On va pouvoir manger le coq !

« Ca y est, on va pouvoir manger le coq ! Si vous êtes d’accord, on met ça à dimanche. Car il faut que vous soyez là, comme tous ceux qui ont fait les lavandes avec nous, c’est la tradition, on mange le coq. Autrefois, on le faisait pour les blés, on s’entraidait beaucoup. Maintenant, les blés, les moissons, on les fait presque sans s’en apercevoir, la batteuse arrive, elle repart.

Alors, on a reporté le coq à la fin des lavandes, parce que c’est encore un gros travail, tout le monde s’y met. Le plus beau coq du poulailler, on l’attrape, on l’occit, on le fait mariner toute la nuit, on le cuit, on le sert avec plein de bonnes choses, du bon vin, des desserts…

Mais les lavandes aussi, ça touche sur la fin, il y a eu déjà plusieurs crises. Espérons qu’on mangera encore le coq ensemble longtemps. Alors, on se dit à dimanche ? Pierre Martel (Les blés de l’été)

Chanteclerc 50x50cm
50x50cm « Chanteclerc«  (Galerie Bestiaire)

Noir, c’est noir !

« Au commencement, l’obscurité était cachée par l’obscurité ». C’est le mythe de la création.

Pour les peuples du désert, noir signifie vie, car les nuages noirs annoncent la pluie, laquelle permet aux plantes de pousser. Le noir est lié à la fertilité, la plupart des graines ayant besoin d’une salvatrice obscurité pour germer. Dans les pays occidentaux, le noir est associé au malheur, aux jours sombres, aux funérailles, au deuil, à la nuit inquiétante, au mal qui rôde. Les profondeurs noires sans lumière ni espoir, voilà qui est effrayant, qui fait remonter les peurs de l’enfance quand la lampe s’éteint et que maman s’éloigne.

Tout n’est pas si noir. » Dans une période noire, l’oeil commence à voir » (Théodore Roethke). L’idée, c’est donc de voir la grande beauté du noir, et reconnaître la dualité lumières-ténèbres qui assied ainsi réciproquement leur pouvoir. Pierre Soulages, né en 1919 et toujours pinceau en main, s’en est emparé avec bonheur et a traité le noir de manière didactique, avec talent, matière, inventivité, etc.. Car, comme beaucoup d’artistes de sa génération, Pierre Soulages ne cherche pas à représenter le réel mais seulement l’énergie d’un moment, l’émotion fugace, le tout via de larges traits d’un noir profond et brillant qui joue avec la lumière. Trop fort !

50x70cmLe chat noir (Edgar Allan Poe)
50x70cm « Le chat noir », d’après la nouvelle d’Edgar Allan Poé

La grande soif des Massaïs

« Dans certaines régions de l’est du territoire des Massaïs, l’on avait aménagé des points d’eau permanents au bénéfice des populations et de leurs troupeaux. L’approvisionnement se faisait par forage et pompage des eaux de montagne acheminées par canalisations.

Cette amélioration eut deux conséquences désastreuses. Furent réduites les quantités d’eau disponibles pour les animaux sauvages. Ces points d’eau permanents permirent aux Massaïs de réduire leur migration annuelle et, par voie de conséquence, de concentrer toute l’année la pâture dans certaines zones bien délimitées.

Dans ces régions, les herbages se sont complètement dégradés, remplacés par des buissons d’épineux et des arbres. Entre les arbres, le ciel est nu. Cette brousse d’ épineux en friche est balayée par la poussière et le sable. » Professeur Bernard Campbell.

diptyque 61x61cm M...comme Massai
M comme Massaïs (Galerie Chemins de spiritualité)

Discerner l’âme derrière le masque

« ...Il embarqua sur un navire en partance pour l’Afrique. Il fut soutier, caché par des passagers dans les profondeurs des entrailles du bateau. Il débarqua de nuit, à la sauvette, dans un pays étrange où les hommes semblaient avoir tous revêtu le même masque sombre. Mais ici la couleur brune n’était pas couleur de tristesse, les visages portaient les marques du bonheur de vivre dans l’éclat du rire et la franchise du regard.

