Se perdre dans le labyrinthe des pensées

 »-. Vive l’invention des histoires !… L’homme invente sans cesse des histoires, et parce que le monde invente des histoires, le Grand ou le Petit, le paysan ou l’écrivain, tout le monde est concerné et n’est pas concerné. L’homme est une machine à inventer des histoires . Et seulement dans de rares moments d’ascèse il peut maîtriser sa pensée. La prière, l’ascèse, sont la lutte avec la pensée , la lutte avec les pensées vaines. La prière chasse les pensées vaines comme un 🦅 chasse les charognards pour qu’ils ne s’approchent pas du corps du guerrier tombé dans le ravin.

60x60cm « Labyrinthesque« , galerie Chemin de spiritualité

L’homme met de l’ordre dans ses pensées. Ou il les surmonte par l’ascèse religieuse ou créative. Alors, l’homme se relie à sa pensée, et la dirige. Autrement, il crée de l’absurde, il tisse un filet… Il tient de nouveau le fil. Le fil de l’invention et de la pensée, ce fil qui mène toujours l’homme vers le labyrinthe. Et il recommence à créer, il se dépense en créant, et en détruisant… L’homme n’aime pas que quelqu’un pénètre dans ses pensées, et si lui-même partage ses pensées avec d’autres, c’est juste une page d’un 💷. Seulement ce qui est compréhensible et concret, comme s’il leur donnait juste une fleur, ou un bouquet de fleurs de toute une prairie.’‘ Bezik Kharanaouli (Le 💷 d’Amba Besarion)

Les dessous frou-frou

 »-. De toute notre vie commune, jamais je n’ai vu ma mère toute nue. Ma grand-mère encore moins… Cette douce et belle femme, qui ne quittait plus le noir depuis la mort de deux de ses cinq enfants, ne s’est jamais mise en maillot de bain et portait ses robes aux chevilles. Au moment de sa toilette, elle s’enfermait à double tour dans sa salle de bains pour n’en sortir qu’entièrement habillée et coiffée. Une fois ou deux, il m’est arrivé de l’apercevoir en train de nouer serré son chignon de cheveux blancs, lesquels lui descendaient jusqu’à la taille. À chaque fois, j’en ai éprouvé un choc, le sentiment d’une indécence. Que mettait ma grand-mère sous sa 👗 ? Je ne l’ai jamais su.

50x60cm « Les dentelles indiscrètes »

Maman était tout de même un peu moins pudique. Et j’avais pu apercevoir qu’outre son soutien-gorge, elle affectionnait les gaines, ces étuis en tissu élastique qu’elle a portés, même en été, jusqu’à plus de quatre-vingts -dix ans. Succédanés du corset de ses vingt ans, ces gaines, d’une forme inaltérable, servaient à fixer les bas, mais aussi à maintenir une sorte d’écran, presque de carapace, entre la partie la plus charnelle du corps féminin et autrui. Impossible de pincer un derrière protégé par une gaine, mais aussi d’en repérer la forme exacte ! » Madeleine Chapsal (La chair de la 👗)

En cavale !

 »-. La campagne au nord de Bonnieux est remarquable pour la beauté de ses vallées secrètes, sa solitude, et pour les douzaines de bories abandonnées, ces petits abris en pierre utilisés par les chevriers et les fermiers des collines avant l’avènement de l’agriculture mécanisée. Au milieu de la matinée, Anna et Bennett découvrirent ce qu’ils cherchaient. Ils avaient emprunté un chemin envahi d’herbes menant à une clairière où, quelques siècles auparavant, on avait construit un petit hangar de pierre, qu’on avait ensuite laissé se défendre tout seul contre les éléments. La moitié du toit s’était effondrée, les murs ne tenaient que grâce à d’épineux rouleaux de ronces. Mais il y avait à une extrémité un espace pour cacher la voiture.

