Dans le sillage du vaisseau

 »-. Dans le sillage du vaisseau, des vents qui sifflent, Dans le sillage des voiles grisâtres, tendues aux vergues et aux écoutes, Myriades et myriades de vagues en bas accourant tous cabrés, course lancée à rejoindre le sillage du ⛵, Caracoles bondissantes, glougloutantes, curieuses allègrement,

Ovale 50x70cm « Fendant la mer et les flots« , galerie Laissez-moi vous conter la mer

Vagues ondulantes, 🌊 inégales, rivalisantes, Fonçant après les cercles de l’onde, jouant et riant, Sinuant à la surface plissée par les virements de bord du grand vaisseau, Vagues minuscules, 🌊 majuscules, vagues de désir ridant la plaine de l’océan, Sur le sillon laissé par le ⛵, dans le ☀️ danse miroitante, Pavane bigarrée par maint éclat d’écume, par maint fragment, À la suite du noble, du rapide vaisseau, à l’ombre de son étrave. » Walt Whitman (Feuilles d’herbe)

Radin, va !

 »-. Il était bien avancé avec sa grande bicoque, ses vergers, ses 🐔, ses 🐰… Sa femme disparue, son fils en prison. Je me suis souvent demandée s’il aurait été plus généreux, ta mère étant veuve, par exemple. Je ne crois pas. Sa radinerie était viscérale. Faire preuve de grandeur envers les étrangers pour les éblouir et voir les siens tirer la 👅. – Vous aurez tout quand je serai mort. La belle affaire. Le vrai paysan, assis sur ses pièces d’or. Sauf que le trésor, on ne l’a jamais trouvé !

Méfiant comme il était, il n’aurait jamais, je ne dis pas pris une maîtresse, loin de lui cette folie, mais eu la moindre relation avec une femme, de peur qu’elle lui extorque de l’argent ! Mais cette pauvre Germaine avait compris son manège. Il lui tournait bien un peu autour, un homme et un homme après tout. Mais elle n’était pas très coquette, avec ses pieds plats et sa moustache décolorée… Pourtant, je vais te dire, il lui a fait des propositions précises. Pour voir, elle n’a pas dit non. Là-dessus, il a demandé. – Germaine, est-ce que vous en parlerez aux gens du village ? Bien sûr que je le leur dirai !-. Il n’a plus été question de rien. Pas si bête, la Germaine ! – Monsieur aime trop ses sous pour s’intéresser aux femmes-, me dit-elle un jour qu’elle avait un petit verre dans le nez… » Marie Chaix (Juliette, chemin des Cerisiers)

30x40cm ‘‘Critères de beauté », galerie Femmes, Femmes, Femmes

Christine désenchante le blues

Le Blues, musique de l’âme, cela se chante, me direz-vous. Certes, mais le blues qui m’interpelle et me désenchante en cette fin de période de fêtes, c’est le vague à l’âme. Non point le désespoir, ni la déprime, ni les idées noires. Non, ce sont seulement les idées repeintes en bleu, celles qui m’ont vidé la tête de toute créativité, et m’auraient désespérées si l’indécrottable optimiste que je suis ne avais pas sues transitoires…

Que faire dans mon antre de peintre, mon atelier du bonheur, mon repaire de solitude, mon laboratoire de fantaisie, lorsque l’inspiration déserte pour cause de blues ? Fermer la porte à clé, partir se promener, puis revenir. Repue de grand air, j’ai alors préparé, par séries, des fonds de toile, bouquiné des livres d’art, crayonné la mine triste, expérimenté quelques techniques farfelues. Rien de très inspirant, rien non plus de très désespérant. Puis le ☀️ est revenu, dans mon ❤️ sinon dans le ciel. J’ai repris le chemin de l’atelier associatif, retrouvé mes élèves, fait semblant d’être gaie et enthousiaste, retrouvé les gestes et les mots de l’animatrice. Puis mis une toile sur mon chevalet, de grandes dimensions pour me motiver, ou bien me faire honte.

