Plaidoyer pour nos amis les arbres

« Il nous faut écouter battre le coeur des arbres, car les arbres sont comme nous des êtres vivants ». Sanderlal Bahaguna, du mouvement Chipko

« C’est ici que je découvris pour la première fois une forêt tropicale dans toute sa majesté sublime. Rien, si ce n’est sa seule réalité, ne pourra donner idée d’un spectacle aussi merveilleux et extraordinaire. Je n’ai jamais rien ressenti qui procure un ravissement si intense« .Charles Darwin, lettre du Brésil

« Nous secouons les arbres pour faire tomber les glands et les pignons. Nous n’utilisons que le bois mort. Mais les Blancs labourent le sol, abattent les arbres et tuent quelque chose ». Indienne Wintu de Californie

« Ce n’est plus désormais le Christ qui est crucifié, mais l’arbre lui-même, sur le cruel échafaud de la cupidité et de la stupidité humaines« . John Fowles

L'arbre de vie
Dimensions 50x50cm « L’arbre de vie » (Galerie La vie rêvée des arbres)

Preux Chevalier Revient De Croisade

« Brusquement, après un détour de route, on entre au Châtelet, un soir ou se jouerait à grand spectacle la Passion d’Arnould Greban. Voila Bethléem, voila le Golgotha revus par Hubert Robert et, près de vous au bord de la route, les prairies, les narcisses, les saules, les fontaines, les ruisseaux où Nicolas Poussin campait ses mythologies…la mise en scène a dû coûter les yeux de la tête « ! Ainsi parle de Moustiers-Sainte-Marie le célèbre romancier Jean Giono, qui a si bien chanté sa Provence natale.

A mon tour d’ajouter modestement ma pierre à ce beau paysage. Au temps des croisades, le chevalier Blacas d’Aupt, prisonnier des musulmans en terre sainte, fit ce voeu fort imprudent pour son porte monnaie- « A tes pieds, vierge Marie, je suspendrai ma chaîne d’or, si jamais je retourne à Moustiers ma patrie« -.

Cavaliers de l'Apocalypse (3)

Revenu en son pays après quatorze longues années de captivité, Blacas d’Aupt tint sa promesse, en fer et non en or car il était économe, pour ne pas dire radin. Il évoqua sa crainte des voleurs… et versa une indemnité compensatrice dans les caisses de l’église. Bref ce rapia, pourtant illustre rejeton d’une grande famille provençale, s’en tira à moindres frais…

Depuis le XIIIème siècle, donc, une étoile à cinq branches (diamètre 1m57, poids 180 kg, tout de même) brille ainsi dans le ciel bleu. Accrochée dans la montagne entre deux pics réputés inaccessibles, la chaîne qui la supporte, dite « Chaîne de l’Etoile« est faite de tiges d’acier reliées, elle mesure 227m de long. Le dispositif, pour d’évidentes raisons de vétusté, a tout de même été refait et sécurisé. Il n’en reste pas moins un spectacle grandiose, qui domine et même écrase par sa spiritualité la charmante petite cité provençale de Moustiers, également renommée pour ses faïences.

L’essaim des Djinns passe (suite et fin)

« D’étranges syllabes Nous viennent encore Ainsi des Arabes,Quand sonne le cor Un chant sur la grève Par instants s’élève, Et l’enfant qui rêve Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres Fils du trépas Dans les ténèbres Pressent leurs pas. Leur essaim gronde Ainsi profonde Murmure une onde Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague Qui s’endort, C’est la vague Sur le bord, C’est la plainte presque éteinte D’une sainte Pour un mort. On doute La nuit…J’écoute ! …Tout fuit, Tout passe, L’espace Efface Le bruit. » Victor Hugo,  Les Orientales

40x40cm Les Djinns4
40x40cm « Les Djinns » (Galerie Chaos)           S’éloigne enfin le fracas provoqué par le sillage d’un essaim de démons autour de la demeure-refuge du poète. Celui-ci respire, je respire, nous respirons. Ouf ! Sauvés

Djinns du soir (3)

 »Prophète, si ta main me sauve De ces impurs démons des soirs J’irai prosterner mon front chauve Devant tes sacrés encensoirs ! Fais que sur ces portes fidèles Meure leur souffle d’étincelles, Et qu’en vain l’ombre de leurs ailes Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! Leur cohorte S’envole et fuit, et leurs pieds Cessent de battre ma porte De leurs coups multipliés. L’air est plein d’un bruit de chaînes, Et dans les forêts prochaines Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu pliés.

De leurs ailes lointaines Le battement décroît, Si confus dans les plaines, Si faible que l’on croit Ouïr la sauterelle Crier une voix grêle Ou pétiller la grêle Sur le plomb d’un vieux toit.’‘ (à suivre), Poème Les Djinns de Victor Hugo

Les Djinns 3
40x40cm « Les Djinns » (Galerie Chaos Les vers augmentent avec la force de la tempête, donc de l’angoisse, puis décroissent et calment le jeu. Il s’agit d’une oeuvre de jeunesse, datant de 1828. Victor Hugo, poète, écrivain, intellectuel, pamphlétaire, dessinateur, homme politique, est né en 1802, décédé en 1885, en laissant une oeuvre considérable et diversifiée. Le pays, reconnaissant, lui fit des obsèques nationales.