Bennet se creusait la tête pour trouver un moyen de fuir qui ne dépende pas d’une voiture, qui ne les expose pas non plus à des contrôles dans les aéroports ou dans les gares. Quelques heures plus tôt, il avait parlé en plaisantant de gagner l’Italie à pied. Il fallait maintenant envisager cela comme une éventualité. -. Je suis idiot. Le car va en Espagne, en été il y a un service régulier. Prochain arrêt, Barcelone, on ne demande pas de passeport. Qu’en penses-tu ?-. Je vais emballer mes castagnettes…– »  Peter Mayle (Le Diamant Noir)

60x80cm « Bons baisers de Barcelone« , galerie Bons Baisers de…

Comment faire chanter un 🐦 (à suivre…)

L’association de tutelle qui chapeaute mon Atelier du jeudi m’envoie une proposition. –. Nous préparons, sur trois jours, notre festival Graphitic’s, sur le thème Musique et Mouvement, basé sur la musique répétitive. Dis, Christine, as-tu une animation à nous proposer ?

Vous en avez de bien bonnes ! Vous me demandez, tout bonnement, de faire le grand écart, à la fois intellectuellement et pédagogiquement, entre musique -attention, pas n’importe laquelle…- et arts plastiques. Bingo, je relève le défi. -. Je te propose l’atelier suivant Comment faire chanter un 🐦, en m’inspirant du poème de Jacques Prévert Comment faire le portrait d’un 🐦. Lequel narre l’adorable histoire d’une cage accrochée à un 🌲, que rejoint l’oiseau. Si le dessin est réussi, celui-ci chante à gosier déployé ! Le peintre efface alors les barreaux de la cage pour lui rendre la liberté…

48x57cm « Comment dessiner un oiseau« , d’après Jacques Prévert, galerie Pour faire le portrait d’un oiseau

Mon conseil. -. Je ne suis pas partie de rien, mais d’une idée que j’avais eue en mettant en peinture ledit poème. La moitié du travail étant exécutée, je n’ai plus qu’à plancher sur le support qui accueillera, tel un mobile, les oeuvres de mes festivaliers, peintes sur cartons entoilés. Une branche d’🌲(je viens justement d’effectuer des travaux de jardinage chez moi) fournira le support, planté à la verticale dans un pot à lester et décorer. -. Bien sûr, je prends un risque, en proposant une activité qui pourrait être boudée et ne pas rencontrer le succès escompté. Mais que seraient la vie, et l’art, sans prise de risque ? -. Ah, j’oubliai, l’organisateur a répondu -. Dis, Christine, super idée !-

Celui qui aimait les livres

 »-. Parfois, en cachette, je regarde sa collection de romans. Je les prends en ✋, je les ouvre, je les hume. Leurs pages dégagent une odeur de poussière et de colle qui a quelque chose d’intime et de réconfortant. Je n’aime pas lire mais j’aime les 💷. En tant qu’objets. Ils me sont familiers et je les respecte. Trop sans doute. C’est comme les filles à l’école, je les aime, je les admire, je les vénère presque et je les redoute un peu.

Il m’arrive d’envier mon frère de tout ce temps qu’il passe dans les 💷, moi qui, si souvent, ne fais rien. Ou qu’un petit rien suffit à occuper de longues minutes. La rosée prisonnière d’une toile d’araignée, les motifs géométriques d’un papier peint dont je fais un labyrinthe virtuel dans lequel j’aime à me perdre. La boîte en fer orange dans laquelle ma mère range les boutons. Quand mes parents nous demandent ce que l’on fait, mon frère répond -. Je lis-. Et moi -. Rien-. Et, invariablement, on le laisse lire tranquillement alors qu’on m’impose une activité… ou qu’on me conseille de prendre un 💷. Alors, pourquoi est-il plus brillant que moi ? Pourquoi est-il premier en classe ? Pourquoi toujours, en tout, lui et pas moi ? » Mikael Ollivier (Celui qui n’aimait pas lire)

30x40cm « Les deux frangins« 

Comment concevoir un héritier…

 ». Aussi, quand Lord Beresford avait cérémonieusement frappé à la porte de sa chambre, Laurence avait compris qu’il allait enfin se passer quelque chose. Le teint fleuri, l’oeil brillant, une bouteille de porto à la ✋, Peter paraissait, ce soir-là, au mieux de sa forme. -. Darling, nous allons maintenant essayer de fabriquer un fils. Nous avons ce soir la nouvelle 🌙, c’est très bon pour tailler les rhododendrons, et commencer les enfants. N’est-il pas ?-. It’s up to you-, avait répondu Laurence.