50x70cm « Blues« , vendu, galerie Z’Artistes

Mon conseil. -. Les moments de doute, de stress, le manque de motivation, le désenchantement, le désamour, tout comme vous, je connais, je subis, je pratique. Je m’adapte, j’attends en embuscade le déclic, le moment, la couleur, l’idée. – Il n’est pas inutile, dans ces moments-là d’entre deux temps et d’entre deux humeurs, de faire un petit tour dans les magasins et les magazines spécialisés en art, histoire de se ressourcer et de susciter la fulgurante envie. Pour ma part, je fréquente beaucoup les solderies, véritables cavernes d’Ali baba. Allez, courage, l’inspiration revient. Elle est là, au bout du pinceau !

Je vous offre un Chant d’oiseau

 »-. Chante, chante donc, l’🐦 aux plumes grises, Chante au fond des marais, des solitudes, jette ton chant aux buissons, Chante sans retenue au crépuscule, sur cèdres et pins.

Chante, mon doux frère, siffle ta flûte de roseaux, Ton clair chant d’homme, à gorge gorgée de larmes.

Tendre, liquide et ouvert ! Farouche et facile à mon âme. -. Ah ! Merveilleux chanteur ! Toi seul j’écoute-. Mais l’Etoile qui va tantôt fuir me tient, Le parfum vif du lilas est mon maître. » Walt Whitman (Feuilles d’herbe)

Oh Inde, Terre des paradoxes !

 »-. Paradoxe géographique. Non seulement le pays tire son nom du fleuve Indus qui, du fait de la partition en 1947, coule hors de ses frontières, au Pakistan, mais l’Inde a longtemps abrité davantage de musulmans que le Pakistan, créé expressément pour servir de terre aux musulmans indiens.

50x60cm « Oh, Calcutta ! », galerie Bons Baisers de…

Paradoxe linguistique. l’Inde compte dix-neuf langues officielles, trente-cinq langues parlées chacune par plus d’un million de personnes et quelques vingt-deux mille dialectes distincts. C’est le seul pays au monde à posséder une langue nationale, l’hindi, que la population ne comprend pas. En 1996, le premier ministre de l’époque, un indien du Karnataka, état du Sud de l’Inde, s’adressa à la nation, selon la tradition, en hindi, langue dont il ignorait le premier mot, le texte avait été transcrit phonétiquement de son écriture natale, le kannata. Paradoxe religieux. Né en Inde il y a deux millénaires et demi, le bouddhisme vient désormais loin derrière l’hindouisme, derrière l’islam, et même derrière les chrétiens et les sikhs. D’un point de vue linguistique et religieux, l’Inde n’est faite que de minorités. » Jean d’Ormesson (Saveur du temps)

La prison de Dieu

 »-. Le Vieux a un long soupir, comme s’il venait de suivre ma pensée. -. Et c’est pourquoi je quitte de moins en moins mon cher orgue placé à mi-ciel. Déjà, il m’est presque impossible de descendre l’escalier. Je finirai là, doigts liés à mon clavier, jouant un air comme celui-ci pour m’échapper de la prison de Dieu-. Il se penche, caresse deux ou trois notes, d’autres encore. Les crucifix tressaillent. La pierre, frappée et flétrie, chancelle. Le bois se meut. L’espace prend forme solide. Alors je ressens une angoissante présence et je crois entendre de furieux battements d’ailes. Mais je ne vois rien, alors que je me sens au milieu de monstres fluides auprès desquels la cohorte des personnages de Jérôme Bosch ne serait qu’une figuration de second plan.

50x50cm « Les sept cercles de l’Enfer », galerie Chaos

Des frissons me font vaciller et je crois voir s’éteindre la lueur rouge du Saint Sacrement. Entendre fuir, épouvantées, les statues de bois et de pierre de l’église, à présent antichambre de l’enfer. Lorsque le Vieux, sans doute pris de pitié pour moi, s’arrête enfin, je suis en transes. -. Revenez. Revenez quand vous en sentirez le besoin, la 🏠 de Dieu est la source du réconfort, de l’apaisement…-. Et il a soudain un rire en crécelle qui m’oblige à me signer, malgré moi. -… De l’apaisement, du réconfort quel qu’il soit. Dieu offre tant de moyens pour aider les malheureux. De bons, mais aussi de mauvais moyens. Et il arrive parfois que les mauvais soient plus puissants, plus attirants, plus efficaces que les bons...- » Claude Seignolle (Histoires vénéneuses)

Dis, Christine, quelle déco pour les murs de mon salon ?

