L’Avare

 »-. Mistinguett, artiste fameuse, était faite de contrastes. Au raffinement, elle alliait le sordide. A la gentillesse la dureté de quelqu’un qui avait eu des débuts difficiles. Le ☀️, c’était son rire et sa gaîté. L’ombre, c’était son avarice. Elle fut la première à mêler des publicités au texte de ses revues de music-hall, en imposant aux auteurs et aux producteurs ses contrats personnels avec des fabricants de bas, de gaines, de cosmétiques ou de pâtés.

Cette faim sacrée de l’or lui venait peut-être de ce qu’elle avait trente-six dents. Elle enterrait des pièces et des lingots dans son jardin, les déterrait pour les changer de place, et ménageait d’autres cachettes dans les recoins de sa 🏠. Le danseur italien qui habitait chez la Miss, et pour qui elle était très chiche, sous prétexte qu’elle le logeait et le nourrissait, enfermait dans une malle quelques louis d’or. Le rêve de Mistinguett était de les lui chiper. C’était également une manière de se venger, car il n’éprouvait plus guère d’amour pour elle. Un 🔨 à la ✋, accompagnée d’une amie qui tenait une pince, elle tapait sur la serrure de la malle. Mais leurs efforts n’en vinrent jamais à bout. » Roger Peyrefitte (Manouche)

Ouvrir librairie, et s’en trouver bien…

 »-. La boutique se composait de trois pièces. La première était entièrement occupée par les étagères en bois d’acacia qui supportaient les mille deux cent trente-sept volumes, à l’inventaire de mars 1939, proposés à la vente. La deuxième, davantage un étranglement entre deux murs qu’une véritable pièce, servait de bureau à Docile. Et la troisième, à laquelle on accédait par un escalier de meunier, conduisait à la réserve où s’accumulaient les ouvrages n’ayant pas trouvé d’acheteurs malgré depuis plusieurs mois d’exposition sur les rayonnements. Ainsi que ceux, trop précieux ou trop abîmés pour être livrés au tripotage des curieux.

Ses ouvrages de voyage étant pour la plupart des éditions anciennes d’un prix élevé, Docile avait vite compris que les habitants de la ville assez fortunés pour se les offrir ne seraient pas légion. Si peu nombreux même qu’elle aurait pu se contenter de n’ouvrir sa librairie qu’un jour, voire un après-midi par semaine. Mais elle levait son rideau de fer tous les matins, et ne le rabaissait que tard le soir, quand les 🐦 s’enhardissaient à se poser sur les pavés devant sa boutique, signe qu’aucun pas humain ne résonnerait plus dans la rue jusqu’au lendemain. » Didier Decoin (Docile)

Suivre L’étoile du Berger

 »-. Regardez celle-là, on l’appelle l’Etoile du Berger. Vous voyez ça, tout en haut du ciel, juste au moment où le ☀️ se lève et éteint son reflet. C’est sûrement elle que des hommes virent dans la nuit de Noël, il y a des années et des années. Je vous le dis, celle-ci est unique. On en trouve que l’on croît semblables, mais on se trompe. C’est comme les gens, jamais deux pareils. C’est une des merveilles de l’univers...- » Victoria Holt (L’orgueil du Paon)

Nous allons entrer dans l’Avent. En cette période profondément spirituelle, dont la raison d’être n’est pas seulement l’achat frénétique des sempiternels cadeaux de Noël, cet extrait de texte m’a frappée. Pour le mettre en peinture, j’ai recyclé un tableautin en souffrance. C’est ainsi que trois courtisans de l’Empereur de Chine, somptueusement habillés pour masquer leur banalité, se sont mués en Rois Mages. Autour de Gaspard, Melchior et Balthazar, seul le décor, minimaliste, change. A leurs pieds, des 🎁, au-dessus de leur tête, l’étoile du Berger. En route, Sires, le chemin sera long et semé d’embûches…

35x35cm « Les Rois Mages« , galerie Chemins de spiritualité

Mon conseil. -. Je l’écris, le dis, le répète, une toile délaissée, quelle qu’en soit la raison, ne demande qu’à reprendre du service. Il suffit d’attendre que l’inspiration vienne pour la relooker… Et d’avoir noté l’emplacement où on l’a reléguée dans le fatras de l’atelier, surtout s’il s’agit d’un exemplaire de petites dimensions. Quelques bouts de papier collés, une ou deux perles, ou comme ici une vulgaire 🌟 en relief (en fait, je n’avais pas d’étoile, un bouton carré a fait l’affaire, en plus rigolo…). Bref, l’environnement propice est créé, il ne reste plus qu’à dérouler le scénario. Car, c’est incontournable, chaque tableau se doit de raconter une histoire…. Et tant mieux si elle comporte sa part de féérie.

Au pays de la destruction divine

 »-. Nous sommes à Gomore. Des villes englouties, nulle trace. Elles s’étendent peut-être sous le limon de la mer insondée. Et, à cet endroit, peu profonde, à peine un mètre, au sud de la presqu’île blanche du Liban qu’on voit briller au loin.