Ayant achevé son préambule, le baronnet avait rejeté les draps, troussé la chemise de sa femme jusqu’à la taille, relevé la sienne pas plus que nécessaire et, avec ce qu’il faut de précautions courtoises lors d’un premier assaut, s’était mis en devoir, avec une vigueur rustaude et la vivacité d’un garenne, de satisfaire aux exigences dynastiques des Beresford. -. Et voilà-. Comme il quittait la chambre devenue nuptiale sans oublier sa bouteille, lady Beresford l’avait interpellé d’une voix faible mais autoritaire. –. Laissez-moi le porto, je vous prie-. Of course , avait répondu le baronnet, qui savait où trouver d’autres boissons. » Maurice Denuziere (L’amour fou)

30x40cm « Baby-sitting« 

Le bon produit fait la bonne cuisine

 »-. -Il n’y a qu’une base sûre, la qualité des produits. Pas de bonne cuisine sans bons produits, le reste est littérature-. On approuve chaleureusement, on rappelle que les premiers livres de cuisine, celui du Romain Apicius et celui du Grec Athénée, attachaient déjà une importance essentielle à l’origine des produits. Le thon doit venir de Sicile, le sanglier d’Étrurie, le vin de Crète ou du Vésuve, pas de n’importe où. Le fromage de Roquefort est réglementé par un édit de 1666.

-. Savez-vous que dans ma jeunesse, en Corse, on pouvait encore reconnaître si un jambon était de la cuisse gauche ou de la cuisse droite du cochon ?-. Brouhaha discret. Ah, ces Méridionaux… Et la sardine de Marseille, elle était mâle ou femelle ? -. On tuait le cochon à la ferme. Pour le saigner, on le faisait tomber sur le côté, le droit traditionnellement. Il y avait donc une cuisse qui se chargeait de sang, la droite, et un jambon qui serait plus nourri, plus riche. Et l’autre, la jambe gauche en l’air, plus sec. Mes parents ne se trompaient jamais entre l’une et l’autre-. » Jean-François Deniau ( L’île Madame)

30x40cm  »Mister Pig », galerie Bestiaire

Vagabondages

 »-. Après la guerre, les schinnel, ces fameux longs manteaux militaires russes, firent leur apparition au village. Désertant leurs honorables portemanteaux, ils devinrent l’accoutrement habituel des bergers et des vagabonds. Je me souviens d’un de ces vagabonds, cheveux longs, barbe hirsute, visage buriné par le vent et le ☀️, et un joli cou émergeant du manteau, à croire qu’il le portait à même la peau. Son corps maigre et droit y était enveloppé comme une bure de moine, une grosse corde en guise de ceinture. Et, malgré sa haute taille, il lui tombait jusqu’aux chevilles. Il tenait dans sa ✋ une canne brillante comme de l’ivoire, dont il ne se séparait jamais. Bâton avec lequel le vagabond marchait, et parlait… Le bâton était brillant, droit absolument, lisse, comme passé de ✋ en ✋ depuis plusieurs générations. Son maître actuel l’avait dressé à sa façon, et lui faisait faire un tas de choses pendant qu’il marchait et parlait… On eût dit qu’avec son bâton le vagabond dirigeait ses pensées. Mais que parfois le bâton les chassait, parfois les approuvait, à d’autres encore se faisait accusateur. Et, voyez-vous, ricanait même… » Bezik Kharanaouli ( Le livre d’Amba Besarion)

Découvert dans ma boîte à 💷 préférée, ce mince bouquin, de l’un des plus grands écrivains géorgiens contemporains, livre, tantôt en vers libres, tantôt en prose, un chemin intellectuel fragmenté et ardu. Il faut se creuser la tête, pour trouver dans la ✋ qui tient le pinceau matière à cogiter puis à PEINDRE. Autant dire que la ou les oeuvres intimistes qui en résulteront se montreront à peine, s’exposeront fort peu, et se négocieront encore moins.