Je ne suis certes pas décoratrice d’intérieur, cependant cette amie de longue date a confiance en mon jugement, ou plutôt en mon oeil qu’elle dit être  »exercé, décalé et sans concessions ». Quelle déco, donc ? Mais avec des tableaux sur les murs, bien sûr, les miens, peut-être, mais surtout ceux de mes potes artistes… Sauf que, attention, pas n’importe quelle déco, pas n’importe quels murs, et j’oserais même préciser, pas n’importe quel salon ! Le salon étant, par essence, une pièce  »partagée », quels membres de la tribu vont donner leur avis ? Qui va trancher ? Quel budget, pour quelle ambiance ? Et surtout dans quelle intention ?

Si vos goûts vous portent vers le style épuré, et que votre porte-monnaie est à la hauteur de vos ambitions, un seul tableau, de grande dimension et d’un artiste si possible côté, pour occuper un seul mur, non déjà mobilisé par un quelconque écran (sinon il y aurait déloyale concurrence et l’effet tomberait à plat).

120x80cm  »Ambiance déco », galerie Z’Artistes

Si vous aimez, et j’avoue que c’est mon cas, la bohème, le fait ✋, le fourre-tout, le fourre-style et le fourre- ❤️, les couleurs qui se mixent en s’entrechoquant avec plus ou moins de subtilité, le patchwork de toiles est pour vous. Plein de tableaux. Des grands. Des moyens. Des petits. Des 🐦. Des ⛵. Des portraits. Des paysages. Des fleurs. De l’abstrait et du figuratif. Tout ce que vous aimez, en une unité de lieu, de temps, de circonstances. Tout un accrochage qui raconte une histoire, sur quatre murs s’il-vous-plaît, telle une scène de théâtre. Ou telle la scène de votre vie.

Mon conseil. -. Entre ces deux options, extrêmes, tous les cas de figure sont permis, à vous de trouver le vôtre… Votre salon est lieu d’intimité, qui reflète la personnalité de la famille qui y a élu domicile. Osez accrocher sans réfléchir à l’impact sur autrui, sur les amis, relations, connaissances. Être bien chez soi, en accord, en harmonie avec soi-même, c’est important. -. Toutefois, n’allez pas plus loin que ce que vous êtes, artistiquement et spirituellement, capable de supporter. Les tableaux une fois installés, il faut les assumer, ce ne sont pas de vulgaires posters, ils ont une âme, une histoire, un créateur, un passé et un avenir… Qu’en faire, s’ils n’ont plus l’honneur de plaire ?

Dans le silence des carmélites

 »-. Détachée de la montagne, une barre dure tend vers la plaine ses collines de pierres nues. La ville s’abrite à ses pieds et le faubourg escalade, de 🏡 en grappes, sa pente la plus rude. Mais, de l’autre côté, descend un grand parc qu’on dirait abandonné. L’hiver souffle un vent de glace qui coule du Nord avec le soir. Dans le silence, une maigre cloche sonne, longuement, monotone, puis se tait, après un dernier soubresaut tremblant. Voici la 🌃. De grands murs nus bordent la route. Nul ne passe. Un sifflement répond à chaque bouffée de vent. Un cyprès noir, dans le jardin bien clos, hoche la tête, obstiné.

