L’emprise de la musique

 »-. Asseyez-vous… Je vais jouer pour vous. Que désirez-vous entendre ?-. Tout d’abord, elle lui joua un passage de Schuman qui rappelait le nouveau sentiment chimérique et vague né dans le parc avec une telle soudaineté. Ensuite, elle joua un peu de son Chopin bien-aimé, et termina par la sonate Appassionata. Elle joua comme elle ne jouait que pour lui, qui l’écoutait de la même manière, écroulé dans son fauteuil, les yeux mi-clos, ses cheveux d’or ondulés tout ébouriffés, de l’air d’un être intoxiqué de musique.

30x40cm  »Lulu l’homme-orchestre », galerie Z’ Artistes

Elle dut s’apercevoir alors, pour la première fois, qu’entre son frère et cet étranger existait une certaine ressemblance, une faculté de sauvage abandon qui était terrifiante. Aujourd’hui, tout ce qui si longtemps était resté muré dans l’amertume de son âme secrète sortit à flots et déborda dans la musique. Et à cela s’ajoutait un 🔥 nouveau, une chaleur soudaine qui lui parurent étranges. Elle éprouva une curieuse envie de partager tout ce qu’elle possédait, un désir bizarre, douloureux, tout proche des larmes. Il en était ainsi, peut-être, parce que l’amour lui apparaîtrait toujours de cette manière l’apogée sauvage et passionnée des sens qui trouve sa manifestation dans un accord surnaturel de l’âme. » Louis Bromsfield (Emprise)

Du grenier à la cave, de la cave au grenier…

Ma modeste 🏡, construite il y a moins d’un demi-siècle, contribue parfaitement à l’exercice de mon bonheur quotidien. Elle dispose, mais vous le saviez déjà, d’un atelier de peinture qui fait mes délices. Et d’une cave, qui, hélas, loge davantage de toiles d’araignées que de bouteilles d’un grand cru… Mais, de grenier, point. Et c’est cet espace haut perché mais intime, qui, par son absence, me manque cruellement. Ah, entasser dans mon grenier tout ce qui ne trouve pas place ailleurs, y installer l’annexe de ma bibliothèque avec des caisses de livres à même le sol, rêver du bout du monde sans lever le nez de mon ciel poitevin…

Stop ! À quoi bon fantasmer ? Je crains fort que, au nom de la rentabilité qui utilise chaque mètre carré pour le rendre habitable, les combles de nos 🏠 ne disposent plus guère dudit grenier, ni de la poésie qui jadis l’accompagnait. Toutefois, car telle est la liberté de l’artiste-peintre, le grenier manquant se transforme en débarras idéalisé, sans bric à brac ni poussière. Allez, je vous invite à gravir les marchés grinçantes de l’escalier de bois, et à me rejoindre en mon repaire imaginaire.

3040cm  »Le petit grenier de Christine », galerie La meilleure façon d’habiter

Mon conseil. -. Envie d’un 🌲 pour y installer un nichoir à 🐦 ? D’une piscine à 🌊au fond du jardin ? D’un coin couture- bricolage ? Amies, amis, à vos pinceaux ! Rêvez, sublimez, peignez ! -. Dans mon grenier imaginaire muni d’un vasistas improbable, en dehors de toute vraisemblance, une lumière bleutée baigne les lieux. Pourquoi ? Parce tel est mon bon plaisir. Na !

Au temple d’Amour

 »-. Voilà une idée, nous allons visiter le Taj Mahal au clair de 🌙-. Elle hésita. Le Taj Mahal au clair de 🌙 ? Ce n’était pas sans danger. Elle sentait en elle des élans inconnus jusqu’alors, des élans qu’aucun homme ne lui avait jamais inspirés, et qui dépassaient nettement le stade de la sympathie. -. Allez chercher une écharpe, nous irons nous asseoir sur le banc de marbre, pour voir le Taj se refléter dans le lagon. Pour nous Indiens, ce n’est pas seulement un tombeau, mais le véritable temple de l’amour. Chacun en fait son propre temple. Mais pour le Shah Jehan, ce devait être aussi une marque de contrition. Sa femme est morte en couches, au quatorzième enfant, vous vous en souvenez ? Peut-être ne l’avait-il pas assez couverte de louanges durant sa vie-.

