jeunes années

 »-. Je me souviens mal du Bénarès de mon enfance. J’y suis née, mais nous en sommes partis lorsque j’avais trois ans. Je me rappelle vaguement le palais où nous habitions, et qui me semblait immense. Je courais dans les enfilades de salles poussiéreuses et vides. Je me penchais sur la terrasse pour regarder juste en dessous le Gange boueux. Le Palais appartenait à l’oncle de Nana Sahib, le 🤴 Chimagi. Il avait été chassé de Puna lorsque les Anglais l’avait déposé, et mon père, qui avait toujours été à son service, l’avait suivi dans son exil à Bénarès.

50x60cm  »Bons baisers de Bénarès  », galerie Bons baisers de…

Mon père, qui avait donc accompagné à Bénarès le 🤴 Chimagi, avait perdu dans l’affaire presque toute sa fortune. Il nous a fait vivre sur un salaire de cinquante roupies par mois, tout ce que le prince Chimagi pouvait lui allouer. Plusieurs Maharadjahs, et même les Anglais, lui offrirent des postes aussi honorables que lucratifs. -. Mieux vaut mourir en pauvreté honnête que vivre dans une immorale prospérité -. Selon l’horoscope tiré à ma naissance, il était dit que je serais Reine. Il jeta son dévolu sur le Rajah de Jansi, qui était veuf et désirait se remarier pour avoir un héritier. -. Mais ton fiancé ne t’avait jamais vue, et tu ne l’avais jamais vu !-. En Inde, les 💒 sont toujours arrangés-. Alors, il n’y a jamais de 💒 d’amour ? -.Là n’est pas le plus important. Et puis, notre conception du bonheur est tellement différente de la vôtre. Le bonheur ne dérive pas du bonheur…- Michel de Grèce (La femme sacrée)

Viens chez moi, j’habite chez les bonnes soeurs

 »-. Quelle ville mal tenue ! -. Celle d’où il venait ne l’était guère mieux, mais il s’était fait des idées comme celle-ci, comme un jeune qui voyage pour la première fois et se figure naïvement qu’à vingt kilomètres de son trou il va rencontrer le Palais des Mille et une 🌃. En fait de palais, ils longeaient de grands murs interminables, verts de mousse, qui menaçaient par endroits de s’effondrer, et par dessus lesquels jaillissaient d’abondants feuillages. On lui expliqua que c’étaient les murs d’un couvent, que derrière ces murs priaient et jeunaient quelques centaines de religieuses, de celles évidemment à qui leurs vœux interdisaient de se pencher au chevet des blessés. – Mais il faut de tout pour faire un monde-. Il en convint. Il n’était pas particulièrement anticlérical. Il pensait bien que c’était toujours dommage qu’une belle fille entrât au couvent, plutôt que de faire le bonheur d’un homme, le sien. Et puis, on ne savait jamais, les prières avaient peut-être du bon. Mais il pensait aussi qu’elles ne faisaient pas que prier. -. Il doit s’en passer là-dedans des vertes et des pas mûres ! C’est grand, là-dedans ?-

Projet Viens chez moi, j’habite chez une copine

Un vrai palais. Mais il y en a d’autres, nous avons ici plusieurs couvents. Le clergé est très riche ici. Pour te donner une idée de cette richesse, dis-toi ceci, mon cher Paul, c’est que, d’après mes calculs, les propriétés du clergé occupent, y compris l’évêché et son parc, qui est splendide, environ le quart de la superficie totale de la ville. Et je ne compte pas le séminaire, plus grand qu’une caserne, ni, bien entendu, nos treize églises-. Treize ?-. Il y a aussi quelques chapelles-. Mazette !- » Louis Guilloux (Le sang noir)

La partition de l’île

 »-. Partageons l’île, afin d’en jouir au nom des rois de France et d’Angleterre, selon les commissions qu’ils nous ont données -. L’île fut dûment mesurée, de la pointe de Sable aux Salines, de la case du Pistolet à la rivière Saint -Christophe. Les rades, les mines, la mer, les rivières, les chemins, la chasse, la pêche et les bois de teinture furent laissés en commun. Mais la bataille ne faisait que commencer. Elle promettait d’être longue, épuisante, une lutte de chaque instant contre les mille et un traquenards de la nature et de l’homme. Chacun regrettait amèrement les temps où les Caraïbes étaient les amis des Blancs, et les aidaient à résoudre les innombrables difficultés de la vie dans l’île.

Projet Nos amies les Bêtes, B comme bestiole

Sans eux, les Français devaient affronter les 🐍 venimeux qui grouillaient dans les Grands-Bois, les manicous qui, la 🌃 tombée, mangeaient les jeunes pousses, les chiques qui s’incrustaient dans les pieds, les maringouins, les énormes moustiques à l’appétit vorace, les nuées de minuscules moucherons à l’affolant bourdonnement. Il fallait lutter contre les fièvres et la dysenterie. Mais le pire était le ☀️. Il tapait si fort qu’il desséchait les corps, provoquant une mystérieuse maladie qu’on appelait le coup de barre. La victime, prise de maux de tête aigus, accompagnés de vomissements et de diarrhées, se mettait à délirer et se vidait de sa substance. La mort était foudroyante. À cela s’ajoutaient les tragédies personnelles… » Marie-Reine de Jahan (L’or des îles)