Fin d’été en famille de Loire

 »-. A la fin août, nous serons à Ancenis, chez moi…-. A ce moment, une buée légère couvre les yeux de ma mère, elle est émue. -. Ancenis, c’est mon pays, c’est donc le tien, Lucien. Et septembre est si beau sur la vallée de Loire. Le fleuve glisse parmi les bancs de sable, les grands prés, les coteaux surchargés de vigne et de grappes. Ce sera l’époque des vendanges… Tu connaîtras ton oncle le médecin, mon frère, et sa femme, nous logerons chez eux. Ton oncle, c’est la province, il est bon, doux, gai, il est truculent. Au fond, il est timide, il a une grande réserve, de l’orgueil. Mais avec nous, il ne sera que douceur et gentillesse. Nous sommes de la famille, c’est sacré.

Ta tante est une dame du Nord, de la Picardie, c’est une étrangère au nez pointu, une femme d’une activité surprenante dans cet Ancenis nonchalant. Tous deux sont simples, hospitaliers, ils s’aiment, ils sont heureux. Tu connaîtras ton petit cousin et ta petite cousine, qui ont trois ou quatre ans de moins que toi. Et puis nous irons rendre visite à des parents éloignés, tous des gens excellents, un peu curieux, d’un autre temps, surtout de vieux garçons et de vieilles filles, dont on devrait hériter… L’héritage, c’est encore quelque chose, là-bas… Tu verras, chaque fois ce sera un repas formidable, tu seras choyé, câliné, tu te sentiras chez toi, dans un autre monde, ancien, chaleureux…. Je veux que tu aimes Ancenis.’Lucien Bodard (Anne-Marie)

Le pouvoir de l’écrit

 »-. Les mots ont une telle puissance ! Moi qui vous parle, je suis mort depuis longtemps. Et pourtant je suis fort grâce à cet assemblage de lettres qui forment un livre. Je vis grâce à ce livre. Je le hante à jamais et lui, en retour, il prend de ma force. Vous en voulez une preuve ? Eh bien, moi le cadavre, moi le macchabée, moi le squelette, je peux vous donner des ordres à vous le lecteur qui êtes vivant. Oui, tout mort que je suis, je peux vous manipuler. Où que vous soyez, sur n’importe quel continent, à n’importe quelle époque, je peux vous forcer à m’obéir. Et je vais vous le prouver tout de suite. Voici mon ordre : Tournez la page !’‘ Bernard Weber (Le jour des 🐜)

30×30 cm »Dans mes bouquins, confinée… » Galerie La meilleure façon d’habiter

Femme 🐟 vous salue bien !

Comme beaucoup d’entre vous sans doute, sans y croire vraiment, plus par folklore et amusement, je jette un coup d’oeil sur mon horoscope. C’est, justement, aujourd’hui, mon anniversaire, dont je vous épargnerai le nombre de bougies…. mais je ne vous ferai pas grâce du tableau que ma condition de femme-poisson, signe d’eau s’il vous plaît, m’a inspiré.

Il paraît que… ‘‘La Femme🐟 n’aime pas les conflits, les ragots, les crépages de chignon. De nature douce et pacifiste, etc, etc… » je me reconnais assez bien dans ce descriptif, j’ai assez tendance, je l’avoue, à fuir les embrouilles, pour me réfugier illico dans mon atelier de peinture. Ergoter sur un détail, une couleur, une date, un prix, me demande un effort trop important, que je préfère consacrer à PEINDRE au calme. Ce qui certes me nuit sur le plan strictement commercial, mais m’apporte la paix de l’esprit. Et me permet souvent de nager entre deux eaux. Le vrai bonheur pour une dame 🎏 !

50x50cm « La Femme-Poisson », Galerie Femmes-Femmes-Femmes. -. . C’est moi, Christine ! M’aviez-vous reconnue ?-

Mon conseil. -. Prendre sans humeur et avec humour les menus désagréments de la vie ne peut nuire, surtout par les temps incertains que nous vivons. -. PEINDRE avec humour et sans humeur ces menus désagréments, c’est encore mieux. Amis des douze signes du zodiaque, à vos pinceaux ! -. P. S. Etant native de Marseille, je suis, de toute évidence, une Femme-Poisson de Mer !