Il était presque minuit, quand ils franchirent la grille d’entrée. Elle se souvenait bien de sa première visite, mais c’était maintenant qu’elle goûtait pleinement la beauté du monument. La lumière de la 🌒 l’enveloppait, le pénétrait doucement, si bien que l’édifice de marbre semblait flotter, lumineux et blanc, par-dessus le paysage. Le clair de 🌙 ne suffisait pas à expliquer la beauté particulière du moment. La sensation de leur présence mutuelle y ajoutait un sens nouveau. Ils admiraient en silence, marchaient à pas lents au bord de l’eau tranquille. Et c’est toujours en silence qu’ils s’approchèrent du tombeau et s’assirent sur le banc de marbre. » Pearl Buck (Mandala)

Maîtres sont les vents

 »-. Le changement brusque des vents caractérise en été le climat de l’océan glacial antarctique. Et deux vents sont maîtres. L’un qui varie de la partie Nord à la partie ouest, et qui est océanique, c’est-à-dire humide et presque tiède. L’autre qui est continental, qui avant de vous atteindre se charge de froid sur la glace polaire. Il est terrible. Il plante ses griffes dans votre chair et vous étouffe. Il paralyse votre ❤️, solidifie votre sang, durcit vos poumons, vous aveugle et vous rend sourd.

40x40cm « Tempêtes« , galerie Laissez-moi vous conter la mer

Ce sont des millions de bêtes sauvages déchaînées qui vous arrachent l’âme. Entre ces vents, des calmes étonnants, tout est figé dans l’immobilité la plus absolue. L’eau, l’atmosphère, le ciel. Et le thermomètre baisse. Alors, si un pétrel vole à mille mètres de vous, vous entendez le froissement de ses ailes. » Edouard Peisson (L’aigle de mer)

Si criminellement hantée

 »-. On pourrait me dire –. Pourquoi vous obstinez-vous à habiter cette 🏡 si criminellement hantée ?-. Cent demeures et plus sont dans ce cas. On ne compte plus les crimes, ni les disparitions. C’est à peine si l’on s’émeut encore. La ville est morne. Les gens se suicident par dizaines, préférant cette mort à celle que donnent les bourreaux fantômes.

50x50cm « La maison hantée », galerie La meilleure façon d’habiter

Et puis Méta veut se venger. C’est elle, à présent, qui guette les invisibles. Elle est retombée dans son mutisme farouche. Elle nous a seulement ordonné de fermer, à la 🌃 tombante, portes et volets. Dès la première heure obscure, nous occupons à nous quatre le salon transformé en dortoir et salle à manger. Nous n’en sortons qu’au matin. Un soir de la mi-avril, Méta ouvrit la porte du salon, je vis que l’ombre avait déjà envahi les paliers et le vestibule. Méta rentra et ferma la porte. Elle était atrocement pâle. D’en bas, aucun bruit ne montait, le silence pesait, comme une eau menaçante contre la porte. La 🌃 arriva, sinistre. C’est ainsi que Méta disparut à son tour, dans le mystère.’Jean Ray (La ruelle ténébreuse)