Il s’enfonça plus profondément dans la brousse, et là, dans les villages les plus reculés, intrigué, il observa longuement, en cachette, la danse des masques. -Le masque ne sert donc pas qu’à dissimuler la perfidie de l’âme aux yeux du prochain ? -Pas chez nous, homme blanc. Ici, le masque est noble. Il n’est pas fait pour tromper. Il communie avec Dieu. Chaque masque possède un sens voulu des hommes, et compris par Dieu. -Que signifient vos masques, alors ? -Ces masques-là, vois-tu, représentent l’esprit de nos ancêtres. Ils sont nos intermédiaires pour remercier Dieu lorsqu’il nous envoie la pluie, l’abondance, la fécondité, le courage, ou la force de vaincre nos ennemis. -M’apprendrais- tu leur langage ? -Seulement si ton âme est pure, homme blanc, car il faut être digne de porter le masque.  » Pierre Dumousseau, L’enfant sans visage

40x40cm C'est Carnaval
40x40cm « C’est Carnaval » (Galerie Chemins de spiritualité)

Il pleut des souris et des os à moelle !

Vous ne me croyez pas ? Démonstration….Un chien, réputé dans sa communauté pour être un grand sage, s’invita, incognito, à un colloque de chats. L’orateur, un grand matou grave et sérieux, haranguait ainsi ses ouailles avec solennité. -Frères, disait il, priez et priez encore. En vérité, je vous le dis, si vous priez avec suffisamment de foi, bientôt, du ciel, il pleuvra des souris. Des souris tendres, bien dodues, savoureuses…

Cela fit beaucoup rire notre ami Chien-Chien. -Vraiment, ces chats sont aveugles, ou insensés, ou les deux à la fois. Ce n’est pas cela qui est écrit dans Le Grand Livre. Je le connais très bien, Le Grand Livre, ce sont mes ancêtres qui l’ont rédigé. Si l’on prie avec suffisamment de foi, ce ne sont pas des souris qu’il pleuvra avec abondance, mais, bien sûr, de bons gros os garnis de moelle, bien gras, juteux, succulents ! A table ! D’après la fable Le chien sage de Khalil Gibran

48 x 37cm Chien-Chien
40x50cm Chien-Chien (Galerie Bestiaire)

Comptine pour se dire bonne nuit

Dans leur panier dorment les chatons, chut…Dans les pétales de rose dorment les coccinelles, chut…Dans le désert dorment les chameaux, chut…Dans les roseaux dorment les canards, chut…Dans les feuilles dorment les ouistitis, chut…Dans les cartables dorment les cahiers, chut… Dans le bocal dorment les poissons rouges, chut…Dans la cuisine dort la cafetière, chut… chut…Sur la banquise dorment les pingouins, chut…Dans le jardin dorment la marguerite et le bleuet, chut…Dans la paille dorment les petits veaux, chut…Dans la mare dorment les grenouilles, chut…Dans l’océan dort la baleine bleue, chut…Sur l’oreiller, dort mon ami nounours, chut…

40x40cm L'ours Cannelle Vendu
40x40cm L’Ours Cannelle, Vendu

Chut, c’est l’heure, le marchand de sable est passé, les enfants sages dorment dans leurs lits douillets. Bonne nuit, les petits et les grands…

Le vendredi, c’est poisson….et les autres jours aussi

Née sous le signe des poissons, mon signe astrologique a inéluctablement tracé mon chemin de vie. Lequel passe par l’eau, qu’elle soit de source, du robinet, de pluie, de mer, lac ou rivière, souterraine, provenant de la fonte des glaciers… L’eau, c’est la vie.

Ma préférée, ma chouchoute, c’est l’eau de mer, bleue, étale, agitée, déchaînée, changeante, iodée. Mais hélas de plus en plus polluée, ceci étant un autre débat…Mon plat préféré, en bonne marseillaise qui se respecte, c’est le poisson, bouilli avec un soupçon de mayonnaise-maison, à la plancha un soir d’été, cru à la japonaise, frit et sobrement accompagné d’une tranche de citron, méli-mélo en bouillabaisse, à la nage, en mouclade, en filet nappé de sauce hollandaise. Miam ! J’en passe et des plus savoureux, en faisant l’impasse sur les bâtonnets panés surgelés dont je laisse volontiers la dégustation à mes petits-enfants…

Hélas, le poisson se fait rare de nos jours dans les mers et océans. Notre voracité, autant économique que gastronomique, en fait inexorablement un met de choix et de luxe. Lequel, à l’étal du poissonnier comme à la carte des gargotes bobos, ne sera bientôt plus que l’apanage de quelques privilégiés. En attendant ces sombres jours de disette, bon appétit !