L’essaim des Djinns (2)

 »C’est l’essaim des Djinns qui passe Et tourbillonne en sifflant. Les ifs, que leur vol fracasse, Craquent comme un pin brûlant. Leur troupeau lourd et rapide, Volant dans l’espace vide, Semble un nuage lucide Qui porte un éclair au flanc. Ils sont tout près ! Tenons fermée Cette salle, où nous les narguons. Quel bruit dehors ! Hideuse armée De vampires et de dragons ! La poutre du toit descellée Polie ainsi qu’une herbe mouillée. Et la vieille porte rouillée Tremble à déraciner ses gonds.

Cris de l’enfer ! Voix qui hurle et pleure ! L’horrible essaim, poussé par l’aquilon, Sans doute, ô ciel ! S’abattra sur ma demeure.

Le mur fléchit sous le noir bataillon. La maison crie et chancelle penchée, Et l’on dirait que, du sol arrachée, Ainsi qu’il chasse une feuille séchée, Le vent la roule avec leur tourbillon ! » (à suivre). Victor Hugo, Les Orientales

Les Djins 2
40x40cm « Les Djinns » (Galerie Chaos)… Pour mettre ce poème en peinture, je l’ai découpé arbitrairement en quatre segments. Soit autant de tableaux, à réunir ultérieurement, tout aussi arbitrairement, en un quadriptyque…dont voici le deuxième volet.

Les Djinns (1)

« Murs, ville, Et port, Asile De mort, Mer grise Où brise La brise Tout dort.

Dans la plaine Naît un bruit. C’est l’haleine de la nuit. Elle brame Comme une âme Qu’une flamme Toujours suit.

La voix plus haute Semble un grelot D’un nain qui saute C’est le galop. Il fuit, s’élance Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d’un flot.

La rumeur approche, L’écho la redit. C’est comme la cloche D’un couvent maudit, Comme un bruit de foule Qui tonne et qui roule, Et tantôt s’écroule Et tantôt grandit.

Dieu ! La voix sépulcrale des Djinns!.. Quel bruit ils font ! Fuyons sous la spirale De l’escalier profond ! Déjà s’éteint ma lampe, Et l’ombre de la rampe, Qui le long du mur Monte jusqu’au plafond. » (à suivre) Victor Hugo, Les Orientales

Les Djins 1
40x40cm « Les Djinns » (Galerie Chaos) Ce poème de Victor Hugo, allez savoir pourquoi, je l’aime, je le plébiscite depuis mon adolescence, peut-être parce qu’il décrit si bien la somme de toutes mes peurs, celles-là mêmes que je tente de repousser avec mes mains surchargées de bagues-amulettes…Restait à oser mettre lesdits démons en peinture…et à suivre mon idée jusqu’au bout…

Les ailes du papillon

 »Un grand papillon de nuit passe à côté de moi en bourdonnant, il se pose sur une plante aux pieds de Monsieur Rochester qui se penche pour l’examiner.

  • Maintenant qu’il me tourne le dos, pensai-je, et que le voilà absorbé, peut-être pourrai-je m’esquiver sans être remarquée, si je vais doucement. Je me mis donc à marcher sur une bordure de gazon pour ne pas être trahie par le craquement du gravier. Je le vis là, debout au milieu des parterres, à un ou deux mètres de l’endroit où je devais passer. Le papillon paraissant retenir son attention, je crus pouvoir me retirer facilement. Au moment où je traversai son ombre allongée, que la lune encore basse dans le ciel profilait sur le sol du jardin, il dit d’un ton tranquille, sans se retourner : – Jane, venez donc voir ce citoyen.-

Je n’avais fait aucun bruit, il n’avait pas d’yeux derrière la tête, son ombre était -elle sensible? Je tressaillis tout d’abord, puis je m’approchai de lui. – Regardez ses ailes, dit-il, il me rappelle un peu un insecte des Antilles, on ne voit pas souvent en Angleterre un papillon de nuit de cette taille et avec de si brillantes couleurs. Là, le voilà envolé !

Le papillon reprit sa course vagabonde. Timidement je me préparais également à me retirer, mais Monsieur Rochester me suivit. En arrivant à la petite porte il me dit : – Revenons, par une si belle nuit, ce serait pitié d’aller s’asseoir dans la maison. Qui donc désirerait aller dormir à l’heure où le soleil couchant rencontre la lune qui se lève ?- » Jane Eyre (Charlotte Brontë)

Fée-Papillon 35x50cm CNLacrylique et collage Vendu
40x50cm « La fée Papillon, » Vendu (galerie Les clins d’oeil de Dame Nature)

De tout, faire abstraction

Vaste domaine que celui de l’abstraction, tellement vaste qu’il n’est pas vraiment défini… Enlever, séparer, détacher, observer en élévation…la peinture n’échappe pas au flou artistique. Les historiens d’art parlent d’une réalité figurative qui se réduit à sa plus simple expression. Seconde définition, et à contrario seconde théorie, la peinture abstraite ne serait qu’une composition de couleurs et de formes n’ayant aucun rapport avec la réalité. Les spécialistes n’étant, sans surprise, pas d’accord, chacun tranchera au mieux de ses goûts, de son habileté, de sa créativité, de son ressenti.