Les Critères de la beauté

 »-. Vous aussi, vous pensez que notre peuple est le plus beau ?-. Naturellement !-. Le charme était rompu. Il s’assit sur la balustrade de marbre, tournant le dos au couchant. -. Je me rappelle un jour où je donnais une conférence de presse à Calcutta. Je me trouvais avec mon père, le vieux Maharana, et en réalité je lui servais de porte-parole. Je crois qu’il était tout simplement paresseux. Les habitants du Bengale ne sont pas spécialement les plus beaux du pays. La conférence de presse traînait en longueur et moi-même je m’en fatiguais, d’autant plus que les reporters se faisaient parfois agressifs, car les Bengalis sont d’un tempérament vif. Enfin, pour détendre un peu l’atmosphère, je pris l’initiative. -. Maintenant que vous m’avez posé beaucoup de questions difficiles, dites-moi pourquoi les Bengalis se prennent pour l’élite de l’Inde ?-. Alors ? -. Alors, un petit bonhomme au teint très foncé, aux membres grêles, bondit sur ses pieds et me lança d’une voix fluette. -. Parce que nous sommes les plus beaux-. Ce fut une leçon pour moi… Et pour lui…- » Pearl Buck (Mandala)

Comment PEINDRE la laideur ? J’ai déjà peint LAID, et même horriblement laid, sans le faire exprès, et plus souvent qu’à mon tour. Mais, pour illustrer cet extrait de 💷 qui m’a tapé dans l’oeil, il s’agit de restituer, par la grâce du pinceau, le cheveu rare, les traits émaciés, les yeux enfoncés, le nez épaté, la lèvre épaisse, sans bijoux, sans fioritures. Le tout sous le ☀️vibrant du Bengale…

30x40cm « Critères de beauté« , galerie Femmes, Femmes, Femmes

Mon conseil. -. Les critères de beauté, c’est selon le goût de chacun, la région du globe où l’on vit , les habitudes alimentaires et vestimentaires, et certainement bien d’autres paramètres. Je me suis contentée de mettre en peinture une indienne de caste inférieure, sans âge, pauvrement vêtue, sans grands attraits physiques, mais dont, je l’espère, l’âme plus jolie que la figure transparaît derrière les traits ingrats.

Matriarcat

 » -. On a de la chance, regarde ce ciel, c’est pas beau, l’Afrique ?-. C’est fabuleux, ce qui fascine devant ces paysages, c’est à la fois leur splendeur esthétique, l’harmonie des couleurs, cette liberté des animaux…-

Sur le chemin du retour, ils rencontrèrent trois familles d’éléphants. Groupés à l’ombre d’un eucalyptus géant, les tembos se reposaient. -. C’est curieux, on voit rarement des mâles...-. Dans la société éléphantine, c’est le matriarcat. Les messieurs dorment à part. Lorsqu’une dame est en chaleur, par la magie des oestrogènes et des ultrasons, tous les mâles du département arrivent au galop. D’habitude, ils sont deux ou trois, mais on a observé jusqu’à quatorze colosses en rut, se bousculant dans un concert assourdissant pour couvrir une pucelle aux ivoires à peine formés. Alors là, c’est le super spectacle à filmer ! Bagarres et poursuites n’en finissent plus. De loin, on peut entendre résonner le poids des titans et le choc des ivoires. Il faut rappeler qu’au bout du compte, bien qu’ils soient extrêmement excités, les jeunes mâles ne touchent pas une bille. Ce sont les quarante à soixante ans qui fécondent les femelles. Priorité aux anciens ! » Christian Zuber (Le Roi des éléphants)

Lucie, 7 ans, « L’Eléphante Rose »

Histoire d’amour, d’après Hans Christian Andersen

 »-. Il était une fois un homme qui possédait un 🐎. Il pensait qu’il ferait mieux de vendre ce 🐎, et de l’échanger contre quelque chose de plus utile. Mais quoi ? Sa femme lui dit. -. Fais pour le mieux-. Alors il échangea le 🐎 contre une 🐄. Puis il échangea la 🐮 contre un 🐑. En rencontrant un homme qui portait une oie, il échangea le 🐑 contre l’oie. Peu après, il échangea l’oie contre un 🐔, mais il croisa un palefrenier avec un sac de pommes trop mûres, et il échangea le 🐔 contre les pommes.