Comme un poisson dans l'eau50x50cm Vendu
50x50cm « Comme un poisson dans l’eau » Vendu (Galerie Bestiaire)

Paradis des oiseaux, oiseaux du paradis

La réserve de Camargue, c’est le paradis des oiseaux. Tandis qu’en altitude les rapaces, faucons, milans, busards, croisent au dessus des îlots de Vacarès, des formations de canards, cormorans ou courlis filent au ras de l’eau. Posés près d’une touffe de roseaux, au hasard des étangs, les ibis, grues, flamants roses, s’apprêtent à passer la nuit sur une patte. L’Homme étant le principal ennemi des oiseaux, l’étendue de la réserve est sévèrement protégée, pour que tout ce petit monde puisse vivre et se reproduire en paix.

Mais sait-on, par exemple, que le seul passage des avions perturbe les nids enfouis parmi les roseaux des étangs ? Or, les nids des flamants roses de Camargue sont uniques en Europe. De même pour les marismas de Guadalquavir, ces longs oiseaux rouges et noirs ondulant telles des flammes.

Amis de la nature, défendez bec et ongles ce monde insolite et fascinant. Sinon, seuls resteront de sa présence ici-bas les collections d’oiseaux empaillés et les gravures dans les musées, les vidéos et documentaires, les archives de tous plumes et poils, etc…Mais, hélas, nous n’aurons plus les oiseaux !

60x60cm La vie en rose Vendu
50x50cm » La vie en rose » Vendu (Galerie Pour faire le portrait d’un oiseau)

Ode à Ninon

Ode adressée à Ninon de Lenclos, célèbre courtisane du 17ème siècle. « Depuis le siècle de Pépin Jusqu’à celui de la Fronde, On n’a rien vu de si poupin Que cette belle vagabonde. Elle est aussi droite qu’un pieu, Plus pénétrante qu’une sonde, Plus savante qu’un calepin, Et va la nuit comme une ronde.

Elle est douce comme un mouton, Dort l’hiver en drap de coton, Fixe au Marais son habitacle, Se contente le soir d’un poulet, Touche le luth, parle en oracle Et siffle comme un flageolet ! » Urbain Chevreau 1613-1701

58x47cm Portrait de Ninon au chapeau fleuri
58x47cm Portrait de Ninon au chapeau fleuri (Galerie Femmes, Femmes, Femmes)

Le sieur Urbain Chevreau, contemporain de Ninon et poète à ses heures perdues, fut-il un de ses richissimes protecteurs, son admirateur inconditionnel ou un de ses amants délaissés ? Ma petite histoire ne le dit pas. Laissons-le à son mystère et contentons-nous de savourer avec humour ses vers de mirliton…

Histoire triste en Argentine

« Ni les attraits des plus aimables Argentines, Ni les courses à cheval dans la pampa, N’ont le pouvoir de distraire de son spleen Le Consul Général de France à La Plata.

On raconte tout bas l’histoire du pauvre homme. Sa vie fut traversée par un fatal amour, Et il prit la funeste manie de l’opium. Il occupait alors le poste à Singapour…

Medhi Belkhirat Huile 40x50cm Chevaux au lasso
Huile de Medhi Belkhirat, Chevaux au lasso (Galerie Les Tableaux de mes amis artistes)

Il aime à galoper dans nos plaines amères, Il jalouse la vie sauvage du gaucho. Puis il retourne vers son palais consulaire, Et sa tristesse le drape comme un poncho.

Il ne s’aperçoit pas, je n’en suis que trop sûre, Que Lolita Valdez le regarde en souriant, Malgré sa tempe qui grisonne et sa figure Ravagée par les fièvres d’Extrême-Orient ». Henry Jean-Marie Levet (1874-1906)