60x80cm Lumière Dorée sur Barcelone
60x80cm « Lumière dorée sur Barcelone »

En mon atelier du jeudi, je suis en contact avec des candidats à la peinture abstraite. –« J’ai envie de couleurs, j’ai envie de fusions, j’ai envie d’immédiateté, j’ai envie de fun, j’ai envie d’abstraction. Et puis, c’est tellement plus facile que la peinture figurative, n’est-ce pas ? » Que nenni, n’en croyez rien, l’art abstrait nécessite une bonne maîtrise de toutes les techniques et même de la perspective, avant même que de songer à s’en défaire.

Vous ne me croyez pas, essayez ! Vous verrez alors que, contrairement à ce que pensent le grand public et même certains critiques d’art, les oeuvres abstraites réclament à la fois goût artistique, connaissances, savoir faire…plus une bonne dose de travail et de motivation. Car l’abstraction ne se contente pas de réduire, elle modifie, amplifie, complète, fragmente, reconfigure, malaxe, estompe, dilue, conforte, recolle, remodèle, reconditionne, sépare, répare un sujet…
Le tout en couleurs judicieusement sélectionnées, car on ne voit qu’elles. A vos pinceaux, prêts, partez !

De l’au-delà, ressusciter!

 »Je devais naturellement être brûlé. Mais vous souvenez-vous qu’il plut à verse lorsque l’on allait me cuire, l’orage fut si violent qu’on désespérât d’allumer le feu, je fus pendu parce qu’on ne put faire mieux. Un chirurgien acheta mon corps, m’emporta chez lui, et me disséqua.

Il me fit d’abord une incision cruciale depuis le nombril jusqu’à la clavicule. On ne pouvait avoir été plus mal pendu que je ne l’avais été. L’exécuteur des Hautes Oeuvres de la Grande Inquisition, lequel était sous-diacre, brûlait à la vérité les gens à merveille, mais il n’était pas accoutumé à pendre. La corde était mouillée et glissa mal, elle fut noyée, enfin je respirais encore. L’incision cruciale me fit jeter un si grand cri que mon chirurgien tomba à la renverse, et, croyant qu’il disséquait le diable, il s’enfuit en mourant de peur, et tomba encore sur l’escalier en fuyant.

Sa femme accourut au bruit, d’un cabinet voisin, elle me vit sur la table, étendu avec mon incision cruciale, elle eut encore plus peur que son mari, s’enfuit, et tomba sur lui. Quand ils furent un peu revenus à eux, j’entendais la chirurgienne qui disait au chirurgien :. Mon bon, de quoi vous avisez-vous de disséquer un hérétique? Ne savez-vous pas que le diable est toujours dans le corps de ces gens-là ? Je vais vite chercher un prêtre pour l’exorciser.-

Je frémis à ces propos, et je ramassai le peu de forces qu’il me restait pour crier :- Ayez pitié de moi !- Enfin, le barbier portugais s’enhardit, il recousit ma peau, sa femme eut soin de moi, je fus sur pied au bout de quinze jours.  » Extrait de Candide (Voltaire)

pauvre pécheur (1)
« Pauvre Pécheur« , Pauvre Pécheurs, priez pour nous ! (Galerie Chaos)

Proverbes, sentences et dictons provencaux

Ce sont des trésors fragiles et méconnus, demeurés au niveau de la transmission orale, du bouche à oreille, de grands parents à petits enfants. Les dictons se perdent...Il n’est pas inutile, en cette période de fêtes, de se rappeler quelques principes fondamentaux distillés sur un ton léger, entre poire, fromage, friandises, libations et digestion…. A consommer sans modération.

-Tiens au chaud tes pieds et au frais ta cervelle, pisse souvent pour la gravelle, et de ton corps chasse les vents, c’est le moyen de vivre longtemps.

-Si, de beaucoup travailler, on devenait riche, les ânes auraient le bât doré.

l'âne, les animaux de la ferme

-Toute poule qui chante beaucoup ne pond pas pour cela deux oeufs par jour.

-Mieux vaut du pain dans l’armoire qu’un bel homme dans la rue.

-Le mariage est comme les figues de Pampagouste, les premières figues sont bonnes, mais les autres…

-Le gourmand ne mange la morue qu’en brandade.

-Le malhonnête n’a pas les culottes propres.

Mon chouchou, à décliner à tout propos, concerne toutes les professions, particulièrement celle d’homme ou femme politique, de tout temps, de tout lieu, de tout bord : barbier sans orgueil, notaire sans écritoire, pelletier sans peau, ne valent pas un grelot…