Lorsqu’il rentra, il dit à sa femme qu’il avait échangé le 🐎 contre une 🐄. – Dieu soit loué-, dit-elle. Qu’il avait échangé la 🐮 contre un 🐑. – De mieux en mieux-. Mais qu’il avait échangé le 🐑 contre une oie. – Tu sais toujours ce qui me fait plaisir-. Et lorsqu’il lui apprit qu’il avait échangé l’oie contre un 🐔, elle le complimenta pour cet échange avantageux. – Mais j’ai échangé le 🐔 contre un sac de pommes trop mûres…- Je t’embrasse de tout mon ❤️ pour cela, mon cher mari !– » Al Koran (Instructions secrètes et infaillibles pour mener votre vie au top)

PEINDRE le portrait d’une dame de qualité

 »-. Écoute donc, Jane Eyre, ta condamnation. Demain, pose ton miroir devant toi, dessine fidèlement au ✏️ ton propre portrait, sans atténuer aucun défaut, sans omettre une ligne dure, sans estomper les irrégularités disgracieuses. Écris dessous – Portrait d’une institutrice sans famille, pauvre et laide-.

Prends ensuite une plaque d’ivoire poli, tu en as une toute prête dans ta boîte. Mélange sur ta palette les tons les plus frais, les plus délicats, les plus clairs. Choisis tes pinceaux en poils de 🐫 les plus fins, dessine avec soin le visage le plus charmant que tu puisses imaginer. Colore-le de tes teintes les plus suaves, des tons les plus doux. N’oublie pas les boucles noires comme des plumes de corbeau, des yeux d’orientale. Rappelle-toi les traits nobles et harmonieux, le cou et le buste grecs, laisse voir l’arrondi du bras éblouissant, n’omets ni la bague de diamants, ni le bracelet d’or. Rends fidèlement la toilette, les dentelles aériennes, le satin brillant, la gracieuse écharpe et la rose dorée. Ce portrait est celui de -Blanche. Ingram, dame de qualité accomplie.’Charlotte Brontë (Jane Eyre)

La Reine de la Barbouille

-. Je te sacre reine de la barbouille-. Je ne sais s’il faut prendre cette boutade de l’un de mes proches comme un compliment. Je crois plutôt qu’il veut insister sur le fait que je passe beaucoup de temps la ✋ sur le pinceau, peut-être même un peu trop. Et que mes critères picturaux ne correspondent pas vraiment à l’idée qu’il se fait d’une artiste-peintre d’un certain âge, sage, posée, raisonnable et raisonnée. Cela ne me fâche pas et me fait d’autant plus sourire que ce léger reproche mâtiné d’humour m’a inspiré une toile. Encore une !

La Reine de la Barbouille ne prétend pas gagner le premier prix à un concours de beauté, ni même à un concours de peinture. -. Dis, Christine, n’est-ce pas un tableau un peu facile, tant dans sa conception que son exécution ? Même si tu l’as encadré pour accentuer ton propos. Tu me déçois...-. J’aime alterner les petits formats, à peindre ailleurs que dans mon atelier, en extérieur par exemple, et les compositions plus ambitieuses, qui réclament temps, minutie, attention. Il faut bien s’amuser un peu, pratiquer l’auto-dérision est un exercice salutaire qui évite de se prendre trop au sérieux…-

Mon conseil. – . Venez comme vous êtes– prétend, à grand renfort de publicité télévisuelle, une chaîne de restauration rapide prisée par la jeunesse. -. Peignez comme vous êtes, peignez ce que vous êtes-, ce slogan, je l’ai fait mien, après avoir, des années durant, fait le gros dos devant le scepticisme et les critiques de mes pairs. Slogan que je répète à mes élèves, sans toutefois toujours les convaincre. Na !

30x40cm « La reine de la Barbouille vous salue bien« , galerie Z’artistes