Arrivant à Gomore, par temps d’hiver gris, avec la chaleur tiède et l’oppression de la pesanteur plus grande que partout ailleurs sur notre terre, le voyageur se demande s’il rêve, en voyant de la neige au pied des falaises bistres. Petites congères blanches, trompeuse neige de sel d’Israël. Aux abords de l’eau, elle recouvre les souches et les moignons d’arbustes d’une croûte beige, crée des embryons de forêts pétrifiées. Ceux-ci étaient pour Josephus Flavius, l’historien juif ami des Césars et auteur de La Guerre des Juifs, –les vestiges tangibles de la destruction divine-.

60x60cm  »À pic de falaise », galerie Les clins d’œil de dame nature

Ici, nulle chose faite de ✋d’homme ne cache aux hommes la présence permanente de la mort dans la vie. Et la fin irrémédiable de toute vie, et un voyage vers cette mer au-dessous des mers pourrait préfigurer aux yeux du civilisé l’infernale descente au bord du Styx. Le haut des falaises est déchiqueté de formes, quasi humaines, de sel et de pierre, dont l’une a dû suggérer à l’écrivain antique l’histoire de Loth et de sa femme. Celle-ci s’est retournée afin de voir Sodome et Gomore s’engloutir dans les flots, et fut changée en figure de sel. » Claude Gandelman

Garce de mer !

 ».– On dirait un peu la chambre des machines d’un navire-, pense-t-il, et cette idée lui plaît, quoiqu’il préfère de beaucoup sa terre de Sinssol à la mer.

-. Je te l’avais bien predit, lui répète Florestan. Cette garce de mer, pour l’aimer, il ne faut pas être de la race des paysans provençaux, comme nous. Prendre la barque, le dimanche, quand on habite vers la côte, aller pêcher une ou deux rascasses et quelques verdets pour faire la bouillabaisse, ça, je ne dis pas

60x80cm  »Le vieil homme et la mer », collection privée (galerie Laissez-moi vous conter la mer)

Mais partir des jours et des jours, et ne plus pouvoir toucher la terre de notre ✋, ne plus savoir, en maniant son grain, si elle se pourrit ou si elle se tient en bonne santé. Rester des mois, des années, sans entailler un arbre pour lui glisser une greffe sous la peau. Ne pas pouvoir regarder, pendant des vingt matins de suite, s’il n’est pas temps de resserrer un peu le brin de laine qui tient tout. C’est une vie, ça ? Moi, je l’ai faite, cette vie, ça a été à cause des mauvaises manières de mon frère Pierre, c’est sa méchanceté et son orgueil de maître du domaine qui m’ont chassé de chez moi… » Thyde Monnier (Le pain des pauvres)

M’as-tu trompé, chérie ?

 »-. Chez les 🐦, le choix des partenaires incombe aux femelles, comme toujours en général dans le monde animal, et les mâles rivalisent avec enthousiasme pour surclasser les autres. Dans de nombreuses espèces d’oiseaux monogames, les femelles refusent d’accorder leurs faveurs, jusqu’à ce que le mâle ait construit un nid jugé convenable pour accueillir leur future progéniture. La femelle fait un œuf, et le mâle fait un nid.

La parade amoureuse est primordiale pour le mâle. Non seulement pour conquérir une mère potentielle, mais aussi pour s’assurer qu’elle sera une créature saine, capable de contribuer efficacement à l’élevage des enfants. Mais, par dessus tout, les mâles doivent s’assurer qu’ils ne sont pas attirés par une partenaire déjà fécondée par un autre mâle qui l’a abandonnée. Ce serait l’intérêt de la femelle délaissée, parce qu’elle aurait ainsi un partenaire pour l’aider à élever sa couvée. Mais ce serait désastreux pour le mâle trompé. Il investirait ses efforts dans des soins envers les gènes d’un autre 🐦. Une cour assez prolongée avant la copulation peut révéler si Madame est déjà fécondée. Si elle l’est, Monsieur doit s’en aller ailleurs pour pouvoir propager ses propres gènes.’l’ Richard Leaky et Roger Levin (Ceux du lac Turkana)

Toiles de maîtres

 »-. L’appartement du boulevard Gouvion-Saint-Cyr, où elle l’hébergeait, fut orné par lui de tableaux de Vlaminck. Ils n’étaient pas, comme ceux de Kisling, le paiement de fournitures de drogue, mais de fournitures d’or. Ses toiles tenaient compagnie aux portraits que Jean- Gabriel Domergue et Van Dongen avaient fait d’elle, avant la guerre, et qui étaient des cadeaux. Paul voulait effectuer lui-même une livraison à Vlaminck, et l’emmena chez ce peintre, qui habitait en province. A la différence de beaucoup d’artistes, celui-ci avait reçu en partage tous les dons de l’esprit. Sa conversation, reflétée dans ses livres, était aussi riche et originale que sa palette. Cet ancien violoniste, qu’on aurait pris pour un catcheur, vivait avec ses filles et sa femme. Il peignait dans son grenier, éclairé par des bougies et penché sur son chevalet comme un alchimiste sur son athanor. Paul lui laissa un lingot et repartit avec une toile. » Roger Peyrefitte (Manouche)

Quelle déco choisir pour les murs de notre 🏠 ? Les plus aisés d’entre nous,  »ceux qui réussissent », s’offriront aisément des toiles de maîtres, alliant ainsi réussite sociale, investissement financier, et je l’espère, plaisir quotidien. Aux autres, les plus nombreux, restent, nettement moins prestigieux, les posters, encadrés ou non, les reproductions, reflétant leurs goûts ou ceux des autres. Ou tout autre idée dans l’air du temps qui permet d’échapper à la morosité ambiante en laissant son regard circuler dans la pièce pour se poser sur un point focal coloré ou non.