Le testament

 »-. Il y a un codicille olographe en date du 20 juillet 1910. Ce jour-là, le 20 juillet 1910, Dandie Gow est venu me voir à mon bureau. Je l’appelle Dandie, car, en dépit de toutes ses erreurs et de toutes ses infortunes, je suis fier de dire qu’il était mon ami. Il m’a demandé s’il pouvait transformer sa police d’assurance. Nous nous entretînmes longuement ensemble cet après-midi. La conclusion fut celle-ci. –. Tout, jusqu’au dernier penny. Oui, par Dieu ! Vous entendez bien, jusqu’au dernier penny, échoit en héritage à ce garçon, Robert Shannon, placé sous ma tutelle, afin de lui permettre d’obtenir son diplôme de médecin à l’université-.

Silence de mort. J’étais devenu pâle. Ma gorge et mon ❤️ se contractaient. Je ne pouvais en croire les oreilles. J’étais trop habitué à la malchance, et trop abattu. C’était encore un stratagème du destin, il me donnait un nouvel espoir pour me décevoir plus cruellement par la suite. -. Monsieur Alexander Gow en avait tous les droits. Nous sommes d’accord, cette police ne pouvait être hypothéquée ni réalisée de son vivant. Mais il avait le droit strict d’en disposer par testament… Je vous attends demain matin, à dix heures, à mon étude-.’‘ A. J. Cronin (Les vertes années)

Rêver de Baudelaire sous la verrière bleue

 »-. Resté seul, dans un vaste espace de silence et de solitude, Olivier sortit de sa cachette. Il s’allongea avec satisfaction sous la verrière teintée de bleu en se récitant du Baudelaire. -. Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées...-. Il se sentait calme, libre, joyeux, et, en même temps, offert à quelque danger venu du ciel, avec une douce sérénité. Naguère, aux moments les plus douloureux de sa solitude d’orphelin, il se réfugiait dans un placard à balai, pour allumer tristement des allumettes suédoises les unes après les autres.

Il se trouvait en accord avec une idée ascendante de sa destinée. Maintenant, il allait au plus haut, sans se soucier de l’opinion d’autrui. Il se répéta des bribes de poèmes qu’il connaissait par ❤️. -. Le poète est semblable au Prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer-. Et aussi. -. Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté-. Il rêva longtemps. » Robert Sabatier (Les fillettes chantantes)

Père et fils

 »-. L’enfant fut placé contre le tronc d’un sapin. Sur l’ordre du bailli, un estafier compta vingt-cinq pas, en se forçant aux plus grandes enjambées qu’il put faire. Guillaume Tell choisit avec soin trois flèches. Une pomme de quatre doigts, au plus, de diamètre, fut posée en équilibre sur la tête de l’enfant. L’arbalétrier se campa, prit sa ligne de mire et retint son souffle. On le vit pendant deux ou trois secondes, figé comme s’il eût été soudain changé en statue. Il demeura ainsi immobile jusqu’à la seconde où le bruit d’un choc mat retentit contre l’écorce du sapin. La flèche avait transpercé la pomme et s’était fichée dans l’arbre, où elle vibrait encore.

– Cet insolent s’est tiré d’affaire à bon compte. Mais j’aurais l’occasion de l’arrêter à nouveau, ou je me trompe fort ! Si j’avais tué, ou même blessé mon garçon, le bailli aurait payé sa cruauté sur-le-champ ! J’avais trois flèches...-‘‘ Thomas Estener

Le Printemps en Majesté

J’ai fait du shopping, mais pas pour remplir de vêtements de printemps un dressing qui déjà déborde… J’ai arpenté les bacs à trésors de ma solderie préférée. Et acquis, pour deux euros pièce, trois tableaux décoratifs identiques, floqués sur toile textile. Lesquels représentent, plus en volume qu’en couleur, le malheureux même🌲 étriqué et dénudé, solitaire, résigné, grelottant, ce me semble, dans les frimas de janvier. Ce n’est certes pas, en l’état, du grand art, d’ailleurs ces babioles sont des invendus. Toutefois, à lui tout seul, cet 🌲 mal-aimé ne raconte-t-il pas une histoire ? Vite, une idée, puis deux, puis trois, pour exploiter mes trouvailles !