60x60cm « Diptyque Chaos d’hiver »

Les grands couloirs sont froids. les ombres brunes glissent sur leurs sandales de chanvre, rasant les murailles. Une porte de cellule se ferme sans bruit. Une odeur d’encens froid et de laine lavée flotte dans l’air. On dirait que la communauté toute entière, à l’abri de la lourde porte armée de fer et de la haute enceinte sommée de verres en éclats, repose déjà, attendant le réveil glacé de la 🌃. Mais, dans chacune des cellules, le silence n’est pas le repos. À même le sol, à genoux, lasses et cependant fortes, sous le grand scapulaire brun, les carmélites prient encore. Une croix de bois sans Christ et un bénitier, à terre une cruche d’eau, dans un coin les deux tréteaux et les draps de laine de la couche, des murs de chaux. Demain et dans un an, dans dix ans et dans trente, s’il plaît à Dieu, déjà accédées à l’éternité de l’amour surhumain, le soir les retrouvera semblables. À l’heure où les foules harassées, dans les grandes villes, piétinent aux bouches de métro, coulent sur les pavés gras, se nouent, se mêlent, voici la solitude et le recueillement.’‘ Daniel-Rops (Mort, où est ta victoire)

Le Chêne Pourri

 »-. Ce gros chêne-là, Monsieur, je peux vous en parler en connaissance, moi qui suis le garde forestier. Mais, avant, il faut que je vous dise que, dans notre Périgord, les enfants atteints de maladies ne sont pas en mal de soins. Et vous serez de mon avis lorsque je vous aurai sans doute appris qu’à Saint Sulpice, on les déchétive en leur fouettant les fesses à nu avec le buis qui pousse au pied de la statue du saint. Qu’à Saint Paul, on leur redresse les jambes à coups de goupillon. Qu’à Duriac on leur détortille les douleurs de convulsions en leur entortillant le ventre avec le fil de la Vierge. Qu’à Coulignac on éponge la peur en leur posant des morceaux de prières en papier sur la 👅.

50x50cm « L’arbre qui ne voulait pas être un arbre », galerie La vie rêvée des arbres

Mais c’est ici, ici seulement, qu’on peut les guérir des pourritures dont les saints de la religion ne veulent pas entendre parler. Dites-moi honnêtement si ça ne vous soulève pas le cœur et si vous ne retenez pas votre respiration, hein ! Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Chêne Pourri. Voyez donc, Monsieur, tout partout, du bas tronc à la haute branche du faîtage, cloués, cousus ou collés, ces linges neufs ou en loques, souillés d’excréments ou de pus, ces langes de bébés coliqueux, ces brassières croûtées de crasse, ces chemisettes imprégnées de vomi, ces bonnets ayant servi d’auberges à poux ou mangées par la teigne. Ces bandelettes, pansements, cotons et cataplasmes gris, colorés par le sang vicié, déteints par le pus des furoncles, de bavements, d’écoulements, de chancreries et d’écrouelles… C’est ahurissant, n’est-ce pas ? » Claude Seignolle (Histoires vénéneuses)

Sacrifices

 »-. Il existe une longue échelle de cruauté religieuse, avec de nombreux échelons. Mais il y en a trois principaux. Jadis, on sacrifiait à son Dieu des êtres humains. Peut-être ceux-là mêmes qu’on aimait le mieux. De là le sacrifice des premiers-nés dans toutes les religions primitives, et le sacrifice offert par l’empereur Tibère dans la grotte de Mithra à Capri, le plus affreux anachronisme de l’histoire romaine.

50x60cm « Le temple du soleil »

Plus tard, à l’époque morale de l’humanité, on sacrifiait à son Dieu ses instincts les plus forts, sa nature. C’est la joie solennelle qui brille dans le regard cruel de l’ascète. Ne fallait-il pas en venir à sacrifier toute consolation, toute sainteté, tout salut, toute espérance, toute foi en une harmonie cachée, en une béatitude et en une justice futures… Ne fallait-il pas sacrifier Dieu lui-même, par cruauté envers soi, adorer la pierre, la sottise, la pesanteur, le destin, le néant ? Sacrifier Dieu au néant, ce mystère paradoxal de suprême cruauté, était réservé à la génération présente, nous en savons tous quelque chose. » Nietzsche (Par delà le Bien et le Mal)