Mon conseil. -. Tout ce laïus, digne d’un magazine branché, pour une recommandation simple mais efficace : Accrochez ce que vous-même aimez. Et non point ce que pourraient aimer vos amis, vos visiteurs, votre entourage.-. Et, en clin d’œil, n’hésitez pas à acheter des tableaux, plus décoratifs et souvent à peine plus chers que les posters du commerce, peints avec la ✋, le ❤️ et l’âme. Au nom des artistes, malmenés en ces temps difficiles, merci…

30x50cm ‘‘ Un Hibou nommé Buffet’‘, vendu (Galerie Faussaire)

Le vieux pommier

 »-. Elle le trouvait très beau, ce vieux pommier, vigoureux et pourtant tordu par l’âge, qui s’élevait dans la lumière dorée d’octobre. De lui semblait émaner l’esprit de toutes les saisons que l’arbre avait connues, avec leur parfum de fragiles fleurs de pommier et de pluies d’avril, de terre mouillée et de fruits mûrissants. Une vie d’expérience était gravée sur son tronc rugueux que l’écorce entourait de ses couches moussues, où habitaient des myriades de tout petits insectes.

-. Est-il nécessaire de l’abattre ? J’étais justement en train de remarquer combien ce vieil 🌲 est majestueux. Et il paraît avoir donné pas mal de pommes. –. Il est malade. Regardez la forme des pommes. Ce verger a grand besoin d’être remis en état. -. Mais pour un seul 🌲… Il est si beau.- . Vous n’avez qu’à aller dans le vieux verger, vous en trouverez des douzaines comme celui-ci, en bas-. Il ôta sa veste et se mit à rouler ses manches sur ses bras minces et musclés. Elle ne dit rien, mais avec un sentiment croissant d’antagonisme, elle le regarda ramasser la hache et frapper le premier coup sur le tronc robuste. L’arbre se dressait, l’air indifférent, seul un très léger frémissement agitait ses feuilles luisantes. » Mazo de La Roche (Jalna)

Les instincts meurtriers d’Homo sapiens

 »-. Homo sapiens est la seule espèce du monde animal ayant un penchant apparemment bien enraciné à tuer ses semblables. Nous ne sommes toutefois pas le seul animal à se laisser aller à tuer des êtres de sa propre espèce. Appelez cela meurtre si vous voulez. Les spécialistes du comportement animal ont pu confirmer que l’infanticide n’est pas du tout exceptionnel chez un certain nombre d’espèces, comme les singes langurs, les 🦁, les babouins hamadryas, les 🐕 sauvages, les éléphants de mer, les singes rhésus, les singes hurleurs et de nombreux autres.

Chez ces animaux, les conditions du meurtre sont très spécifiques, et elles se présentent généralement lorsqu’un mâle dépossède le titulaire d’un harem, et prend lui-même les femelles en charge. Il y a en fait de très bonnes raisons biologiques pour que le nouveau maître du harem se livre à cet infanticide massif, et que les femelles permettent parfois le massacre. Mais le penchant spécifiquement humain de massacres massifs d’adultes au cours de combat découle-t-il de raisons biologiques solides ? La guerre est une invention culturelle. Elle n’est pas un postulat biologique. » Richard Leaky et Roger Levin (Ceux du lac Turkana)

50x40cm  »Shoah » (Galerie Chaos)

Beuveries

 »-. Etoile de cuivre entre les glaces, le whisky dessinait une rosace. Il le but d’un trait et en commanda un autre verre. Au bar, un gaillard en gilet écossais préparait des cocktails. Près du bar, un gros homme poussif pianotait en mâchonnant un cigare. Entre les tables, la serveuse se frayait un chemin. Le cliquetis des bouteilles et des verres répondait aux notes aigrelettes, désabusées, que le pianiste laissait rêveusement couler de ses doigts dans un halo de fumée.

Il était seul à la table de ses beuveries.il aimait boire seul, méthodiquement. C’était un acte grave qui exigeait la concentration et non la dispersion des gens, dont le verre n’est que prétexte à palabres. Il inclinait le verre de divers côtés. Un faisceau de lumière perçait l’abat-jour rouge d’une lampe, pour embraser le liquide lourd. Il déliait ainsi, entre les prismes, des serpent 🐍 aux têtes d’or brûlé, qui remontaient au bord des parois en tordant leurs anneaux. Sa mémoire était trouée de beuveries mémorables, étendards en charpie aux quatre coins de sa vie. -. Ma tristesse est une jolie garce Qui sert à boire...- » Pierre Kyria (L’été à coeur perdu)