L’hiver se termine et va laisser place au printemps. Ce qui me donne une première piste de travail. Sitôt de retour en mon atelier, j’ai traité mon premier exemplaire avec tendresse, en l’enduisant soigneusement de deux couches de fond gris perle, laquelle opération m’a causé la jolie surprise  »d’accrocher » parfaitement sur le support en simili toile de jute, pourtant de qualité médiocre. La difficulté technique majeure étant éludée, il ne me restait plus qu’à décorer avec une fantaisie toute printanière… J’adore les arbres…

50x50cm « Le Printemps en Majesté« , Galerie La Vie rêvée des arbres

Mon conseil. -. Ainsi conté, l’exercice ne semble pas si difficile. Attention toutefois aux couleurs, sa Majesté Printemps préfère se draper dans des tons chauds, les orangés lui vont si bien au teint. Le dépouillement n’est pas de rigueur. Toutefois, point trop n’en faut, douceur des températures ne veut pas dire gamme chromatique débridée, il faut savoir prendre le spectateur par les sentiments. -. Après un ou deux essais non concluants et autant de tâtonnements, j’ai pris le parti de mettre en valeur la ramure, et de créer un décor végétal abondant par petites touches juxtaposées de peinture aux teintes vive. Et d’un 🌲, à suivre !

Le portrait de la jeune morte

 »-. Du plafond, très haut et presque insoupçonnable, un lustre de trois tonnes au moins augmentait le sentiment de malaise de celui qui se trouvait en dessous. Au mur, face à la porte, un grand tableau tout en hauteur, dans les tons crème, argent et bleu, présentait une très jeune femme, dans une tenue de bal, le front ceint d’un diadème de perles, le teint, sous les vernis obscurcis par le temps, pâle malgré tout, la bouche d’un rose à peine marqué, l’oeil affreusement mélancolique et qui se forçait à sourire, le corps élégamment dressé mais dans lequel on sentait un abandon poignant, une ✋ occupée à ouvrir un éventail de nacre et de dentelle, tandis que l’autre s’appuyait sur la tête d’un 🦁 de pierre.

Je suis resté de longues minutes à regarder celle que je n’avais jamais vue, celle que je n’avais jamais connue, Clélys de Vincey… Clélys Destinat. C’était elle, au fond, la maîtresse de maison, et qui me toisait muettement, moi le visiteur pataud. J’ai bien failli d’ailleurs tourner les talons et foutre le camp. » Philippe Claudel (Les âmes grises)

Scènes d’horreur et de chaos

-. La paix allait coûter cher au pays. La guerre finissait dans la débâcle. L’armée des Bulgares et des Allemands fuyait. Cent mille soldats déçus marchaient sur Sofia. Le quartier général était encerclé. Une république indépendante, proclamée là, durait quatre jours et finissait dans le sang.

A Sofia, la foule envahissait toutes les places. Ses lamentations étouffaient la cité d’un brouillard sonore. Les femmes prolongeaient jour et nuit leurs veillées mortuaires. Elles pleuraient et gémissaient dans les rues. Leurs chandelles disséminaient dans l’ombre de véritables brasiers de flammes. Chaque matin, quand les flammes s’éteignaient, de nouvelles hordes de soldats révoltés saccageaient les casernes et les camps, arrachaient les épaulettes des officiers, les battaient, les assassinaient… Puis des processions de civils et de militaires marchèrent dans les rues, sous le glas des églises qui sonnaient pour les terres cédées aux Serbes. De Macédoine arrivèrent des contingents allemands, leurs colonnes d’artillerie roulaient lentement. Chevaux énormes et flegmatiques, canons, ruissellement continu d’acier, d’hommes et de bêtes, que les habitants de la capitale regardaient passer avec une animosité muette. » Liliane Guignabodet (Natalia)

La vaccination à la mode

 »-. Parmi les premiers, Aubriot s’était déclaré partisan de l’inoculation. En France, la chose n’allait pas de soi, l’Académie de médecine était contre, l’Église était contre, discuter avec les docteurs-régents et les théologiens n’ayant mené qu’à enliser la chose dans les mots. A Paris, Aubriot n’exerçait pas la médecine, il n’en fut pas moins très flatté quand Lauraguais lui proposa de venir égratigner ses hôtes au cours d’une nouvelle partie qu’il donnait. L’honneur n’était pas mince de se voir publiquement accorder la confiance de l’un des plus grands seigneurs du Royaume.

Tout de suite la soirée avait été teintée de galanterie. Plusieurs dames s’étaient inquiétées de la cicatrice que pouvait laisser l’opération, le médecin avait proposé de les inoculer à la cuisse plutôt qu’au bras. Les coquettes, aussitôt, ôtèrent un bas plutôt qu’une manche. Par bienséance, elles se masquaient le visage avant de passer dans le boudoir où officiait Aubriot. Pendant le souper qui suivit, ce fut pour le médecin un plaisant jeu que de mettre des visages sur les cuisses qu’on lui avait montrées. » Fanny Deschamps (Le jardin du roi)

40x40cm « La Belle que voilà« , galerie Femmes, Femmes, Femmes