30x90cm  »Vagabondage », galerie Chemins de spiritualité

Mon conseil. -. Bref, que PEINDRE pour personnifier le concept du vagabondage ? Le manteau, ou le bâton ? Disons, plutôt, les deux ensemble. Mais ce qui m’intéresse, c’est la trame. Peut-être même l’âme…-. Ce genre de tableau doit donc garder son mystère. On ne fera certes pas l’impasse sur l’accoutrement du vagabond, sa tignasse mal peignée et ses yeux charbonneux. -. Mieux vaut toutefois ne pas forcer sur le ✏️, mais plutôt sur le 🔪, car il convient de laisser sa dignité au personnage ainsi croqué. Ce qui compte, ce n’est pas l’aspect physique, mais l’intériorité de l’être, j’allais presque oser dire, son intégrité. Et surtout, sa liberté d’aller et de venir.

Miam !

 »-. Dans le cas des témoignages médiévaux sur le cannibalisme de survie, il ne faudrait pas perdre de vue qu’ils s’appuient sur des textes écrits par des clercs décrivant les pratiques alimentaires des pauvres gens des campagnes. Or, les pauvres ne savaient pas écrire, et les auteurs des témoignages n’appartenaient pas à leur milieu. Ils se firent l’écho de rumeurs, cet écho eût donc toute chance d’avoir été déformé par la peur qu’inspiraient les pauvres aux riches. Qu’on se souvienne de ce témoignage du neuvième siècle, selon lequel -les cannibales étaient en multitude infinie, avides chenilles à l’apparence humaine, insectes voraces qui infectent et désolent la campagne-. Les pauvres, les affamés, ça grouille, c’est un peu comme la vermine qui vit en symbiose avec le bas-peuple. Et, en plus, bien sûr, ils risquent toujours de dévorer… les riches.

50×50 Le roman de Renart, Galerie Contes pour Petits et Grands

Cependant, des historiens, pourtant critiques, n’hésitent pas à écrire que -le cannibalisme est attesté par un très grand nombre de fables pleines d’ogres et d’hommes sauvages, dans les poèmes de chevalerie-. Or, si dans cinq ou six siècles, des historiens exhumaient certains de nos articles de journaux dans le monde civilisé…. Nous serons donc très réticents à suivre l’affirmation selon laquelle, à partir du onzième siècle, -les ogres se terrent dans les bois ou se réfugient dans l’imaginaire-. En réalité, il est tout aussi probable qu’ils n’en étaient jamais vraiment sortis…’‘ Jean-Loïc Le Kellec (Alcool de 🐒 et liqueur de 🐍 et quelques autres recettes)

Kusketa Pippoune

 »-. Depuis un laps de temps considérable, aucune région du Nord n’avait été dévastée par un orage comme celui qui suivit de près les premières chutes de neige, à la fin novembre de cette année dont on parlera longtemps sous le nom de Kusketa Pippoune (l’année noire), l’année du grand froid soudain, l’année de disette et de mort. Pendant les jours précédents, la forêt gisait sous son blanc manteau, mais le ☀️ resplendissait, la 🌒 et les étoiles se détachaient comme des lampes d’or dans la pureté du ciel nocturne. Le vent venait de l’ouest. Les lièvres abondaient et battaient de véritables aires de neige dans les taillis et les terrains bas. Les élans et les caribous foisonnaient. Et le premier cri de chasse des 🐺 résonna comme une douce musique aux oreilles des milliers de trappeurs enfermés dans leurs huttes.

L’ouragan se déchaîna avec une brusquerie terrifiante, sans avoir été annoncé par le moindre présage. L’aurore avait paru dans un ciel clair, suivie d’un beau ☀️. Le ciel s’obscurcit si rapidement que les trappeurs visitant leurs lignes s’arrêtèrent tout surpris. Avec l’ombre croissante arriva une étrange lamentation. Quelque chose dans ce bruit rappelait un gros roulement de 🥁 ou le glas d’une catastrophe imminente. C’était le tonnerre. Mais son avertissement venait trop tard. La grande tempête s’abattit sur eux, et pendant trois jours et trois 🌃, elle sévit avec la rage d’un ♉ furieux échappé du septentrion. » James-Oliver Curwood (Nomades du Nord)